Nul Lamta à Smara
Jour 5
Dimanche 12 janvier 2025
Le froid est pénétrant au lever. Ce matin il n’y a pas le feu pour se réchauffer les doigts !
Chacun plie son matelas, ramène son sac, démonte et roule sa tente.
Le petit déjeuner est adossé à la tente nomade. Les garçons commencent à préparer les charges des dromadaires.
Je pars avec les voyageurs prendre de l’avance sur la caravane, il est neuf heures dix, l’air pure frais pique un peu la gorge comme en haute montagne et me rappelle les randonnées où j’emmenais en ski de fond des randonneurs fouler la neige fraîche tombée la nuit. Le vent dessine la neige comme le sable avec des traces de vagues. Nous découvrions de nombreuses empreintes des petits animaux des forêts et plateaux neigeux, aujourd’hui celles du désert, lièvres, gerboises, fennecs, chats sauvages, lézards. Les scarabées dessinent d’étranges fermetures éclaires.
La caravane nous rattrape il est onze heures quinze, petite pose pour retirer les vestes polaires du matin, attraper une gourde. Trois minutes nous repartons longeant l’oued sablonneux. J’effectue le détour en courant pour grimper en haut d’une colline à la crête rocheuse et sableuse. La vue est magnifique, la caravane avance dans cette immense plaine, c’est très beau. J’aperçois au loin quelques maisons du village de Borg dont Nicolas à évoquer hier soir que Michel Vieuchange avait passé deux nuits, caché dans une maison en terre les dix huit et dix neuf septembre 1932.
La caravane s’arrête pour une petite pose fruits secs, je les rattrape. L’idée me vient que nous pourrions effectuer le détour, nous sommes juste à trois kilomètres. Les voyageurs adhérents à l’idée, j’en suis ravis. Jean-Bernard reste avec la caravane.
Nous marchons dans la plaine sableuse couverte de végétation jusqu’à la Kasbah fortifiée construite en pisé avec des hauts murs de soutiens en pierres, et qui porte bien le nom de Borg.
Citation de M. Vieuchange à l’approche du village de Borg « je découvre un type de village que peu d’yeux d’Européens (peut-être aucun) ont dû observer. Pas de murailles, de vastes maisons carrées, à terrasses, aux murs soutenus de contreforts, où se tiennent immobiles des hommes dans leurs vêtements bleus, le poignard d’argent au côté. Certaines de ces maisons sont à demi-écroulées, ont eu dit les vestiges d’une ville antique. Aussitôt derrière le village le flanc dénudé de la montagne.»
Nous visitons cette fortification, effectivement en partie écroulées, ce village est comme abandonné, pas une silhouette. Ce lieu est chargé d’histoire et cela donne l’effet d’une émotion particulière pour tout le groupe. Nous cherchons l’ombre et les traces de Michel Vieuchange !
De magnifiques portes cloutées dont les veines du bois laissent paraître que des décennies de vent chaud et brûlant du désert, chargé de sable a soufflé et sculpté ces murs et ces portes. Les plafonds fabriqués de bois d’arganiers tordus et enchevêtrés soutiennent la terre.
Je découvre une ancienne outre en peau, « Nicolas, c’est probablement la gourde oubliée de MVC ! » J’emporte un morceau de selle de chameau, dont les attaches en fers forgés et les lambeaux de cuirs qui l’enveloppait restent accrochés. Je sais qu’en arrivant à Ouarzazate certains riront de ces vieilleries, pas grave je l’emballerais ce soir dans un morceau de carton, et qui sait ce morceau de selle se trouvera peut-être dans le petit musé proche de Dar Daif dont je rêve d’y déposer nombreux objets anciens et abandonnés, outils préhistoriques que je récupère au fil des traversées depuis quelques décennies !
Nous longeons un plissement rocheux noircît et sableux pour franchir un petit col et retrouver les traces de la caravane jusqu’à découvrir le bivouac caché entre deux crêtes de schistes noircis par les milliers d’années sous le soleil et le vent.
La tente nomade est montée nous pouvons nous abriter à l’ombre, les fauteuils dépliés.
Il est quinze heures, vingt-et-un kilomètres.
Nous apprécions la salade de légumes fraîchement découpée en petits morceaux. Michèle effectue le service, Samir amène la théière de thé qui coule dans les verres
Le lieu est sauvage et les pentes couvertes de sable orangé.
Chacun rejoint sa tente, un matelas à la main pour une petite sieste – repos – lecture – écriture.
Ce soir nous innovons, la soupe de légumes avec deux cuillères à soupe de crème fraîche de lait de chamelle dans la marmite au moment de servir, simplement délicieux et léger. Le désert nous inspire !





