Jour 21

De Sidi Hamza au M’goun

Samedi 4 septembre

Durant notre petit déjeuner des voix de femmes et d’enfants s’approchent du bivouac. Un des jeunes garçons marche avec son téléphone à la main et filme les chameaux, s’approche avec sa Maman et effectue fièrement des images à côté des dromadaires. Quelle évolution ! Comment aurions nous pu imaginer il y a quelques années cette inversion des choses. Le plus jeune des garçons s’approche de la table, nous lui offrons une tartine avec du fromage de chèvre frais et de la confiture de datte par dessus. Il s’assoit avec nous sur un petit tabouret et le garçon plus grand le film à la table des « touristes – voyageurs ». Ils repartent avec leur âne dont le « chouari » (double panier tressé) est chargé de provisions. Ils rejoignent sûrement leur « Azib » (bergerie de pierre), leurs chèvres et moutons. Certainement des bergers Ait Atta semi-nomades de la vallée d’Oussikis, qui sont tout l’été en estive sur les plateaux vers trois milles mètres d’altitude et redescendent de temps en temps au village chercher des provisions.

Nous démarrons sur le sentier avant que la caravane des dromadaires soit complètement chargée, le sentier monte raide, cela permet à chacun du groupe d’effectuer des petites poses, petits réglages et haltes du départ de la journée. Dès que la caravane des chameaux arrivera, il n’y a plus de pose si l’on veut les accompagner. Nous ne pouvons pas arrêter les dromadaires chargés pour une petite toilette où retirer une veste. Les chameaux chargés doivent marcher avec constance. Si l’arrêt dure plus de cinq minutes ils risquent de se coucher avec leurs charges et parfois essayer de faire basculer ces bagages qui les dérangent, et là cela devient ensuite compliqué à gérer.

Après la première colline une petite vallée se transforme en un défilé dans une gorge sinueuse. Quelques jardins et trembles donnent de la douceur à ce lieu aride.

Addi me fait remarquer en haut des falaises une ruine construite en fortification où Dada Atta se serait retranché durant la pacification et l’arrivée des français.

Lieu stratégique d’accès difficile puisque en haut de falaises verticales. (Notre journée est longue et nous n’avons pas le temps de grimper en haut de la falaise pour aller voir ces ruines dont nous apercevons les murs de pierres dominant le vide. La corde est au fond d’un de mes sacs sur les chameaux. J’y reviendrai.

Nous quittons cette gorge où coule un fil d’eau pour une petite vallée aqqa « Taghfist » (petit jardin – oasis de montagne) longeant la falaise d’un côté et de l’autre côté le Jbel « Oucheune » (chacal).

Le sentier s’élève bien régulier, plusieurs jardins isolés se succèdent où poussent céréales, oignons, vignes, figuiers, pommiers. Un petit paradis suspendu au temps. Puis nous traversons un pâturage jusqu’au tizi’n Taghfist, altitude 2710 mètres.

Nous croisons un nomade Ait Atta qui redescend avec sa mule chargée d’une tente de laine noir. Il anticipe le retour de la transhumance en allant déposer la lourde tente chez un ami d’Oussikis qui lui fera parvenir dans le Saghro par un véhicule. Il doit s’agir d’une petite famille avec peu d’animaux de bâts et donc bien chargés. Le grand beau temps automnal est installé, il y a peu de risques de pluie. Il discute avec Addi et trouvent des amis nomades communs.

Le col est une frontière de pâturages entre les Ait Atta d’Oussiki et les M’goun qui remontent la vallée de M’jdid.

Un sentier descend à flanc de pentes en suivant un plissement rocheux. Nous arrivons dans la vallée et l’oued M’jdig. Les semi-nomades M’goun viennent du bas M’goun avec leurs troupeaux dès le mois de mai. Mi juin ils montent plus haut sur les plateaux à 3000 mètres au sud du tizi’n « Ibroule » (grêlons), pour redescendre fin septembre avant l’arrivée de la première neige.

L’oued M’jdig est utilisé par les Ait Atta du Saghro pour le parcours de leur transhumance mi mai. Après une guerre tribale et un traité de paix a été signé (1935-40 ?), un accord tri parties entre les Ait Atta du Saghro, les Ait Mohamed (nord Atlas)et les Ait Keum (haut Bougmez), et les M’goun pour le passage.

Les familles Ait Atta avec leurs troupeaux rejoignent le tizi’n Ibroule à 3200 mètres, le lac Izourar, le plateau de Tamda où le pied de l’Azourki nord suivant leur choix de pâturages.

En échange de ces accords les Ait Keum et les Ait Mohamed sont invités l’hiver sur le pâturages des montagnes et des plaines du Saghro avec leurs troupeaux (alors qu’il y a de la neige sur le haut Bougmez).

Bivouac très agréable sur un joli gazon, au bord de l’oued qui nous offre l’eau courante à quelques mètres.

Arrivée à quinze heures trente minutes, après six heures trente minutes de marche. Altitude 2440 mètres.

La salade de midi est prête à seize heures, nous l’apprécions.

Fin d’après-midi lessive, vaisselle. Mariam prépare la pâte du pain qui va lever avec la chaleur dans la tente cuisine.