Jour 13
De Sidi Hamza au M’goun
Vendredi 27 août
Petite journée, nous traversons le plateau des agdals entre le lac d’Isli et lac Tislit.
Nous croisons les troupeaux et les bergers de ces semi-nomades. Cet espace ressemble beaucoup au lac d’Izourar au pied de l’Azourki et en beaucoup plus vaste. Au vue du nombre d’azibs il a dû y avoir une présence très importante de semi-nomades.
Nous espérons que la pluie des orages de ces derniers jours amènera sur ces pâturages jaunis les pousses de verdures pour les troupeaux pour cet automne car la sécheresse est sévère.
Juste arrivé aux abords du lac de Tislit, nos tentes sont montées. Fabienne s’est déjà baignée. Nous prenons notre déjeuner à l’ombre d’un cèdre.
La pluie arrive sans prévenir, nous n’avons rien vue venir, un peu de panique car monter les bâches plastiques avec du vent est difficile. Le vent s’engouffre et avale ces grandes voiles.
Le vent calmé nous pouvons laver un peu de linge avec l’eau du lac.
Hier soir est arrivé un jeune de Suisse accompagné par Yachou venus se joindre à la caravane. En recherche de sens, il vient partager la vie simple des chameliers, déconnecté d’habitude pas toujours équilibrantes, reprendre des repères.
Je vous partage ces extraits envoyés par mon ami Michel Camus, du géographe naturaliste Michael Peyron, dont ces passages sont passionnants, pour mieux comprendre la vie pastorale de ces nomades de l’Atlas qu’il a étudié et dont nous sommes au cœur des territoires.
« Carnets de terrain d’un géographe naturaliste (publié en 2012) …./….
Règles d’accès, croyances et rituels / Agdal de l’Atlas oriental
Un agdal. Il ne le devient que suite à un accord entre les usagers des lieux, les pasteurs obéissant aux lois de la transhumance. À l’époque ancienne où s’appliquait l’izeif (droit coutumier), si un almu était jugé indispensable à la survie des troupeaux du groupe, l’assemblé (jmaâ) prenait la décision d’en réglementer l’accès et désignait, pour l’année, un amghar n-igudlan (cheikh des pâturages). Celui-ci était chargé de veiller à la mise en défens de l’agdal, donnant à ce terme sa pleine signification ( gdl : «protéger », en Tamazight). L’amghar n-igudlan avait le droit, s’il surprenait sur les lieux un troupeau contrevenant, d’imposer une amende (izmaz), voire d’y prélever un bélier à titre de sanction (tamugdalt). Habituellement, l’agdal de montagne était ouvert depuis fin mai (ou fin juin) jusqu’à la fin septembre selon les massifs, moyennant quelques aménagements hors saison pour de petits troupeaux locaux. C’est à ce calendrier schématique qu’obéissaient les mouvements de transhumance observés pendant les années 1960-1970, notamment en ce qui concerne le massif du Bou Iblan – montée des gens de T anchraramt vers Tisserouine ou de la fréquentation des almus d’Ain Taghighat (Raynal 1960) et de Tafraout n-Serdoun dans l’Ayyachi.
Des modifications pouvaient être apportées à ce calendrier, à la discrétion de l’amghar n-igudlan, concernant la date de descente depuis l’estive, notamment en cas de précipitations nivales précoces. À prolonger le séjour en altitude, les troupeaux couraient de graves risques; de plus, la neige risquait, en les aplatissant, de rendre hors d’usage les tentes des transhumants.
De nombreux indices laissent à penser qu’aux temps anciens, de manière à renforcer les lois qui en régissaient l’accès, il y avait sacralisation de l’agdal. En outre, les sources faisaient l’objet d’une vénération quasi-religieuse, dont subsistent des vestiges. C’est le cas de la source d’Almu n-Ouensa;, ainsi que celle de Taghbalout n-Zagmouzen, en rive gauche de l’Assif Melloul, à la limite des Ayt Hadiddou et des Ayt Sokhman.
Parfois, le culte d’un saint local, ou agurram, est associé à l’almu voisin. Il en est ainsi du sanctuaire de Sidi Amandar, juché sur un avant-mont escarpé de 2950 m, à 5 kilomètres au sud-ouest d’Imilchil, et dont la baraka s’étend sur les pâturages de Tanoutfit, d’Almu n-Oumandar, ainsi que sur le sommet principal d’Amandar (3037 m).
Par ailleurs, en faisant appel aux forces surnaturelles, la tradition orale peut renforcer la magie des lieux, de façon à éviter toute infraction aux lois de la transhumance.
Si les ethnologues font ainsi moisson en matière de tradition orale, les scientifiques, perçoivent essentiellement les agdals comme contribuant à entretenir la biodiversité. »





