Jour 3
Départ Sidi Hamza
Mardi 17 août
Brahim est arrivé à l’auberge Palacio avec trois dromadaires pour charger les sacs des voyageurs. Les huit autres chameaux nous attendent à quelques kilomètres sur le plateau. Il est toujours délicat qu’une grande caravane de chameaux rejoignent le cœur d’un village important, les enfants accourent souvent en criant parfois avec des vélos et les chameaux risquent de s’emballer et de se blesser.
8 heures 30 mn les trois chameaux sont chargés et nous quittons l’auberge et les abords du village de Sidi Hamza.
Nous marchons à contre jour, les couleurs lumineuses du soleil levant nous éblouissent. J’apprécie cette douceur pastel au pied de la montagne de Tawenza que nous longeons.
Nous trouvons un excellent sentier pour traverser ces vallonnement où poussent quelques tuyas.
Nous découvrons le village de Ennd installé au pied de la gorge. L’aménagement d’une source captée à 4 Km en amont dans la gorge, permet la culture de magnifiques jardins où poussent céréales, carrés d’oignons, noyers, figuiers, amandiers et des pommiers.
Nous traversons ce village étalé. Les parents amènent leurs jeunes enfants, très joyeux de découvrir pour la première fois des chameaux traversant leur village. « Vous venez du Sahara ? ».
Ayman lache la bride des deux chameaux que nous lui avons confié pour attraper une pomme bien mûr. Il bondit d’un muret et reprend ses chameaux.
Nous remontons l’oued Tabja dont les falaises orangées et verticales rappellent les gorges du M’goun dans la partie étroite. Brahim est perplexe que nous puissions traverser tellement les falaises se rejoignent et se confondent. C’est la première fois que notre caravane remonte cette gorge. J’ai effectué un repérage l’année dernière avec Ychou.
Le cheminement s’effectue entre ces falaises resserrées. Il ne ferait pas bon être là en cas d’orage. A l’entrée du verrou de cette gorge sur la hauteur d’une falaise de 50 mètres la ruine d’un ksar de garde construit en pierre et en pisé, permettait autrefois de bloquer l’entrée aux tribus sahariennes guerrières qui dans les périodes de sécheresses venaient piller les nomades Ait Addidou installés sur le versant sud du Jbel Ayachi.
Nous cherchons un emplacement suffisant pour accueillir les chameaux et notre équipe dans cette gorge, un replat un peu en hauteur est nécessaire pour sécuriser le bivouac en cas d’orage. Les traces sur le pied des falaises montrent que le niveau de l’eau peut monter de 10 mètres.
A 14 heures 30 mn, nous trouvons un lieu superbe pour nous poser au cœur de ces falaises et de trois vallées profondes qui se rejoignent sur les plissements au sud du Jbel Ayachi. Altitude 1930m.
L’équipe et les chameaux sont un peu fatigués après la remontée dans le lit de la rivière.
Les chameaux baraquent volontiers pour reposer leurs charges. Le travail du déchargement des bâts commence. Nous regroupons le matériel de cuisine, mâles et sacs de nourriture, sacs personnels, matériel technique et les tentes.
La toile de cuisine est vite montée. Les légumes pour la salade étaient préparés hier soir par Brahim, lavés, désinfectés et rangés dans une grosse boîte (d’origine boîte à outils) transformée en « garde mangé » bien solide. Mariam et Khadija attrapent deux couteaux pour trancher les légumes colorés et appétissants. Deux bocaux de rillettes de canards sont étalés sur du pain encore bien frais. Sauce à base d’huile d’olives raffinée que nous amenons d’un petit producteur, épices et citron vert. Les bols sont remplis généreusement et mangés avec appétit.
Le thé parfumé avec la menthe et la sauge fraîche offerts ce matin par Larbi du jardin de l’auberge, coule dans les verres que nous buvons avec plaisir. Un plateau de raisin bien mûr termine ce repas.
Chacun part à ses petites occupations, retirer les cailloux de son emplacement de bivouac, petite toilette avec un seau d’eau, sieste. Addi répare avec une grosse aiguille et de la cordelette fine un « chouari » double paniers qui disposé sur le bât et bosse du dromadaire est remplit avec les objets lourds et peu encombrants. Brahim et Ali emmènent les chameaux boire à la source à trente minutes et ramener quatre bidons de vingt litres d’eau pour le bivouac de ce soir. Jean-Bernard installe ses deux panneaux solaires pour recharger sa montre qui calcule son rythme cardiaque et le chemin parcouru et sa lampe. Il nous indique treize kilomètres et demi, j’imaginais 17 km. Je pense que dans la gorge étroite le gps n’a pu fonctionner correctement. Nous arrondirons à 15 km parcourus aujourd’hui.
Ce matin le soleil chauffait rapidement, le chemin caillouteux par endroits et les fonds de ruisseaux creusés que nous traversions souvent ralentissaient la caravane.
La mise en route les deux premiers jours est toujours un exercice pour chacun. Les jours suivants les habitudes et réflexes se mettent en place.
Quatre où cinq emplacements de campements de nomades Ait Yhza sont accrochés au pieds des pentes et falaises. L’échos des aboiements des chiens nous l’indiquent.
Le berger d’une petite tente laine noire juste en face de notre bivouac, nous prévient de bien marcher au milieu de l’oued car des chutes de pierres sont provoquées par les troupeaux de chèvres qui courent sur les vires et broutes des touffes de thym, romarin et autres plantes épineuses.
Le soleil s’est voilé par des nuages orageux, trois gouttes ont réveillé Addi qui s’était assoupi.
La bouilloire chante sur le brûleur du réchaud à gaz, c’est l’heure de la tisane de fin d’après-midi, parfumée avec la verveine fraîche cueillie ce matin juste avant le départ. Le vent se lève, nous devons consolider les attaches des piquets des deux grandes tentes. Le repas du soir préparé par Addi et Brahim mijote.





