Jour 10

De Sidi Hamza au M’goun

Mardi 24 août

Le vent a soufflé toute la nuit et deux fois la pluie est tombée mouillant le sol. Je n’ai senti que quelques gouttes une fois et dormi profondément jusqu’avant l’aube. Ce qui n’ai pas le cas pour tous mes compagnons.

Au réveil, après quelques verres de thé, du pain trempé dans l’huile d’olive, Brahim et Addi partent rejoindre la monté raide du col tizi’n Brahim. Ils retrouvent les deux ouvriers réservés hier soir pour piocher et aménager les passages trop glissants au cœur de cette forêt puis juste avant le col la partie raide.

Le petit déjeuner des voyageurs finit, nous pénétrons dans la forêt par le sentier des porteurs de bois qui passent avec leurs mulets

chargés.

Le sentier s’élève rapidement dans cette belle forêt, et il y a bien longtemps que je n’ai pas eu cette sensation de rejoindre une crête en forêt. Au sud de l’Atlas il n’y a plus de forêt.

Nous rencontrons les deux jeunes ouvriers avec leur pioche, pas très gaillards, venus faire leur journée. Brahim et Addi ont déjà rejoint les dromadaires qu’Ali et Iddir ont déjà dû charger. Le tizi’n Ait Brahim domine la crête à 2480 mètres d’altitude.

A peine une heure s’est écoulée, nous apercevons les chameaux entre les cèdres se déplaçant à petits pats serrés tellement la pente est raide. Bravo pour le travail de tailler la pente là où le sentier s’était éboulé. La partie raide, Brahim et Addi passent un ou deux dromadaires à la fois jusqu’au virage suivant.

Les habitants du village nous disent passer avec des mulets chargés de bois. Les mulets ferrés accrochent même si le sentier n’est pas bien marqué.

La descente s’effectue très bien par le sentier régulier. Au bas de la montagne la pente est plus raide, caillouteuse et le sentier raviné, le passage est à nouveau délicat.

Nous atteignons une ancienne piste, tellement plus facile pour la caravane. Nous dévalons cette piste, puis nous utilisons le fond plat de l’oued Taharrat n’Gaoual. En amont, le ciel est chargé de nuages noirs, le tonnerre gronde régulièrement. Nous marchons d’un pat rapide et je suis parti devant pour repérer un sentier sur la rive gauche nous permettant de sortir de ce trou à rat. Une ancienne piste s’élève et je suis bien soulagé, nous rejoignons la petite route qui domine les pentes raides de l’oued profond. Si la venue soudaine de l’eau serait arrivée nous serions monté une dizaine de mètres pour échapper à l’oued grondissant.

Nous apercevons rapidement le douar Arheddou 1820 m et les jardins nombreux et bien verts. La rivière amène un filet d’eau permettant de très belles cultures de mais, d’orge et un beau vergers de figuiers, pêchers, noyers.

Tous les emplacements étant utilisés par les cultures et les maisons serrées du village, nous trouvons un espace devant le cimetière pour notre bivouac, validé par un villageois. Comme hier le ciel gronde. Juste les bâches plastiques sont glissées sur les deux grandes tentes que le flot de l’orage se déverse abondamment.

Les enfants et adultes villageois venus découvrir des dromadaires pour la plus part pour la première fois, disparaissent en rejoignant leurs maisons.

Qu’elle chance et joie de se retrouver au sec, imaginant juste trente minutes décalées, nous étions trempés et le bivouac aurait été très difficile à monter sous la forte pluie et la grêle !

La pluie tombe abondamment près de deux heures, et nous entendons le ruisseau transformé en fleuve rugissant, dévalant sa boue chargée de morceaux d’arbres arrachés aux rives. Quelle énergie dame nature.

La sieste se termine avec la pluie, et nous sortons du dessous des bâches. Le soleil fend les nuages. Les spectateurs sont revenus. J’effectue une visite du village jusqu’à la rivière où les enfants sont nombreux à regarder ce fleuve qui dévale la montagne.

Retour au bivouac, les jeunes du village ont amené leurs tambourins et deux flûtes. L’une taillée dans un morceau de tuyau d’irrigation et l’autre dans un tube métallique. Qu’elle ingéniosité l’homme développe quand les moyens lui manque. Les sons sont superbes, et ces jeunes garçons et quelques hommes jouent des vibrations traditionnelles chargées d’histoires de ces montagnards arrivés au cœur de ces montagnes il y a plusieurs siècles. Addi les rejoints et le répertoire des mélodies et des chants s’agrandit.

Jusqu’à la nuit ils nous offrent leurs chants et l’histoire contée de leur vie.

La soupe bien chaude est appréciée alors que la pluie reprend lentement.

S’il pleut la nuit nous ne pourrons pas demain reprendre le chemin boueux car trop glissant pour nos dromadaires.