Nul Lamta à Smara
Jour 15
Mercredi 22 janvier 2025
Les doigts piquent ce matin au petit déjeuner, trois ou quatre degrés ?
Nous traversons la plaine avec légèreté et la luminosité nous porte.
Tombes anciennes sur la hauteur, respect des êtres disparus. Ces pierres tombales sont disposées avec amour.
Cette fillette de deux-trois ans. Comment s’appelait-elle ? Kouria comme l’épouse de Sidi Amed Rguibi ? Une princesse du désert ?
Une bouilloire à coté de sa tombe, une gamelle qui à peut-être chauffée l’eau de sa dernière toilette. Elle est partie accompagnée.
Une mosquée en bordure, permet de prier le très haut et de demander sa bénédiction.
Traces de gazelles à deux endroits à l’entrée de la gorge tanout Fij-ghi, vallon d’arganiers rabougris.
La piste remonte le vallon couvert de pierrailles et de galets rendant la marche pénible pour certains. Pour ma part je suis habitué à ces terrains chaotiques que je trouve assez bien car ces cailloux ne roulent pas et ne se dérobent pas comme lorsque nous coupons un reg où le sentier n’est pas tracé. Nous franchissons un col plat. De nombreux cimetières au long de notre route, nous avons rencontré plus de tombes que d’hommes vivants dans ces contrées désertées par la sécheresse.
Notre bivouac était prévu à coté d’une citerne d’eau « tanout -fi », et proche d’un arganier étrange par sa configuration. Disposé comme un immense parapluie au feuillage très petit mais très dense, il a dû servir d’abri à des milliers de voyageurs depuis des centaines d’années. Un « saint arbre marabout », qui offre encore son ombre aux passants, son feuillage aux dromadaires jusqu’à une certaine hauteur, et ses fruits savoureux vert olive sur le haut de son feuillage aux oiseaux.
L’oued à présent descend et chemine dans un deuxième plissement, des arganiers rabougris sont plus abondants. Dans un coude de l’oued, Mohamed se dirige vers un espace dégagé de cailloux où apparaissent les traces d’anciens campements nomades.
Nos dromadaires baraquent. Chacun décroche un animal de la longe du chameau de devant, s’occupe de débâter le chameau de ses charges, tentes ici, matériel de cuisine par-là, sacs de nourriture. Attention, attention ! un dromadaire gourmand s’approche rapidement d’un chouari encore remplis, attiré par l’odeur du sac à pain, dont ils sont friands ! Brahim et Idir s’attellent au montage des mini-tentes nomade pour les voyageurs que nous avons fabriqués les mois précédents le départ, destinées aux deux couples et à Michèle.
Mohamed et Samir sont déjà dans la cuisine, ayant attrapé quelques légumes nettoyés et découpés sur un plateau, une assiette avec des tranches de fromage de tome de chèvre (venue de la coopérative Corosa à Ouarzazate, que nous soutenons depuis 15 ans).
Idir apporte la théière parfumée à l’absinthe (plante grasse qui se conserve bien dans les sacs), car il n’y a plus de menthe fraîche. Le pain façonné hier soir par Brahim est savoureux.
Dix-huit kilomètres de marche, altitude 290 mètres.
Après-midi habituelle, calme, sans vent. Farniente, sieste, lecture, écrire, un petit seau d’eau chaude, pas plus car pas de puits aujourd’hui.
Comme chaque fin de journée après avoir lu et écrit, pour me détendre, découvrir, je grimpe sur une crête, une colline, parfois pour capter un fil de réseau. Aujourd’hui je découvre des premiers lichens qui annoncent la côte de l’Océan proche.





