Nul Lamta à Smara
Jour 35
Mardi 11 février 2025
JOURNÉE de REPOS.
La première journée d’arrêt depuis notre départ de Lun Lamta il y a trente-quatre jours.
Nous avons si bien marché et gagné deux jours sur le découpage des étapes.
Plus les deux jours de repos prévus au cours de notre voyage, que nous avons préféré reporter. Le temps où les lieux prévus ne nous inspiraient pas pour nous arrêter, lors d’une grande journée de vent, ce qui n’aurait pas été du repos. Au mausolée de Sidi Ahmed R’guibi, les familles venues de Tan-Tan en pèlerinage étaient très bruyantes jusqu’à deux heures du matin. D’un commun accord, même les chameliers, nous avons préféré continuer.
Plus une journée supplémentaire de secours utilisable en cas de tempête, pluie, situation qui bloquerait la caravane.
Voici comment nous allons utiliser ces journées, en gardant l’esprit de ce voyage initiatique sur les routes anciennes.
Cette première journée de vrai repos, sans vent, au bord de la Seguia est donc attendue, très appréciée, nécessaire. Les corps des uns et des autres commencent à sentir une certaine fatigue, jambes, articulations, lassitude. Besoin aussi de faire de la lessive.
Vider les grands sacs personnels du sable parfois très fin infiltré lors des tempêtes et accumulé au fil des semaines. Ranger, lire, mettre un peu d’ordre dans les notes.
Il nous reste encore trois jours avant d’atteindre Smara.
Nous voudrions découvrir le mausolée de Sidi Ahmed Laroussi et le « Rocher de T’beila ». Cet endroit mystérieux ou le maître soufi accueillait les disciples venues recevoir ses enseignements il y a cinq cents ans. Ce détour n’était pas prévu au départ. Au fil de nos lectures au long de la traversée, le lieu s’est avéré important.
Il nous faudrait quatre journées pour aller et revenir, cela serait trop longs à la vue de la fatigue, et nous souhaiterions savourer les lieux de vie du grand maître au moins quelques heures. L’option de courir après trente-quatre jours de marche n’est pas retenue !
Alors nous emprunterons la piste avec le pickup assistance pour découvrir ces lieux. Nous bivouaquerons au pied du rocher pour nous imprégner de l’endroit mystique, hors du temps et ressentir l’énergie qui inondait l’enseignant du désert.
La journée restante, permettra d’effectuer une halte dans la médina de Tiznit, pour visiter tranquillement le tombeau du grand cheikh rebelle, Ma El Aïnine, « l’Eau des yeux ». Le grand rassembleur des tribus du désert.
Simplement s’imprégner de l’ambiance de cette bourgade pleine de vie, après le désert où le sol se confondait souvent avec le ciel.
Nous dormirons dans une maison traditionnelle de la médina pour mieux nous imprégner de Tiznit.
C’est aussi de Tiznit qu’était parti Michel Vieuchange pour son expédition vers Smara le 10 septembre 1930 à 18 heures où il y est revenu trois mois après, bien mal en point à l’infirmerie. Le lendemain il rejoignait Agadir avec un avion de l’aéropostale.
Nous bouclerons ainsi un voyage exceptionnel, sur la route des grands maîtres du désert, de ces premiers voyageurs audacieux d’une région saharienne inaccessible, sur les pistes des « Kafilas », ces caravanes qui durant des centaines d’années ont sillonné ce grand désert en luttant contre le vent, la soif et les brigands du désert.
Idir prépare un « mel-ha » pain fourré avec graisse, épices, oignons, cuit dans le sable, plus un plat de lentilles aux légumes. Repas ce midi à l’ombre de l’acacia, avec juste un peu d’air pour chasser les mouches.
Le repas est juste commencé, un tableau se dessine devant nous, sorti d’une scène vécue par Camille Douls lors de son périple chez les Maures et les guerriers Oulad – Delim en 1988, au cœur de la Séguia El Hamra. La poussière au milieu de la Séguia se mélange à un immense troupeau de chamelles qui descendent l’oued à une allure étonnante. Un berger cravache sa chamelle pour ramener les bêtes qui s’étalent vers les acacias éloignés tout en faisant trottiner le troupeau.
Idir et Rachid lâchent leur bout de « mellah » dans la main et courent vers nos chameaux au milieu de l’oued en pâturage dans les acacias, pour éviter qu’ils s’échappent vers ce grand troupeau de chamelles.
Nous apercevons nos dromadaires sauter par bons comme des moutons, malgré les entraves très serrées. Idir attrape « Oumlil » le blanc et Rachid « Ounegal » le noir.
Ils ont glissé un brin de corde autour d’un acacia. Ces deux chameaux particulièrement, n’en peuvent plus, grommellent et bavent à la vue même lointaine des chamelles.
Trente minutes après, Idir et Rachid reviennent accompagnés du berger sur sa monture. Ils l’ont invité à partager le plat de lentilles que nous allions manger lors ce qu’est apparu le nuage poussière sur l’horizon de l’oued. Ba-ï-e, nous l’avons rencontré il y a quatre jours, il était passager sur une moto au milieu de l’oued et j’avais remarqué qu’il avait à la main une cravache, ça m’avait intrigué ! Nous partageons un agréable moment avec lui. Nous nous reverrons Inchallah ! Dans quelques jours ils chargeront les chamelles sur des camions semi-remorques, pour la direction de Foum Zguid pour un meilleur pâturage. Les troupeaux venus de Bir Anzarane, Boujdour, Laâyoune sont trop nombreux dans la Séguia El Hamra.
Je trie une poche d’outils taillés, de silex ramassés cette dernière semaine. Fin d’après-midi je grimpe sur la colline noire au-dessus de notre campement, quelques tombes très anciennes aux pierres noires angulaires s’élèvent vers le ciel.
Le soleil rejoint l’horizon et s’enflamme, orange, rouge, rosi.
Au menu ce soir :
Soupe « bissara » (aux fèves)
Pain « mellah » fourré graisse, oignons
Brochettes « titlouines » de bœuf.
Pommes de l’Atlas





