Nul Lamta à Smara
Jour 24
Vendredi 31 janvier 2025
Le vent a soufflé jusqu’à l’aube, il fait plus froid ce matin.
Après « L’feugeur », j’ai bu deux verres de thé avec les garçons. Je suis parti il faisait encore sombre, en mode rapide, pour gravir la montagne tabulaire qui se trouve à l’Est du bivouac. Je pressentais peut-être un monument à antennes. Et qu’elle joie de découvrir sur cet immense plateau du bout du monde cette antenne d’un autre temps, face à la « Sebkha » (immense dépression comme un lac), et la multitude de crêtes des plissements montagneux qui lui font tour.
Ce monument à petites antennes, orienté sud / Nord. Antenne Est petite, (trente-quatre mètres), antenne Ouest plus grande (quarante-deux mètres). Des grosses pierres alignées marquent l’antenne, remplies de petites pierres.
J’attend que le soleil soit assez lever pour effectuer quelques images, il fait très froid. Ensuite je distingue la caravane bientôt prête à partir. La luminosité est tellement exceptionnelle ce matin, perçant quelques nuages, je patiente encore trente minutes.
Moments de grande intensité, d’émerveillement de la nature qui s’étire sur cet horizon du bout du Sahara Marocain.
J’effectue d’autres détours, et je découvre une très belle tombe isolée.
Un petit tat de cailloux sur un demi-plateau m’interpelle. En le rejoignant au pieds de la colline, un très grand cercle de cent cinquante mètres de diamètre, vidé de ses pierres ramenées à l’extérieur du cercle, avec des petits tumuli sur le cercle. Ce grand cercle est coupé en deux par le passage ancien de quelques véhicules.
Je gravis la butte qui m’a attiré le détour et je découvre un Tumulus, de forme ovale, longueur dix huit mètres, largeur neuf mètres, hauteur un mètre et vingt centimètres. Le tout entièrement bordé de pierres noires, longues et mises à plats. Je n’ai jamais vue ce type de tumulus, et pourtant j’en ai aperçu des milliers depuis que je parcours les déserts du Maroc.
L’horizon est immense, au loin se dessine la caravane, et deux heures me sont nécessaires pour la rattraper. Je suis les traces fraîches des saules des dromadaires qui impriment le sol sableux et même le reg dont la courbe à peine perceptible en brillance des roches noires en contre jour, car nos chameaux sont bien chargés.
Vers treize heures je rattrape la caravane, bientôt une pose casse-croûte, j’en suis ravis, je n’ai rien mangé et bu depuis tôt ce matin, juste trois gorgées d’eau.
Nous avançons aujourd’hui vers le mausolée de Sidi Ahmed R’guibi, et plus nous marchons plus les chemins anciens et parallèles sont nombreux, témoins du volume des caravanes qui fréquentaient autrefois ce désert, qui avançaient par centaines de chameaux chargés, de troupeaux qui se déplaçaient, des Kafilas incroyables !
Nous coupons un oued sec avec des acacias, des buissons très pales brûlés par les vents chauds et la sécheresse. Soudain quelques pieds de feuilles fraîches de lavandes, et une touffe couverte de fleurs, je m’agenouille pour humer le parfum exquis. Je cueille trois fleurs pour nos voyageurs bien courageux. Il a dû pleuvoir quelques minutes il y a plusieurs mois pour que ces fleurs aient la chance de revivre.
Nous effectuons ensemble la dernière heure et demie, aux pats rapides des dromadaires car nous voulons absolument effectuer le bivouac au Mausolée Sidi Ahmed R’guibi. Arrêt à une « tanout-fi » (citerne d’eau de pluie) pour nous laver les mains et remplir quelques bidons en secours.
Vingt minutes avant l’arrivée, la pointe du minaret blanc apparaît caché derrière une colline anthracite, puis quelques bâtiments. Nous arrivons il est juste quinze heures, après vingt quatre kilomètres.
Le gardien du mausolée nous désigne un lieu où dormir, il nous ouvre trois pièces destinées aux voyageurs – pèlerins du mausolée Sidi Ahmed R’guibi.
Dès le départ de la caravane ce matin Brahim et Idir ont mené un rythme de marche soutenu, les dromadaires ne cherchaient pas à s’arrêter, je crois que les dromadaires présentaient la luzerne !
Après-midi visite dans le cimetière très ancien du mausolée Sidi Ahmed R’guibi.
En début de soirée, ronronnement crissant d’une Toyota et d’une Mercédès, deux familles « Hassania » arrivent au mausolée. Le gardien qui buvait sa soupe avec nous se lève, ouvre une chambre aux pèlerins et revient quand les brochettes sont cuites.





