Jour 9
De Sidi Hamza au M’goun
Lundi 23 août
Nous franchissons rapidement le tizi’n Merzouk. Descente sur le village d’Ait Merzouk. Dès la première maison un homme nous amène généreusement un plateau avec du thé. Chacun apprécie ce verre de thé.
Les grosses poutres de cèdres dépassent des murs soutenant les toits plats des maisons. Ces poutres sont recouvertes de planches très épaisses sciées à la main dans la longueur où équarris avec un outil tranchant.
Notre chemin vallonné est très agréable et traverse le bas d’une forêt de cèdres bien fournie et composée avec du thuya, du chêne et quelques pins d’Alep.
Le bivouac est situé dans une clairière cultivée les années de pluie, au pied du tizi’n Ait Brahim que nous franchirons demain.
Deux heures 30 mn de marche ce matin.
Le lieu s’appel Bounbah, une grande cuvette entièrement fermée par des montagnes sur tout le tour. Se trouve quelques habitations isolées et un hameau à l’ouest.
Cette vallée est très pauvre, cela se remarque à la tenue vestimentaire des enfants, des femmes et des hommes. La sécheresse n’a pas aidé ces dernières années, et le milieu agricole reculé est très résilient à la dureté de la vie. Cela n’empêche pas à quelques enfants jeunes d’avoir un portable entrée de gammes asiatiques.
Réflexion que nous faisions avec Ali qui voyage avec moi depuis 25 ans. Autrefois c’est les voyageurs qui prenaient des photos des habitants. Aujourd’hui c’est les locaux qui effectuent des vidéos des voyageurs avec cette caravane atypique de dromadaires. Ces animaux ne sont pas connus ici, alors la curiosité est vive. Même les mulets réagissent, par peur de ces animaux qui dépassent leurs tailles. Ils se sauvent en hennissant, chargés de leurs balles de luzernes ou charges de bois.
Repas à l’ombre d’un thuya, et sieste pour tous. La nuit dernière le vent fort nous a dérangé pour dormir ainsi que la lune qui était pleine.
Les flancs de la cédraie s’élèvent au pied des pentes raides du Jbel Baddou.
BATAILLE du Jbel BADDOU
« Au sommet de cette montagne a eu lieu une bataille mémorable en août 1933 et pourtant moins connue que celle des Ait Atta du Saghro au Bougafer.
La tribu des Ait Ihia n’ait Afelmane des vallées d’où nous sommes actuellement, n’ont pas accepté de se soumettre aux Français. Les tribus se sont regroupées plusieurs semaines sur le sommet abrupt du Jbel Baddou à 2777 mètres, comme au Bougafer, et ont pu tenir des semaines alors que les militaires n’arrivaient pas à les atteindre vue le lieu si escarpé.
Face aux bombardements des avions sur le Jbel Baddou ils ont dû se rendre ».
Mon ami Said m’a raconté que son grand-père qui s’est battu en haut du Jbel Baddou contre les Français, lors ce qu’ils ont été vaincu à été prisonnier par les Français. Pendant des mois ces prisonniers ont construction un borg en pisé nommé Ait L’haj Jagralla et d’autres bâtiments de protection.
Les villages avaient aussi été bombardé par l’aviation.
Lorsque les habitants amènent encore aujourd’hui du vieux bois à la scierie pour en faire des planches, les machines se bloquent par les morceaux d’obus ayant pénétré les poutres des maisons.
16 heures, le ciel est devenu laiteux, il fait encore un peu chaud.
Gorges de TADROUT
Nous partons seulement à trois repérer ces gorges. Said m’a indiqué que des parties étaient glissantes. Je prend en sécurité une corde, quelques sangles et mousquetons. (Qui resteront au fond du sac).
La cuvette s’enfonce progressivement.
Un filet d’eau permet la culture de petits jardins et il est plaisant de découvrir ces carrés de maïs, des pêchers sauvages avec des fruits de la taille d’une amende.
Les falaises se redressent et de grands cèdres sont accrochés aux pentes.
Un homme très âgé sorti d’une autre époque,
barbe blanche jaunie, encadrée par un visage lumineux. Vêtu d’un pantalon rouge, une djellaba sans couleur, garde une vingtaine de brebis. Appuyé sur son bâton Il nous salut.
La gorge que nous descendons coupe plein nord la falaise du Jbel Masquer. Nous apercevons la profondeur de cette entraille.
Un chemin aménagé dans la falaise avec des morceaux d’arbres coincés, soutiennent des plaques de pierres. Cela permet le passage de cette partie presque verticale. Puis le sentier très abîmé par les pluies d’orage, descend en lacets jusqu’au fond de la gorge. Nous rentrons maintenant à plat au cœur des entrailles de cette gorge devenue très sombre tellement la fissure est étroite, parfois un mètre et demi de large sur cent mètres et plus de hauteur. Impression d’un cheminement en spéléologie. En cas d’orage, nous pouvons imaginer le niveau de l’eau monter des dizaines de mètres. Il nous faut à peu près deux kilomètres pour traverser la base de cette falaise et une heure et demi. A la sortie, d’immenses cèdres s’élancent sur les deux flancs très raides. Les copeaux et déchets de bois rouge du cèdre dégagent une essence très forte. Des bûcherons sont venus tailler des poutres dans des cèdres morts.
Retour au bivouac juste avant la nuit.
Durant la découverte de cette exceptionnelle gorge, Brahim est parti repérer le chemin de demain. Je crains le passage très difficile. Sur la carte au 100.000 eme, les courbes de niveaux sont très serrées et aucun sentier n’est tracé des deux côtés. Les habitants utilisent le passage par ce col avec leurs mulets chargés de bois. Brahim confirme la difficulté du passage et nous recherchons quelques ouvriers dans un village, pour demain très tôt aller aménager les parties trop glissantes.
La soupe aux lentilles est délicieuse.
Nous nous endormons avec le vent qui souffle dans les arbres.





