Nul Lamta à Smara
Jour 39
Samedi 15 février 2025
Le retour à TIGHMERT.
La route traverse le désert sableux de Smara à Tantan, platitude absolue, peine à imaginer qu’il puisse y avoir autant de beauté au delà de ces horizons.
Détour par Tantan, nous suivons un petit taxi à qui nous avons donné l’adresse de la rue où habite la famille de L’bachir rencontrée durant notre traversée, venues voir les grands parents nomades pendant les vacances scolaires. Un commerçant dans la rue nous indique « au fond du derb, troisième porte à gauche ». C’est son fils de cinq ans qui apparaît, il me reconnaît. Je lui demande où est ton papa ? Il me répond avec assurance « Sahara », et sa maman est dans la ville avec sa sœur. Alors je remets les battons de marche promis pour sa grand-mère Salma et son grand-père, tous les deux, pliés en deux par la dureté de la vie et l’âge ont du mal à marcher.
Nous roulons sur la magnifique route quatre voix qui relie Tiznit à Dakhla. À Guelmim, nous tournons plein Est. À l’entrée du village d’Asrir, les ruines de Lun Lamta se détachent sur la colline, nous arrivons dans la palmeraie de Tighmert d’où nous sommes partis il y a trente huit jours. Nous revenons d’un fabuleux voyage.
Accueil chaleureux chez Brahim à la « maison nomades ». Nous arrivons comme chez nos cousins de Tighmert Brahim et M’bark. Nous apprécions ce jardin oasis, fleuries, arboré de grands palmiers, où les oiseaux et les voyageurs se ravissent.
J’ai commandé le repas sous la grande « khayma » tente nomade en laine noire, comme étaient fabriquées autrefois toutes les tentes des nomades. Il y a un peu de vent froid s’excuse Brahim, nous enfilons nos djellabas de laine, et à l’intérieur de la tente nous sommes abrités. Les palmiers se balancent, la nature est vivante.
C’est une joie de retrouver M’bark, originaire de la palmeraie de Tighmert, il est engagé à la préservation du patrimoine matériel et immatériel. C’est lui qui nous a présenté le centre d’interprétation à notre départ avec la caravane du site de Nul Lamta. Nous expliquant les détails de cette cité médiévale, qui fut dans les années 1000, un grand port saharien où se croisaient les caravanes commerçantes qui naviguaient et traversaient le grand désert.
Nous partageons le repas avec M’bark et quelques amis engagés dans cette démarche pour perpétuer les traditions, car la modernité de la vie fait disparaître les racines des origines.
Deux grands tajines de viande de dromadaire aux pruneaux sont déposés sur les tables basses. Viande fondante, goûteuse.
Au dessert « khomassi » couscous aux cinq céréales avec « amlou » (amendes grillées, huile d’argane et miel), et beurre fondu avec du miel. Un dessert de choix dans le Sud ! C’est une surprise !
Arrive une femme en tenue traditionnelle du sud suivie de six hommes et d’un jeune garçon avec leurs gandouras sahariennes. L’un d’eux porte dans les mains « L’guedrra » (cruche en terre où l’on cuit habituellement la soupe, recouverte d’une peau de chèvre tendue), c’est le tambour de l’oued Noun.
Je comprends mieux pourquoi ce soir les beaux tapis de laine rouge sont étalés sous la grande tente et un autre très épais à l’endroit où la danseuse s’installe !
« El Guedra », est une danse célébre du sud du Maroc, de la région de Tata, particulièrement l’oued Noun et jusqu’à la Sagui El Hamra.
Cette dance s’effectue avec un cercle d’hommes dont l’un d’eux nommé « Ennagraa » avec un rythme puissant frappe avec les « Maghazels» sur le tambour en poterie «El Guedra ». La danse s’effectue avec une femme située au milieu du groupe d’hommes, autrefois il pouvait y avoir plusieurs danseuses. Ce rite ancestrale Hassani nous emporte aux confins du désert. La danseuse drapée de tissus indigos, danse sur ses genoux, dans un mouvement extatique démarre sa danse. Son foulard recouvre son visage, puis elle le dégage, et exprime une chorégraphie de la possession à la fois gracieuse et saccadé. Le langage des mains et des esprits se mêlent dans l’enchevêtrement des doigts.
Suivant le rythme de la danseuse qui s’accélère, envoûtée, elle dégage ses longs cheveux noirs. Le groupe accomplit des mouvements appelés « Tadaoui» avant d’atteindre l’apogée avec les chants «Ahoutch», connus pour être des chants de romance. Lors des fêtes populaires autrefois une jeune fille pouvait démarrer la dance et son charme décider un homme à jeter son dévolu sur elle pour la demander en mariage, il déposait alors son poignard la pointe devant elle, la jeune fille pouvait refuser en rejetant le poignard, si elle le gardait elle acceptait le mariage, nous explique M’bark. Ces chants rythmés développent l’esprit de combat collectif pour se préparer autrefois au départ à la guerre. Ces chants puisent aussi leurs racines dans les chants religieux ayant pour but de renforcer la foi et demander le pardon de Dieu dans un élan de spiritualité.
M’bark nous raconte que cette dance avait presque disparue. Une association des villages de la palmeraie de Tighmert par ce groupe préserve cette tradition ancrée dans la culture sahraouie. Ce groupe joue durant les mariages, les fêtes de villages, et ce soir cette fête nous est offerte en l’honneur de notre traversée, comme pour nous remercier d’avoir réveillé les souvenirs des routes anciennes des caravanes qui naviguaient de Lun Lamta jusqu’aux confins du désert.
Tous les hommes présents et les garçons de l’équipe sont invités à rejoindre le groupe des hommes, et se mêler à la fête.
Pour clore cette magnifique soirée, M’bark et Brahim nous offrent des tenues traditionnelles Saharaouies que nous enfilons avec joie. La danseuse Leila habille Bénédicte et Michèle avec les élégantes « Mel-hfa » robe drapée.
La commune d’Asrir par ses représentants nous honorent chacun d’un trophée avec le slogan « Sur la route de l’histoire, de Lun Lamta à Smara ». Que d’émotions encore ce soir !
Demain nous prendrons la route pour Tiznit, et nous essayerons de visiter le tombeau du grand Cheikh Malaïnine dont sa vie a nourri une partie de notre traversée dans le désert avec l’arrivée dans sa citadelle à Smara.





