Nul Lamta à Smara
Jour 41
Lundi 17 février 2025
Route pour OUARZAZATE.
Au passage du pont de l’oued Massa, dernière émotion forte et pensées à l’expédition de Michel VIEUCHANGE.
C’est d’ici que Michel Vieuchange est parti pour son expédition folle en 1930 pour cinq mois d’expédition pour découvrir Smara.
« Arrivé en voiture avec son frère Jean, jeudi 11 septembre 1930 à 19 heures 30 mn. et venant de Marrakech en taxi par la route longeant la côte Atlantique. Ils avaient rendez-vous avec le Mahboul et ses gens (son frère Larbi, le Chibani, une femme d’un certain âge et une jeune adolescente) Ils les trouvent endormis sous un arbre en contre-bas ».
« Michel quitte ses habits européens et le Mahboul l’aide à revêtir un costume de femme berbère. Puis, tandis que Michel debout, attentif à l’ordre de ses voiles, laisse-la plus âgée des femmes corriger ici un nœud, ici un pli. Le Mahboul prend discrètement les liasses de billets de 50 francs que je lui tends et les place dans sa chkara. Il enfouit ensuite vivement dans de petits sacs de toile légère les bagages que nous avons apportés. Personne ne dit mot. Tous ces gestes se font dans le silence. Je dis un bref adieu à mon frère Michel et, ramassant les vêtements qu’il vient de quitter, je me hâte vers l’auto.
Je regagnai Marrakech, et deux semaines plus tard, Mogador, où devaient arriver les messagers de mon frère Michel »
En 1930 il était interdit de dépasser Tiznit vers le Sud. Pour ne pas être repéré et assassiné par les tribus, Michel Vieuchange accompagne au début de son voyage une famille qui simule un voyage pour visiter une famille dans le Sud. Ensuite il revêtira les vêtements d’un commerçant Arabe.
Je vous conseille de lire le livre « Smara – Michel Vieuchange »
ou
« Smara carnet de route d’un fou du désert ». Histoire véridique et passionnante.
Nous basculons sur le pays du Sous, cette plaine si fertile, aujourd’hui industrielle de l’agriculture, le grenier Sud du Maroc de cultures sous serres. La sécheresse amène la tristesse de ces lieux devenus désertiques avec des serres de plastiques parfois délabrées. Petit détour par Taroudant. La route vers Ouled Berhil est plus verdoyante, il a plu un peu au pied de l’Atlas et de magnifiques orangers dépassent des murs des domaines. Repas de midi au palais Riad Hidda, lieu magique où j’invite les voyageurs à effectuer une halte pour dormir et manger, deux hectares de jardins exceptionnels, salons anciens du Pacha, de grande beauté. Repas frais et délicieux de légumes et fruits des jardins.
Les paysages changent, nous retrouvons le pied de l’Atlas que nous longeons, les crêtes du Toubkal légèrement blanchies sur le versant Sud, luminosité extraordinaire aujourd’hui.
Arrêt à Taliouine à la « Maison du Safran » pour quelques achats de Safran « garanti ».
Nous approchons de la fin du voyage, comme la fin du dernier chapitre d’un livre passionnant, « Sahara Marocain, de Lun Lamta à Smara, sur la route de l’histoire ! ».
Ce retour après quarante jours dans le désert, nous transporte au-delà des nuages du grand Atlas !
Joie de retrouver Ouarzazate et Dar Daïf.
Durant cette longue absence et traversée du désert, j’avoue ne pas avoir beaucoup pensé à Ouarzazate et Dar Daif tellement j’étais absorbé par ce grand voyage Saharien.
Cette maison que nous avons rénover avec Zineb, il y a plus de trente ans, nous l’avons acheté en ruine. Elle appartenait à des juifs ayant habité durant plusieurs générations qui avaient quitté Ouarzazate, vendue et non habitée depuis plusieurs décennies.
Quand Zineb a visité la ruine « Jamais je n’habiterais dans un marabout », m’a-t-elle dit ! Tellement les murs étaient noirs de suie du feu qui avait chauffé et cuit des marmites durant plus d’un siècle. Les murs de terre en pisé très fissurés et certains toits en partis écroulés, offraient un spectacle repoussant.
Petit à petit nous l’avons restauré, reconstruite. Et c’est dans le désert que j’ai imaginé durant les longues nuits allongées sous les étoiles, nombreux détails. « Tiens ici nous ferions une fontaine pour entendre le bruit de l’eau chanter en rentrant dans le jardin, ici une terrasse avec vue sur l’Atlas ». Au retour d’un voyage, j’appelais les ouvriers, les malhémes pour démarrer tel travaux. Puis avec le travail, le temps, la patience, nous avons pu transformer ce « marabout » en la maison d’aujourd’hui, Humbdoullillah, le riad Dar Daïf.
Aujourd’hui j’arrive différemment, j’ai laissé l’équipe à Ouarzazate gérer la maison durant mon absence. Zineb, Myrième, Bennadi, Abdellah, toute l’équipe de la gestion interne, toute l’équipe de la réservation et de la comptabilité, de la cuisine, de l’entretien. Ils ont géré au mieux. Je savais que Zineb souvent présente à Dar Daïf pourrait prendre en relais les problèmes, si nécessaire.
Magnifique accueil à Dar Daïf ! Les voyageurs connaissent la maison, ils viennent depuis des années, ils sont un peu chez eux, et ravis de retrouver l’équipe. Repas gouteux, et nuit de repos sous les couettes légères !
Les amis – voyageurs resteront quelques jours, à Dar Daïf pour continuer à savourer ce grand voyage, découvrir notre bibliothèque et approfondir la vie de certains personnages évoqués comme Sidi Hamed R’guibi, Sidi Ahmed Laaroussi, Cheikh Malaïnine, et différentes littératures sur les premiers voyageurs dans le désert.
Michèle et Bénédicte apprécieront le gommage et massage, après trente-sept jours de marche et un petit seau d’un litre d’eau parfois chaude, le hammam n’est pas un luxe !
Nous gouterons les produits d’une belle table et le confort douillet de la maison.
Nous reprogrammerons cette merveilleuse traversée du désert Inchallah.





