Nul Lamta à Smara
Jour 27
Lundi 3 février 2025
Depuis trois jours nous traversons la partie du désert la plus hostile de notre voyage, la plus rude, celle où nous recherchons des brides de vie. Aucun lieu ne nous a encore parut empreint d’une telle solitude. Seule, la poussière est soufflée par le vent, le soleil brule les quelques arbres et buissons des oueds en attentes, et le froid de la nuit continue de griller ce qui pourrait subsister à la vie. Si la pluie voulait tomber des nuages !
Et pourtant ce désert est si beau, si serein, on y revient, envoûté par cet absolu, ce silence extrême.
La luminosité exceptionnelle, est-ce le moins qui offre le plus ?
Et pourtant l’administration nous à bien prévenu, « ce désert est miné, il ne faut pas y aller, il n’y a pas d’eau, il y a la tempête, les scorpions… ».
En questionnant les nomades depuis des années, qui sillonnent la région avec leurs pickups en tous sens, il n’y a pas eu d’accidents de mines depuis très longtemps, nous sommes loin de la frontière. Dans les « zones à risques », nous suivons les traces des chameaux, les anciens chemins des caravanes, les pistes quand elles existent. En prenant la route le danger est constant, en escaladant les montagnes abruptes également, en naviguant les océans, en chevauchant un cheval, les dangers sont là. Avec humilité il faut les apprendre, les découvrir, les apprivoiser.
Oui ce désert est envoûtant, il faut aussi accepter l’imprévue, Bissmellah !
Ce matin durant la prière de Feugheur, un crie aiguë discret, la complainte affamée de « lâarbonne », un fennec.
Nous remontons l’oued Chebbi, quelques acacias noueux et voûtés, le soleil face à nous est comme posé sur l’horizon épuré !
Tombe curieuse, un petit tumulus ovale, une pierre tombale noire anguleuse avec deux plus petites accolées forment un trio, et à l’opposé du corps rien de surélevé, que des cailloux ronds. À cent mètres quatre ou cinq petits cairns, eux aussi très anciens, les pierres brûlées par des milliers d’années de soleil et de vents intenses.
Sur notre gauche, une petite « Tanout-fi », il y a les cordes, un bidon, pas d’eau…
Nous marchons sur un sentier « aqdim » (ancien), des caravanes, la direction de marche Est, vers l’oasis de Tindouf, port saharien. Peut-être que Camille Doux qui à marcher en 1888 jusqu’à Tindouf accompagnant Si Brahim avec une caravane commerçante est passé par là. Il évoque les citernes d’eau, qui existaient déjà dans le désert.
Hier et aujourd’hui des outils de silex sont très fréquents, des milliers de fragments, d’éclats. Témoins de la vie active en ces lieux. Des emplacements de bivouacs nomades, des tas de crottes de chameaux blanchies par le four du désert l’été.
Dix-sept kilomètres parcourus aujourd’hui.
Fin d’après-midi j’aime marcher, grimper une colline, un sommet et je choisi cette montagne érodée qui domine le bivouac, la pente est raide et compact, des dalles de fossiles divers sont comme posés sur la pente et me transporte à une époque des fonds marins.
Depuis le bivouac, j’ai remarqué au centre de la crête une légère boursoufflure. Je découvre en arrivant sur la ligne saillante du plateau un nouveau monument à antennes, le plus petit du voyage. Grande antenne Ouest, trente mètres. Petite antenne Est, vingt-deux mètres. Façonné de dalles formant le contour des antennes, et remplis de plus petits cailloux.
Brahim et Nicolas sont partis en amont de l’oued avec un dromadaire et deux bidons, les acacias entièrement verts indiquent qu’il est possible que s’y trouve un puits. Ils reviennent avec de l’eau légèrement salée, puisée à six – sept mètres.
Idir à préparer une grande bassine de pâte pour le pain qui sera cuit avec le bois sec d’acacias dans un four combiné de braises et recouvert d’un fond de bidon en tôle dans lequel un des chameaux mange quotidiennement son orge), et qui pour l’occasion nous sert de four. L’un des deux pains sera fourré avec de la graisse qu’Idir à prit soin de saler au dernier ravitaillement pour la conserver. À cette graisse il ajoute des oignons, du poivron, le tout macéré dans une sauce à base d’huile d’olive et divers épices, cumin et piment.
Nous mangeons souvent ce pain durant le premier repas après la journée de jeûne du Ramadan.





