Nul Lamta à Smara

Jour 38

Vendredi 14 février 2025 / SMARA

Réveil habituel tôt avant l’aurore.
Les voyageurs comme l’équipe se réjouissent de cette dernière journée pour arriver à pied à Smara.
Avant le départ, photo de famille, car à Smara nous risquons de manquer d’intimité. Chacun et chacune partagent quelques phrases de grandes émotions après une telle expédition saharienne. Abdellah, notre ami photographe est là, pour marquer sur l’image l’intensité de cette arrviée.
Les chameaux sont rapidement chargés, nous marchons groupés, scrutant l’horizon à chaque pas, la silhouette de Smara se dessine sur la crête des collines en face de nous. Coupoles, mosquée apparaissent.
Michel Vieuchange effectue la dernière étape de son arrivée à Smara le 1er novembre 1930 en remontant l’oued Sélouane, comme nous le faisons aujourd’hui. « La marche est de plus en plus rapide car il y a des traces de groupes de guerriers, un « djouch ». Michel Vieuchange est installé dans un « chouari » (doubles paniers pour transporter les bagages sur le chameau), et caché sous un tapis comme un vulgaire sac de dattes, pour ne pas faire remarquer sa petite caravane car des milliers de tentes sont installées, prêtent à envahir Smara.

Sous l’ombre d’un acacia, à une heure de Smara, nous effectuons une longue pose, nous débâtons même les dromadaires. Nous étalons le tapis à l’ombre, la théière chauffe l’eau du thé. Kassi arrive juste avec le pick-up, une surprise, trois poulets grillés accompagnés de frittes ! Bien appréciés par les garçons de l’équipe et les voyageurs, cela change de la traditionnelle salade et des sardines !
Brahim termine cette grande marche avec une « Fatiha » à l’orée de Smara la saharienne, comme a commencé ce grand voyage des ruines de la citadelle Lun Lamta et la traversée de la palmeraie de Tighmert. Une connexion de remerciement au Divin pour cette parfaite réussite de cette première traversée, dans ces étendues d’apparences hostiles et sans âme.
Nous rechargeons les dromadaires pour reprendre la dernière heure de marche et rejoindre la ville sainte du désert. Nous installons les drapeaux du Maroc sur les chameaux chargés. Le drapeau rouge flotte fièrement dans le ciel bleu marine pour entrer avec la caravane dans Smara.
Michel Vieuchange : « Contrastant avec cette effervescence, de longs murs, une coupole badigeonnée en blanc émerge des vieilles pierres. Aux angles du bâtiment, d’invraisemblables acrotères pointent leurs flèches vers le ciel, défiant le temps et la ville moderne, et ce défi ne peut être que celui d’un homme obsédé par l’idée de bâtir en plein désert deux maisons de prestige, une pour lui-même, l’autre pour Dieu ».
Nous dépassons la mosquée Malaïnine récemment reconstruite en pierres de Smara.
Nous arrivons avec notre caravane devant la Zaouia de Malaïnine après trente-sept jours de marche et presque six cents kilomètres.
Nous baraquons nos chameaux devant la grande porte de la Zaouia, construite en 1888 au cœur du Sahara Atlantique, un endroit où il n’y avait rien qu’une steppe épineuse. Cette ville sainte fortifiée bâtie sur une colline de pierres noires, comme une île domine l’Océan, permettait aux nomades de s’y réfugier lors des résous.
L’émotion est grande !
La capitale du désert construite par Ma El Ainine avec les pierres couleur « jais » (matériau naturel fossilisé, formé pendant des milliers d’années grâce à une pression océanique extrême sur les fonds marin).
Nous sommes accueillis par les représentants de Monsieur Le Gouverneur de la Province de Tan-Tan, les responsables de la Zaouia Malaïnine et de la ville de Tan-Tan, venus féliciter les voyageurs et la caravane.
La porte de la Zaouia est ornée des drapeaux du Maroc. Nous sommes émus.
Si Mohamed Brahim Malaïnine, les représentants des autorités ainsi que Si Sal’m un ami de notre cher M’bark de Tighmert, nous invitent à entrer dans la Zaouia, les voyageurs et toute l’équipe, moments solennels.
Je savais qu’un accueil se préparait, M’bark m’avait prévenu, je ne me doutais pas de cette ampleur !
Si Mohamed Brahim est fier de nous dévoiler la citadelle de son ancêtre à Smara, et nous explique quelques détails sur la demeure privée du cheikh Malaïnine, aux murs de pierres noires.
Nous entrons dans une autre partie de la Zaouia, aux plafonds hauts, anciens magasins récemment restaurés. Nous ôtons nos chaussures recouvertes de poussière du désert, pour marcher sur les tapis où sont disposés des coussins autour de deux grandes tables basses.
Nous sommes vendredi, le couscous est préparé pour les pèlerins que nous sommes par la Zaouia. Semoule noire aux cinq céréales avec de la viande de chameau et du petit lait, délice saharien. Après nos trois poulets grillés nous arrivons à faire honneur à ce plat de choix !
Quels privilèges et surprise cette arrivée.
Nous échangeons sur le voyage de Michel Vieuchange à Smara. Extrait de Smara Michel Vieuchange. « Arrivant à Smara : le 1er novembre 1930 à midi et quart, au fond d’un chouari en feuilles tressées de palmiers nains, découvrant les murs noirs de la cité de Malaïnine. A gauche, la grande kasbah… A droite, la mosquée…. Au milieu d’une élévation du terrain, l’Ait Choggout me dit : Regarde les maisons. Alors j’exige qu’on me libère. Ils refusent, tous refusent. Je me débats dans mes cordes, dans l’osier. Font coucher la bête. L’Ait Choggout me donne un coup de poing sur le cou et me menace la tête : Et s’il y a des hommes ? Le Chibani furieux m’injurie. Furieux moi-même, je lui dis : Va-t’en !. Et, l’appareil à la main, je marche vers la ville. » Carnets de route de Michel Vieuchange – pp. 187-188 ».

