Jour 12

De Sidi Hamza au M’goun

Jeudi 26 août

Ce crochet un peu au nord de l’Atlas par les forêts de cèdres est délicieux. Ces deux où trois journées difficiles pour nos chameaux en sont le prix.

Un berger monte sur un immense cèdre de branches en branches, juste devant notre bivouac. Il sectionne avec sa hachette au manche assez long les jeunes branches qui tombent au pied de l’arbre. C’est bien une vingtaine de pointes de branches qui gisent au pied du cèdre. Du haut de l’arbre il appel ses chèvres qui se précipitent sur les épines vertes tendres, elles semblent en raffoler.

La caravane des dromadaires chargés se met dans route dans l’oued.

Ali (notre voisin de la première ferme) nous rejoint monté sur son mulet pour nous indiquer le principal chemin jusqu’au col.

Il y a un peu plus d’une année en repérage avec Ychou nous avions trouvé un sentier trop difficile pour des chameaux chargés. Nous longeons la rivière en descente quarante minutes, et nous observons quelques fermes isolées recouvertes d’une toiture de grosses poutres de cèdres. L’hiver doit être rude et la neige parfois abondante.

Nous remontons un vallon le long d’un ruisseau dans une gorge au socle granitique beige comme rarement nous en voyons. J’en connais un aux Ait Boulie et dans le Toubkal.

Deux dromadaires glissent sur ce granit avec la boue restante de la pluie d’hier soir, l’un se retrouve sur ses deux genoux rapidement, j’en ai mal pour lui par le choc. Je hurle pour qu’Ali s’arrête car ce dromadaire est le troisième des quatre attachés l’un à l’autre par une longe depuis sa mâchoire au chameau de devant. Le quatrième chameau glisse au même endroit et se retrouve sur le côté, il se relève et Ali continue.

Un peu plus haut le granit devient gris anthracite – noir, et se sont des blocs d’une taille d’un bidon posés à la surface du sol, un peu comme sur le versant nord du Saghro du côté d’Iferd. Le terrain un peu sableux est plus agréable à marcher pour nos chameaux sur le sentier qui s’élève régulièrement dans cette forêt de chênes.

Nous arrivons au col à 2360 mètres. Ali notre guide de ce matin nous salue et repart sur sa mule vers sa petite ferme.

Petite descente, quelques trembles annoncent tout proche le hameau d’Aqua n’Ouani.

Khadija demande à une dame devant sa porte de l’eau fraîche à boire, qu’elle lui apporte. Puis la dame nous invite à boire du thé. Nous attendons cinq minutes que tout se prépare. Nous entrons dans une pièce avec de la terre battue au sol, recouverte d’une natte, des tapis de laine teintées rouge foncé. Le bas du mur est badigeonné de peinture violette ainsi que les encadrements des fenêtres. Sur la table ronde en bois est déjà déposée une panière avec deux galettes de pains emballées dans une petite couverture. Nous nous installons. Le fils de la maison nous amène « l’eumghasséle » sorte de lavabo amovible, qu’il déplace devant chacun de nous pour nous laver les mains avec une petite serviette bien propre. C’est la coutume d’hospitalité. Il revient avec la théière et sa maman dépose sur la petite table un bol avec de l’huile d’olive et un autre bol avec du beurre fondu. Le pain est encore chaud et excellent.

Ce moment est très agréable pour tous.

Nous reprenons notre marche à plat en suivant une petite piste. Le ciel s’est assombrit durant notre arrêt chez l’habitant. Le grondement du tonnerre est rapide aujourd’hui, les premières gouttes commencent à nous mouiller et le pas s’accélère. Au détour d’une petite gorge nous apercevons le bivouac monté à côté d’une ruine d’azib (bergerie). Les bâches plastiques recouvrent déjà les deux grandes tentes. Nous nous engouffrons.

Durant notre déjeuner l’orage s’est déplacé avec le vent. La petite sieste hebdomadaire est bien appréciée.

Altitude du bivouac 2310 mètres.

La vue sur le lac bleu foncé est très belle, une immense plaine aride dont l’horizon se confond avec les montagnes brun violacé.

La brume atténue toute ombre.