Jour 23

De Sidi Hamza au M’goun

Lundi 6 septembre

Trente minutes ce matin pour rejoindre le tizi’n « Toudet » (la mouflonnne). Altitude 2680 mètres. Nous apercevons plein sud une succession de crêtes de l’anti Atlas du Jbel Saghro.

Nous descendons la dernière pente sud de l’Atlas par un sentier bien tracé pour les mulets chargés, difficile pour nos chameaux du désert. Ce passage est stratégique pour les nomades M’goun, comme pour les habitants de « l’Ouzighrimt » (haute vallée du M’goun), qui utilisent le passage de ce col quand la rivière du M’goun est trop haute et dangereuse où quand le tizi’n M’hamed est trop enneigé l’hiver. Nous croisons deux couples fièrement montés sur leurs mulets qui remontent vers le nord. Les M’goun sont réputés pour avoir de très beaux mulets, capable de braver le courant de l’oued Mgoun avec parfois de l’eau jusqu’au ventre où franchir les cols enneigés.

Au pied du col nous trouvons le jeune gamin Rachid venu hier après-midi partager le goûter avec nous.

Il nous invite vers sa tente. Son papa Brahim Baha et sa maman nous accueillent. Nous partageons deux heures d’hospitalité avec toute la famille ainsi que la tente voisine venue pour l’occasion. C’est aussi une petite approche de la vie des nomades M’goun. Leur tente est construite sur une structure de bois fins assemblés avec des brins de laine. Cette même structure était autrefois recouverte de nattes de jonc « imskane » tressées avec des gros files de laines mélangées brebis et dromadaires.

La tente est recouverte aujourd’hui de divers tissus assemblés et doublés sur un support de sacs tressés « runch », et cousus. C’est la modernité voulue par la maman et ses filles, et qui regrettent la fraîcheur de l’ancienne tente.

Leur tente intègre dans sa structure un métier à tisser vertical, où se termine une très belle couverte tissée par la fille aînée avec des bandes de la laine de mouton alternées avec de la laine de dromadaires.

Nous mangerons du pain encore chaud, cuit dans un petit four à brindilles pendant que nous buvions le premier thé, trempé dans un bol de beurre fondu avec des épices. Nous nous régalerons. L’ensemble est déposé au cœur d’un plat en bois de noyer « tazleft » dont Fabienne se souvient avoir mangé dans un plat identique « tellouiéte » à l’arrivée de la transhumance. (Boulettes confectionnées à partir de farine de blé où d’orge, cuites comme des pâtes, arrosées de petits lait de chèvres et de ce beurre cuit à la couleur orangée). Plat de choix chez les nomades. Que j’apprécie particulièrement.

J’achète une petite couverture en laines de mouton, dromadaires et poils de chèvres, confectionnée pour recouvrir « tabarda » le bât d’un mulet sur lequel on s’assoit où qui accueil les grands sacs en laine tissées contenant les provisions.

Les dames du groupe sont conviées dans la cuisine des femmes, une véritable grotte « ifri », creusée dans une pente du sol et noircies par des décennies de feu de cuisine. Pour y accéder nous descendons quelques marches. Les hommes (Jean-Bernard et moi) serons invités à les rejoindre. Comme nous dit la maman c’est là que se regroupe toute la famille quand la neige arrive.

Cette halte fut remplie de fraternité et même de tendresse avec les petites filles de la tente, Mariam et Khadija.

Nous reprenons le chemin, comblés par cette rencontre d’exception. Nous suivons l’oued pour arriver au puits anou n’ « Im’jguerne » vers quinze heures. Le bivouac installé juste en face sur une terrasse domine l’oued, altitude 1980 mètres.