Nul Lamta à Smara

Jour 22

Mercredi 29 janvier 2025 

Vent fort toute la nuit, fatigué j’ai très bien dormi.
Avant l’aube le vent s’arrête brusquement, les nuages déversent leur rosée, tout est mouillé en quelques minutes. 
Nous profitons de l’accalmie de l’aube pour donner à manger aux dromadaires le repas qu’ils n’ont pu prendre hier soir tellement le vent soufflait fort. Ils dévorent deux bottes de luzerne séchées.
Départ de la caravane, l’atmosphère est curieuse, enveloppée d’une brume comme dans les dessins de Samivel.
J’effectue un détour sur une colline plate et je trouve un petit tumulus entièrement plat, un cercle rempli de cailloux noirs. Sur l’horizon apparaît une petite chaîne de montagne ensablée par l’oued à son pied. Nous traversons un reg aux roches noires encastrées au sol. Je me souviens de la citation de Camille Doux qui traverse un reg en 1888. « Rien de plus monotone que cette marche à travers une contrée pierreuse, fauve et dénuée de végétation ».
Au bout du plateau nous arrivons dans un oued par un affluant sableux où poussent des calotropis aux feuilles bourgeonnantes. Brahim avance en direction de trois maisons en terre au bord de l’oued Zouizel Aïdeur Tadder. Un homme sort d’une des maisons et se dirige vers la caravane. Il salue les garçons, et leurs indiquent où nous pouvons baraquer nos dromadaires un peu à l’Ouest.
J’arrive juste derrière avec les voyageurs, je fais signe à Bénédicte et Nicolas de ne pas se presser. L’homme, L’bachir nous invite à boire un thé. J’accepte volontiers, nous le suivons. En même temps nous discutons avec l’enfant la plus âgée, Hasma, environ douze – treize ans qui parle quelques mots d’Anglais. Évidemment ils sont tous intrigués par notre marche ici dans le désert, pourquoi à pied ? Éventuellement à dos de chameaux où au volant d’un véhicule, mais à pied ?
En entrant dans la cour, nous apercevons des morceaux d’intestins qui sèchent à l’ombre sur une citerne à eau. L’bachir nous à précéder. Les petits verres à thé saharaouis sont déjà disposés sur le plateau au pied central. Les dames, la grand-mère rentrent et nous font signes de nous assoir. La pièce est sombre, quelques coussins au pied des murs. 
Il n’y a qu’une porte qui donne dans la cour pour se protéger des vents violant qui soufflent le désert. L’bachir m’indique de m’installer entre lui et son père. Asma amène le grand bol « jighra » contenant « l’bène » lait de chamelle, rallongé avec de l’eau et sucré. Une baguette de bois d’acacias effilé, permettant de le fouetter et de retirer quelques impuretés s’il en restait. J’avoue que j’apprécie cette boisson légère, aigre – doux et désaltérante. Cela me rappelle notre traversée à pied d’une bonne partie de la Mauritanie il y a une dizaine d’année avec L’hô et Brahim. L’hô effectuait des kilomètres à pied de détours dès qu’il apercevait une tente de nomades pour boire un peu de « L’bène » et parfois en ramener un bidon.
Le grand-père boit, trempe ses lèvres dans le lait mousseux, essuie d’un revers de sa main l’emplacement où il a posé ses lèvres, et me fait passer le bol. Je bois et me régale. Cela fait longtemps que je n’ai pas eu cette sensation de me délecter de ce lait. Je passe le bol de lait de chamelle sucré à Bénédicte et Nicolas. Les discussions sont menées par Asma avec qui nous parlons en anglais et en arabe, ainsi que sa mère, sa tante et sa grand-mère.
Elles sont très intriguées de savoir combien Bénédicte à d’enfants. La grand-mère est ravie d’apprendre qu’elle est aussi grand-mère comme elle !
L’bachir fait couler le thé d’un verre à l’autre, le remet dans la petite théière et recommence l’opération plusieurs fois, puis le breuvage mousseux dans chaque verre, qu’il fait passer deux à deux dans une main, en désignant pour qui est prévu le verre. 
Ils n’imaginent pas que nous marchions comme cela vingt kilomètres par jour ! « Au moins vous montez sur le chameau ? ». Il nous indique le nom du lieu que nous ne connaissions pas.
La mère amène quatre « tobsiles » plateaux, et une grande gamelle recouverte d’un couvercle. Je devine ce que le récipient contient vue les abats à l’entrée. Le grand-père roule et découpe la crépinette en gros morceaux, comme nous le faisons pour enrouler les morceaux de foie en brochettes. Je suis étonné de la taille des morceaux. L’bachir répartie la viande de chèvre cuite à la vapeur en petits tas, équilibrant viande, côtelette, graisse cuite, foie, abats enroulés qu’il découpe en petits morceaux. Le grand-père rajoute à chacun son morceau de crépinette crue, je comprends maintenant qu’ici dans la coutume on mange la crépinette crue. Puis il fait passer les plateaux avec les petits tas un peu différents vers leurs destinataires. Favorisant celui-ci où celle-ci, suivant invités, enfants, personnes âgées.
Tout cela sans un mot plus haut que l’autre, bienveillance et joie à recevoir des invités avec toute la famille.
Nous avons pris des photos, elles aussi nous ont photographié, et nous ont demandé que les images des jeunes n’aillent pas sur Facebook. Alors nous respecterons l’intimité et ces moments qu’ils nous ont offerts. Pour L’bachir « Makane – mouchkil », ce n’est pas grave !

