Jour 24

De Sidi Hamza au M’goun

Mardi 7 septembre

Nuit très douce, les grillons ont chanté, le ciel s’est un peu voilé.

Le sentier s’élève au milieu de la garrigue entre les touffes de thyms et des arbres de tuyas rabougris. Les bergers coupent régulièrement les pointes des branches pour donner à manger à leurs chèvres. Nous croisons les restes d’un four à charbon à bois, dévoreur d’arbres.

Nous rejoignons le tizi’n Aguerd n’Ouddida 2150 mètres d’altitude. Le ciel s’assombrit rapidement de nuages venants de l’ouest. Quelques gouttes nous rafraîchissent.

Descente par une nouvelle piste qui facilite grandement le passage de nos chameaux chargés pour rejoindre l’oued M’goun sur une pente assez raide.

L’objectif de rejoindre Sidi Hamza à l’oued M’goun par les anciens chemins caravaniers est atteint, et c’est une grande joie partagée par toute l’équipe quand notre caravane franchie l’oued M’goun.

Nous traversons le village et une halte s’impose chez Moha pour boire quelques limonades dans l’épicerie, sorties du frigo, puis un thé parfumé « fléio » menthe particulière, poussant dans les séguias. Localement on parfume le lait avec fléio, but avec un goûter.

La maman de notre hôte a perdu son maris il y a trois mois, elle est habillée de blanc en signe de deuil durant quatre mois et dix jours. Des invités arrivent juste après nous pour une visite de condoléance, ils déposent en entrant quelques pains de sucre, en offrande. C’est la coutume.

Notre bivouac est installé au delà du village d’Aguerzaka sur le plateau pour ne pas tenter les dromadaires d’aller grappiller quelques arbres fruitiers, culture de maïs où de luzerne.

Altitude 1820 mètres.

Après-midi sieste au gîte de Moha sur de beaux tapis rouge, blanc et noir. Nous apprécions le lieu calme et propre.

Vers dix sept heures nous rejoignons le site des traces des dinosaures que nous avons découvert l’année dernière, que j’avais repéré sur internet. Lors du passage de la caravane d’Alice Morrison (voir la dernière vidéo de sa traversée). Nous avions recherché le site qui n’était pas connu des habitants du village.

Au delà des jardins rive gauche, nous cheminons dans un vallon un peu raid et caillouteux jusqu’au pied des falaises. Il y a 150 millions d’années, le Maroc de cette région était une étendue de plaines marécageuses et de lacs où divers types de dinosaures cohabitaient. Nous pourrons observer en face du site plusieurs traces parallèles de quadrupèdes, ainsi qu’une trace qui apparaît sur une couche fossilisée un mètre plus bas que la couche principale, ce qui représente un fait étrange.

Nous nous approchons pour toucher les traces de 50 à 70 cm de diamètres de ces monstres de plusieurs tonnes. Par la pression des plaques africaines, l’Atlas s’est redressé, et après une érosion importante nous offre avec un accès facile ce site émouvant de traces fossilisées. Le Maroc possède plusieurs sites très différents de l’Atlas versant nord, au centre et au sud ainsi que dans les hamadas sahariennes au sud du Tafilalet.

Notre arrivée à l’oued M’goun me rappelle ma première remontée à pied de l’oued M’goun il y a une quarantaine d’années. Les femmes M’goun portaient des colliers d’ambre, et cette image du livre de Bertrand « tribus berbères du haut-Atlas » de 1977 illustre bien cette époque.