Jour 4

De Sidi Hamza au M’goun

Mercredi 18 août

Très belle nuit, douce et calme.

Quelques uns ont aperçu des étoiles filantes, personnellement je me suis endormi directement.

Les coqs dans le lointain viennent percer la fin de la nuit. Le ciel est encadré par les trois montagnes dont les crêtes se découpent sur une nuée d’étoiles.

Début de l’aube, Addi fait couler un demi sac d’orge (25 kg) réparti sur trois bâches pour donner à manger aux dromadaires. Énergie nécessaire pour une journée remontant la gorge puis une vallée pour monter en altitude ce soir.

Au petit jour les voyageurs se réveillent, rangent leurs affaires dans leurs sacs pour prendre leur petit déjeuner à l’extérieur des tentes. Cela permet aux garçons de l’équipe de commencer à ranger le matériel, démonter les deux grandes tentes, rassembler les paquets et sacs à répartir pour les chameaux.

Ce fonctionnement bien rodé s’effectuera chaque matin.

Idir s’occupe de charger quatre chameaux. Brahim aidé d’Ayman jeune garçon de 14 ans, « apprenti chamelier » venu de la région d’Agadir pour découvrir la vie des chameliers du désert.

Au moment du départ à 7 heures 45 mn une jeune fille du campement au dessus est venue nous offrir huit pommes qu’elle porte dans sa robe repliée. C’est extrêmement généreux car à côté de leur campement un petit filet d’eau permet la culture d’un petit champs de céréales et de 4 pommiers.

Nous cheminons dans la gorge étroite qui remonte par paliers, suivant un fil d’eau qui tantôt disparaît dans l’accumulation des remblais de l’érosion et réapparaît lorsque nous rejoignons le socle de la roche.

Dans un double abris sous roche, un nomade à entreposé une quinzaine de grands sacs « runtch » remplis de luzerne séchée et de paille, comme dans un grenier. A l’automne après un été sec il trouvera de quoi compléter la nourriture pour ses chèvres, brebis, mulets et ânes.

Mon ami Michel Camus médecin retraité et passionné par l’histoire du Maroc m’a fait parvenir quelques liens que je vous partage. Nous sommes précisément entre la journée d’hier et d’aujourd’hui sur un lieu de bataille de deux dynasties Berbére datant de 900 ans.

« Le mouvement unificateur des Almohades qui va intéresser cette région à deux reprises dans le courant du XIIe siècle. C’est d’abord en 1127, à l’occasion de sa campagne contre les Almoravides, qu’Abdelmoumen passa par la Moulouya dont il occupa les forteresses. En 1132, par contre, s’étant engagé avec son armée de piétons masmouda dans la profonde vallée entre l’Ayyachi et le chaînon immédiatement au Sud, il fut pris à partie par des contingents almoravides à cheval et à dromadaire sur un terrain favorisant les manœuvres de cavalerie. Gagnant de nuit avec son armée un piton escarpé près de l’actuelle Zâwiya Sidi Hamza, le prince almohade sut s’y organiser de façon à résister victorieusement aux assiégeants. Depuis lors, cette colline porte le nom de Kouddiat ‘Abdelmoumen. Lors du reflux almohade, cependant, en 1248, l’émir Abou Bekr, venu de Meknès, déboucha sur la Moulouya, occupa la région d’Awtat (Midelt), reprit les forteresses du pays et soumit les régions montagneuses « .

Nous sommes donc partis hier au pied de cette petite montagne tabulaire indiquée plus haut où le prince s’était réfugié avec son armée et nous remontons précisément cette gorge au sud du chainons de l’Ayachi où les Almohade sont passés.

Des campements nomades sont répartis au long de cette gorge et vallée.

Dans un affluant de cette vallée au dessus de 2 campements nomades nous trouvons un replat pour notre bivouac, à l’altitude de 2660m. Il est 13 heures.

Nous avons marché 4 heures 45 mn et gravis 700 mètres de dénivelés, étape de 13 km.

Plus loin la gorge ne nous permet pas de nous arrêter confortablement.

Le lieu est très beau, il s’appelle Izif’d, ouvert avec un ensemble de crêtes arrondies. Nous nous délectons de la vie animée des deux campements juste en dessous. Les nomades ici n’ont pas de dromadaires pour porter leur campements. Ils utilisent de beaux mulets, deux à quatre à chaque campement.

Après notre repas, le ciel s’est chargé de nuages, de grosses gouttes de pluie ont commencé à tomber à peine endormi à la sieste. Hésitant à couvrir les grandes tentes d’une bâche plastique, finalement nous nous sommes assoupis.

Fin d’après-midi le soleil et les belles couleurs sont revenus.