Jour 8

De Sidi Hamza au M’goun

Dimanche 22 août

Après cette très belle halte au gîte de la famille Hassou, un petit déjeuner raffiné au miel d’abeilles sauvages et galettes de pain maison, le départ s’effectue vers neuf heures.

Toute l’équipe et les voyageurs sont un peu tristes du départ de notre « apprenti chamelier de 14 ans » Ayman qui rejoint Ouarzazate avec Kassi et le pickup assistance puis Agadir en bus. Ayman s’est particulièrement bien intégré à cette vie nomade, conduisant les chameaux, aidant l’équipe et partageant avec les voyageurs cette aventure.

Nous quittons le village de Tagoudite par un sentier entre les cultures de mais et les champs de pomme de terre. Nous apercevons au dessus du village le collége et le lycée construits pour les jeunes de cette vallée. Le développement de ces vallées reculées du haut Atlas Oriental est remarquable.

Des jeunes enfants qui chassent les oiseaux avec des pierres dans les jardins nous rejoignent.

Nous marchons le long de l’oued et nous croisons un groupe de lavandières.

Quelques femmes du village se sont groupées pour faire leurs lessives ensemble. L’une d’elle amène quelques morceaux de bois sec pour chauffer un fût d’eau froide de l’oued et effectuer la lessive des linges avec de l’eau chaude. A la prochaine lessive une autre femme amènera le bois. Ces femmes sont joyeuses et la conversation s’effectue rapidement quand Khadija (originaire des Ait Bougmez) parle avec elles. Elle retrouve exactement les mêmes gestes qu’elle a vue effectué par sa maman et ses tantes il y a quelques années. Cet arrêt est exceptionnel car nous assistons aux différents modes de lavage. Linge de maison, tapis de laine, tapis en lirette, laine brute, lavage du blé, utilisant une technique différente. Fabienne qui a effectué plusieurs voyages avec nous dont la randonnée « rencontre avec les femmes » aux Ait Bougmez et Ait Boulie avec Zineb il y a quelques années retrouve la même ambiance vécue.

Cet arrêt chez les lavandières était exceptionnel et me replonge également dans la vie de différentes hautes vallées de l’Atlas que j’ai connue depuis 40 ans, avec rire et fraternité.

Ali s’impatiente, nous reprenons notre marche. Ce petit oued devient vite un petit ruisseau qui donne naissance dans la basse vallée à la Moulouya. Ce fleuve rejoint les plaines jusqu’à la Méditerranée après avoir parcouru 600 km en lisière du moyen Atlas, des plateaux désertiques du Rekkam et l’extrémité Est du Rif.

Nous effecturons un bivouac proche de l’embouchure du fleuve Moulouya dans notre prochaine traversée chameliere qui relie Taouz à l’extrême nord Est du Maroc sur la Méditerranée, dont le départ s’effectue le 6 novembre 2021.

Nous rejoignons la « source » Moulouya d’où coule un filet d’eau claire comme un petit robinet. Nous nous délectons de cette eau voyageuse et nous remplissons nos gourdes.

Nous quittons la vallée des Ait Moussa par un vallon au fond d’oued sec. Les deux flancs de cette montagne sont couverts des premiers cèdres de l’Atlas. Arbres élancés dont les habitants taillent les branches pour que ces arbres poussent le plus droit possible pour son utilisation en poutres, planches pour les toits des maisons et bois de menuiserie.

Ces branches taillées sont données en fourrages aux troupeaux de brebis qui broutent les pousses bien vertes et parfumées, sur place dans les forêts.

Brahim a installé le bivouac proche d’un puits.

Petite étape de quinze kilomètres.

Nous apprécions l’ombre de ces grands cèdres pour notre repas de midi.

Nos dromadaires goûtent pour leur première fois les pouces de cèdres dont ils semblent se régaler.

Au dessus du campement s’élèvent les pentes du Jbel Masker qui culmine à 3265 mètres. Nous avions prévu son ascension ce matin. Les deux dernières longues journées ont provoqué quelques courbatures aux voyageurs et aux guides après tellement de mois immobilisés par ce Covid. Le départ tôt du gîte prévu pour effectuer son ascension n’était plus envisageable ! « Voyager » nécessite de s’adapter aux événements qui nous sont offerts pour goûter de ces opportunités, particulièrement dans une grande traversée.

Ce qui nous a permît ce matin de vivre ces moments d’émotions et de partages avec les « cousines lavandières» des vallées du haut Atlas.

Le ciel se voile de nuages noir, dame lune apparaît pendant notre repas.