Si Mohamed Brahim Malaïnine nous emmène découvrir la « Kouppa », la grande pièce personnelle du cheikh.
Nous retirons nos chaussures comme si nous rentrions dans un mausolé pour fouler les tapis. Le cheikh de la « Kouppa » nous couvre de parfum, pour honorer les invités.
Les arcades de pierres, de terre et de plâtre ont été réalisées par des grands Malhémes, architecture sobre et de très grande beauté. Il nous explique que le cheikh recevait, enseignait, méditait dans ce lieu.
Ensuite Si Brahim Mohamed nous conduit à la nouvelle mosquée Malaïnine, en cours de finition, un chef d’œuvre de construction traditionnelle, avec le plafond reconstruit en bois précieux de cèdre, de nouvelles arcades en pierres.
Nous débattons de sa destruction et d’une partie de la Zaouia par les Français, ayant dynamité le 9 février 1913 par la colonne Mouret venant de Mauritanie en représailles à Ma el Aïnin, émir de l’Adrar, chargé par le Sultan du Maroc de combattre les Français en Mauritanie et craignant leur expansion vers le nord.
Ma el Ainine, était souvent présenté par les officiers de l’armée française comme un fanatique criminel. Il fut en réalité l’un des hommes les plus cultivés de son temps, lettré, astronome et philosophe. Durant plus de trente ans, sa capitale a été le centre nerveux de l’insurrection que le cheikh avait organisé pour expulser les chrétiens du Maroc et de la Mauritanie.
C’est ici où nos chameaux ont baraqué au pied de ces murs historiques que nous saluons très chaleureusement nos amis chameliers et guides de cette grande traversée, Brahim, Idir, Samir. S’en leur dévouement nous n’aurions jamais pu arriver à Smara ; grande émotion.
Le camion vient d’arriver, les dromadaires sont chargés et ils prennent la direction de Zagora pour deux jours de route.
Nous rejoignons à pied notre petit hôtel où est organisé à dix-neuf heures trente une réception par les représentants de la Province de Tan-Tan. Monsieur Le Pacha nous remet un présent de la part de Monsieur Le Gouverneur, pour Nicolas et moi c’est une « Derrâa », vêtement traditionnel Saharaoui ample, de grande beauté, un peu comme une gandoura.
Pour Michèle et Bénédicte c’est une « Mel-hfa » vêtement traditionnel des femmes Sahraouies, sorte de robe confectionnée dans une seule pièce de tissus, en coton très fin que les femmes s’enroulent.
Autre rendez-vous avec Si Sal’m qui vient nous chercher avec sa voiture pour une visite du centre « Michel Vieuchange », centre d’épanouissement privé pour les jeunes et les adultes pour l’apprentissage des langues étrangères français, anglais, espagnol, mais aussi mathématique, science de la vie et de la terre. Une enseignante nous explique leur mission. Nicolas raconte quelques détails du parcours effectué par Michel Vieuchange qu’ils ne connaissaient pas. Il propose d’effectuer une synthèse pour que les élèves apprécient mieux l’origine du nom choisît, motivant leur courage dans l’apprentissage.
Nous visitons quelques classes, les élèves, principalement des filles, sont studieux.
Nous déambulons dans les rues marchandes illuminées et animées, nous attablant dans un restaurant populaire pour sentir la vie de Smara la nuit.
Une journée chargée d’émotions, de rencontres et l’aboutissement d’un voyage d’exception au travers l’histoire saharienne du Maroc 🇲🇦.

il se débat, obtient de faire un dernier tour de Smara et caché sous un tapis depuis le chouari effectuer encore quelques photos, puis la caravane prend la direction du nord en évitant les campements pour ne pas se faire remarquer,

Le 1er novembre ils entrent dans Smara,

SMARA, du grand cheikh Moulay Ahmed ben Mohammed El Fadel, celui qu’on appelait, Ma El Aïnine, l’ « Eau des yeux », prénom donné par sa mère en Mauritanie.

Ensemble de campements, de nombreuses tribus venues du désert pour le pâturage qu’offrait la Saguiet El Hamra

Ville construite sur les contreforts des Hamadas de pierres noires

Les grands travaux de Ma El Aïnine ont commencé en 1898, financés par le sultan Moulay Abd El Aziz et par les propres activités commerciales du cheikh.
Les travaux ont duré une dizaine d’année.
Les matériaux expédiés de Mogador (Essaouira) par bateau à Tarfaya.
Des centaines de poutres d’arganiers servants aux toitures, des caravanes interminables ont acheminé sur plus de deux cents kilomètres, bois, chaux, huisseries, carrelage, thé mais aussi les fusils.
Des dizaines de rejetons de palmiers rapportés de l’adrar mauritaniens et destiné à créer une oasis dans le lit de l’oued Sélouane que nous venons de remonter.
Extraordinaire destin d’un rêve de créer une ville sur moins de dix années au cœur du désert pour les nomades.

Carnet de voyage

Nul Lamta à Smara – Cheikh Sidi Ahmed Laâroussi

15/12/2025/par dmm

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16/12/2025/par dmm

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Podcast #4 – EXPEDITION SAHARIENNE de NUL LAMTA à SMARA 40 jours

16/12/2025/par dmm