Nul Lamta à Smara
Jour 9
Jeudi 16 janvier 2025
Neuf heures quinze, nous marchons Sud-ouest, direction d’un petit plissement rocheux qui nous sépare de l’oued Drâa. Nous sortons des acacias, la plaine se couvre de touffes et nous voyons les premiers dromadaires en pâturages depuis une semaine que nous marchons. De belles chamelles à la laine rousse.
Une chamelle brun foncé avec son chamelon de quelques jours n’est pas du tout apeurée et le petit s’approche aisément venant téter nos doigts.
La caravane nous rejoint. Nos chameaux grognent à la vue de ces charmantes chamelles !
Plus loin la bosse d’un dromadaire se dessine derrière un acacia, probablement une chamelle à mît bas. La silhouette d’un berger qui marche vers nous. Un peu âgé, il porte une djellaba de laine maron foncé, et parle Hassania.
J’avais décidé de prendre le passage de traversée du jbel Richa par un col sableux qui me semblait logique pour la caravane. L’homme nous indique un autre passage au milieu de gros rochers où se fraie un passage ancien et raboteux. Nous suivons quelques lacets creusés par l’érosion et le passage des caravanes, puis nous rejoignons un col plus à l’Ouest. La vue est superbe, la verdure de l’oued Drâa se dessine et en face l’extrémité ouest du Jbel Ouarkziz. Michel Vieuchange est probablement passé dans ces lieux d’après sa carte, il a traversé l’oued Drâa, deux autres fois plus à l’Ouest.
Dans cette étroite vallée encaissée, exposée sud, un microclimat permet à la végétation de pousser. Arganiers, buissons épineux, c’est une chance de découvrir plusieurs plantes fleuries, parfois d’un seul exemplaire, juste pour nous ! Quel cadeau ce matin.
Depuis quinze minutes je pense que le terrain permettrait à la lavande de pousser, et voilà qu’entre deux rochers calcaires polies c’est un brin de lavande avec trois fleurs qui me sourient ! Le parfum est exquis, je n’ose la cueillir, elle est si précieuse.
Nous traversons l’oued Drâa, quelques flaques d’eau, le sol est recouvert d’argile transporté par la dernière pluie, car il a plu un peu aux abords du Drâa cette année.
Nous longeons des vagues d’alluvions de débordement qui montrent l’ampleur que cet oued peut avoir. Il se déverse dans l’Océan après un parcours de mille deux cents kilomètres. Il démarre son ruisseau depuis les crêtes et plateaux de l’Atlas du haut Dadès à plus de 3500 mètres d’altitude, puis il rejoint Ouarzazate, et change de nom pour devenir le Drâa jusqu’à l’océan.
Les chameliers font baraquer les dromadaires « oh, oh, oh », sur un plateau terreux au pied d’une petite crête de rochers noirs sur lesquels se détache un « roda », ancien cimetière aux pierres tombales élancées vers le ciel, comme si les anciens communiquaient avec l’univers.
Une des première chose que nous effectuons à l’arrivée au bivouac après le montage des tentes est de déplier et d’accrocher les panneaux solaires pour recharger une batterie externe puis les batteries téléphones. Je rajoute également les batteries de la caméra, du téléphone satellite et de la balise. Cette année j’emmène un panneau solaire plus puissant de fabrication en Suisse, je vois la différence !
Arrivée à quinze heures, nous avons marché cinq heures trente minutes soit environ vingt kilomètres. Altitude 140 mètres.
Fin d’après-midi nous montons sur la colline pour observer le lieu de sépulture aperçu en arrivant, et essayer de comprendre. L’ensemble est très ancien, deux tumuli dont un éventré par des pillards. Les tombes sont disposées d’une manière particulière, regroupées comme par famille et entourées de hautes pierres pour protéger de l’érosion du vent, car situées sur la crête ventée de ce petit plissement au milieu du Drâa. Le lieu montre des traces de rassemblements. Nombreux espaces de campements, et surprenant, une mosquée à ciel ouvert avec un « mihrab », enfoncement indiquant la direction de la Qibla où l’imam conduit la prière. Dans cette cavité une stèle gravée en écriture Arabe. Brahim n’arrive pas à déchiffrer car l’écrire est en partie effritée, il arrive juste à reconnaître « Bissmellah – Hamou ».
Cette mosquée est si grande quelle pouvait contenir des centaines de personnes. Autrefois ces contrées étaient très peuplées de nomades et de grands troupeaux. Ce lieu montre la piété des nomades sahariens à cette époque. Nous sommes subjugués par cet endroit, où se dégage des énergies très fortes, au coucher du soleil, décuplées.
La lune sur son déclin est plus tardive et le ciel nous offre une myriade d’étoiles scintillantes.