Quand nous nous levons, toute la famille veut que nous restions pour nous reposer et dormir un peu. Les mouches sont assez présentes, Bénédicte et Nicolas préfèrent rejoindre leur tente pour un meilleur repos, ayant mal dormi la nuit passée avec le vent qui a soufflé sans discontinuité jusqu’à l’aube.
La grand-mère Salma a précédé notre départ et nous a aspergé de parfum, comme il est de coutume au Sahara.
Asma nous accompagne, elle est heureuse de nous montrer la pièce appuyée à un mur de la maison où se trouvent les chevreaux. Un peu à l’écart un enclos construit de morceaux de bois secs de l’oued, entourés avec un filet fin où se trouvent le coq, une dizaine de poules et autant de poussins. Un peu plus loin Asma nous dirige vers une maison en terre sans toit où la tête d’une chamelle dépasse à peine. C’est un enclos haut pour chameaux. Une chamelle est pleine et attend pour mettre bas un petit dans quelques jours. 
Nous nous dirigeons maintenant vers notre bivouac installé à trois cents mètres. 
Nous avons marché aujourd’hui vingt-deux kilomètres.

Asma et sa maman reviendront après dix-sept heures. 
En fait elles sont venues trente minutes après notre arrivée, marchant contre le vent qui était déjà là et la poussière. Je les ai invités à entrer sous la tente. Nous avons offert des gâteaux secs de Dar Daif, dont les enfants ont raffolé. Ils sont repartis avec un sac plastique contenant le reste des gâteaux.
À la fin de notre voyage retour en véhicule, nous effectuerons un détour par Tan-Tan pour laisser à l’oncle L’bachir deux bâtons de marche, un pour la grand-mère et l’autre pour le grand-père qui marchent voûtés et avec difficultés.
L’bachir vient aussi nous rendre visite en fin d’après-midi. Brahim lui prépare un thé qui ne lui convient pas du tout, il rend son verre comme l’a fait la maman d’Asma. Il boira avec moi un verre de Louisa non sucrée. En discutant, Idir originaire de Tagounit, s’aperçoit qu’il a de la famille éloignée de sa maman venue s’installer dans la région et à des oncles et des neveux que connaissent très bien L’bachir. Le monde est petit !
L’bachir nous partage sa passion, la course à dos de dromadaires.
Chaque mois, jusqu’à cinq cents chameaux et chamelles courent sur un camélodromme proche de la ville de Tan-Tan.
L’bachir nous raconte comment s’organise cette course qu’il nomme « ghrally » auquel il participe fréquemment. Parfois le gagnant trouve acquéreur pour son chameau où chamelle de course et les prix peuvent atteindre cent vingt mille dirhams, le prix ici d’un bon 4×4 d’occasion !

Carnet de voyage

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16/12/2025/par dmm

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