Nul Lamta à Smara
Jour 32
Samedi 8 février 2025
Ces jours la caravane avance à rythme de marche soutenue. La matinée démarre avec deux bonnes heures de marche, dix minutes de pose. Puis trois heures se succèdent avec deux poses de cinq minutes.
Les journées se suivent, nous descendons la rive droite de la Séguia El Hamra, ocre, jaune, parfois l’argile lissé et glacé contraste avec les cailloux noirs brûlés par le four solaire, les brindilles et plantes grillées.
Cet immense oued qui récupère les eaux de pluie des plateaux hamada de Tindouf et les dayas intérieurs des terres, est parfois immergé. Même avec peu d’eau, cet oued comme une plaine fertile verdie d’une multitude de plantes en attente de pousser.
Parfois, rarement le déluge, étale son fleuve dont les traces indiquent un niveau qui peut atteindre deux à trois mètres de hauteur sur les bords, sur plusieurs kilomètres de large. Comme « typhon », le monstrueux serpent de la mythologie grec dévore tout sur son passage. Situation qui doit arriver une fois par siècle.
Cette partie de l’oued rive droite est couverte de plantes surnommées « Roses de Jéricho », qui en séchant recroquevillent leurs tiges en une boule très dure et enferment leurs graines à l’intérieur de cette sphère. Il s’agit d’« anastatica hierochuntica », ou dans le monde Arabe du nom de « Chajarat Mariam », originaire de Jéricho en Palestine. C’est la plante de la fertilité pour l’homme et la femme.
Aujourd’hui plusieurs tumuli et tombes particulières, peu soignés.
Une sorte de tumulus rond, plat, bordé de pierres dressées, trois mètres de diamètre. Jamais vue ce format.
Nous croisons plusieurs troupeaux de chamelles que Brahim évite en effectuant un détour pour ne pas perturber l’homogénéité du troupeau.
Quelques acacias dans un petit oued sableux, c’est l’heure, nous baraquons les dromadaires. Vingt-deux kilomètres aujourd’hui !
Un berger vient nous rendre visite. Autrefois leur monture était un chameau où une chamelle agile pour effectuer de grands trajets, rejoindre l’arrière du troupeau, où réaliser un repérage de plusieurs jours à la recherche de pâturages. Une couverture roulée comme un dossier, deux sacs en bandoulières de la selle contenant nourriture, théière et bassine en tôle laquée.
Ce berger arrive avec sa land-rover des années cinquante qui roule encore à merveille. Le pickup chargé d’une multitude de bagages, citerne d’eau, tente, du bois mort, le tout enveloppé dans un morceau de filet de pécheur fixé sur la ridelle. Il vient de Laâyoune. Il remonte l’oued Saguia El Hamra avec son troupeau de chamelles à la recherche de l’humidité et de pâturages. Comme les « gens des nuages » car il a entendu que la pluie était tombée dans les terres dans la direction de Haouza. Allah-heï.





