Jour 2

De Sidi Hamza au M’goun

Lundi 16 août

Journée de transition pour nous acclimater, finir les derniers achats frais de fruits, légumes, viande, pain et orge pour les dromadaires.

Brahim est partit tôt ce matin à Rich avec Kassi (chauffeur du pickup assistance, qui a amené le matériel, tentes, nourriture).

Matinée:

Nous allons visiter la source de toute cette verdure qui sort du pied de la montagne de Taseumdelt.

Nous remontons les jardins et suivons la séguia (petit canal) qui alimente l’ensemble des villages. La source sort du milieu de l’oued caillouteux. 200 mètres plus haut nous rejoignons l’entrée d’une grotte « Tinghort ».

L’année dernière Hassan m’avait parlé d’une grotte assez profonde, nous y voici.

Nous sortons nos lampes frontales. L’entrée est basse, et 20 mètres plus loin nous marchons accroupi. Rapidement nous rampons sous 60 centimètres de hauteur. Le cheminement en descente est plus facile. Nous arrivons dans une salle où nous pouvons nous redresser et admirer le plafond de la grotte. Nous observons quelques stalactites. Nous marchons sur des gros blocs instables, il faut surveiller où nous mettons nos pieds et parfois donner un peu la main aux compagnons pour un petit passage. Nous reprenons rapidement à ramper sous un plafond à 60 cm durant quelques mètres, puis une nouvelle salle avec à son pied une sorte de petit lac avec une eau cristalline. Hassan nous explique que des spéléologues Italiens sont venus il y a 7 ans pour percer le mystère de cette eau souterraine. Équipés de matériel de plongée avec bouteilles d’oxygène et ils ont réussi à franchir ce siphon naturel de 32 mètres, pour arriver dans une sorte de puis de 8 mètres toujours en eau et ressortir de l’autre côté en remontant un puits naturel.

Je ne m’attendais pas à effectuer 2 heures de spéléo. Nous avons continué par un autre cheminement jusqu’à l’entrée de la grotte. Grande joie et découverte pour tout le groupe.

Jean-Bernard spécialiste de spéléologie trouve cette grotte intéressante, très sèche par rapport aux grottes habituelles en Europe.

Retour sur le sentier d’accès puis les jardins. Nous traversons le village de Tazrouft et nous rejoignons l’auberge où nous attendait un délicieux repas.

Après-midi: Visite du village de la Zaouit Sidi Hamza.

L’histoire de ce village est exceptionnelle.

« Fondation de la Zawiya Sidi Hamza (XVIe siècle). Celle-ci intervint vers 1550 lorsqu’un pieux lettré, Sidi Mhammed Boubker, originaire de Figuig et membre de la congrégation des Tidjâniya, dut quitter Ayt Ya ‘qoub lors de sa prise par les Ayt Haddidou. Recueilli par les ksouriens voisins de Tazrouft, il remplit longtemps chez eux le rôle d’Imam jusqu’au jour où il décida de fonder sa propre zâwiya un peu en aval de Tazrouft — la Zâwiya Sidi Hamza. Le bâtiment principal de la zâwiya — vaste demeure abritant salles de prière et d’étude — fut construit et, sous l’impulsion de Si Mhammed et de ses descendants, acquit rapidement une grande renommée dans le pays. Plus tard s’éleva une mosquée dont le minaret en argile, érigé en légère pyramide dans le style local, existe toujours. On y venait de très loin, même du Sous et de Fès, soit uniquement pour verser l’aumône et goûter à l’hospitalité du chef de la zâwiya, soit pour étudier la théologie et le droit. En faisant habilement preuve de diplomatie, les marabouts hamzawin surent concilier les liens affectifs les liant aux Ayt ‘Ayyach avec l’influence qu’ils exercèrent bientôt sur les Ayt Haddidou de l’Est, pour se poser comme intermédiaires à l’occasion de conflits inter-tribaux. Zâwiya-monastère donc, en même temps centre politico-religieux ayant un certain rayonnement, tout en occupant une position de choix à proximité d’une importante voie de passage Saharienne. »

Hassan nous emmène au travers des jardins et nous découvrons le village ancien.

Sidi Hamza au cours de ses nombreux voyages et pèlerinage vers le moyen orient, la Syrie, l’Egypte, achètera et ramènera des manuscrits, Kurans, Adith, traités sur la vie du Prophète Mohamed, d’algèbre et mathématique, de poésie, d’astronomie pour nourrir sa bibliothèque de l’Ayachi.

La construction du bâtiment qui abrite la collection de l’ancienne bibliothèque date de 2010.

Depuis quelques années le village est en cours de restauration. Un des projets exemplaire entrepris par le Maroc de restauration du patrimoine rural et ancien.

Si Mohamed le concervateur de la bibliothèque de l’Ayachi, descendant de la lignée de Sidi Hamza, nous emmène visiter cette bibliothèque du désert où sont conservés des exemplaires uniques.

Un des plus anciens manuscrits date de 800 ans écrit par l’Imam Souha-ili (Un des 7 saints ayant un mausolée à Marrakech) sur la vie du Prophète Mohamed.

Un traité de mathématique, algèbre et astronomie écrit en noir avec des annotations à l’encre rouge.

L’histoire racontée des voyages et traversées du désert par Abisalim l’Ayachi.

Une traduction de Sidi Hamza des « sahabas » (compagnons) du Prophète, Aboubakr Sidik, Aomar Ibn Khatib, Ali Ibnou Taàlib.

Si Mohamed nous fera découvrir des objets ayant appartenu à Sidi Hamza qui nous fait remonter le temps d’il y a 460 ans. Un « tarbouche » en feutre rouge-grenât (en forme de casque), des bottes dans lesquelles se glissait une babouche pour monter à cheval sur les longs parcours, une jarre en cuir utilisée lors des grands voyages qui pouvait contenir de l’huile où du beurre.

Une presse à plaque pour confectionner des manuscrits de fines feuilles de cuir.

Au travers d’un labyrinthe de ruelles en terre nous rejoignons l’ancienne mosquée construite par Sidi Hamza. Actuellement en pleine restauration. Le plafond en bois de cèdre noirci par 4 siècles que nous avions vue il y a un an a été démonté, et sera remonté après consolidation en cours des murs et du sol. Nous montons en haut du minaret qui domine tout le village et la vallée.

Si Hamza le bâtisseur s’était inspiré d’un certain art de vivre en Syrie, en Irak, en Égypte, où régnait le fleuron de la civilisation.

Il a construit son village sur un système de canalisations d’eau amenée par des canaux à flanc de pentes du pied de la montagne de la source que nous avons visité ce matin. Sur l’emplacement du futur village il a imaginé des canaux souterrains le long des ruelles, passant sous toutes les maisons. L’eau courante dans chaque maison avec une sorte de puits où l’eau s’écoule par gravité à un mètre sous la maison et où les habitants puisaient l’eau amenant également la fraîcheur dans ces maisons. Un bassin avec eau courante au milieu du village permettait aux ânes et animaux de boire, de se laver les pieds avant d’entrer dans les maisons au retour des champs où d’un voyage à pieds dans la poussière du désert.

Quel art de vivre introduit par Sidi Hamza au cœur de l’Atlas dans ce village – Zaouiat.

Magnifique journée, remplie de découvertes et d’émotions.

Environ 6 heures et 18 km de marche.