Jour 25
De Sidi Hamza au M’goun
Mercredi 8 septembre
Les oiseaux des jardins sont joyeux, figues, raisins et maïs sont mûrs.
Dès la sortie du village nous marchons dans le lit de la rivière qui est notre chemin aujourd’hui. L’eau est fraîche les premiers mètres, le courant jusqu’au genoux.
Nous croisons deux jeunes femmes qui nous offrent à chacun une poignée de figues fraîches qu’elles viennent juste de ramasser, particulièrement fruitées.
De beaux mulets empreintes le lit de la rivière, pour descendre vers Kella de M’gouna. Des véhicules « transit » desservent les villages par des pistes cahotantes, beaucoup d’habitants du haut M’goun préfèrent l’autonomie de leur mulet même si le trajet est plus long. C’est aussi des habitudes de voyages, proche des éléments de la nature, un petit feu de brindilles pour chauffer la théière sur les braises, un bivouac au bord de la rivière où dormir chez un ami qui habite au milieu des gorges. Écouter les histoires du moment.
Un groupe de voyageurs M’goun avec neufs très beaux mulets nous doublent au trot. Allures très élégantes, certains seuls, d’autres à deux, parfois avec un enfant calé avec une couverture entre les jambes. Quinze minutes plus loin nous les retrouvons arrêtés au pied d’un bosquet de roseaux. Repos après plusieurs heures de descente rapide et d’attentions à ne pas glisser du mulet à chaque traversée de l’oued où de berges boueuses dans les zones plus profondes en eau.
Les falaises resserrées des gorges du M’goun s’écartent et la plaine et les jardins s’élargissent. La chaleur du sud remonte.
Dès les premiers jardins, à l’arrivée d’un sentier et au bord de l’oued M’goun, tout un groupe de lavandières sont attelées à leurs tâches. Couvertures battues avec une planche de bois, une bassine remplie d’orge pour laver les céréales avant de les moudre, chacune s’affaire.
Nous effectuons une pose à côté de ces dames et jeunes filles, à l’ombre aux pieds des roseaux pour manger une orange, un gâteau et des fruits secs que nous partageons avec les enfants.
Nous longeons le bas du village d’Ighrem Aqdim. Un attroupement devant l’école, jeunes femmes, jeunes hommes et plus âgés attendent l’ouverture du bureau de vote. Aujourd’hui on vote au Maroc pour renouveler le parlement, les maires et bientôt un nouveau gouvernement. Quelques hommes plus âgés, enturbanés et en blancs sont assis sur la première marche devant la porte et un attroupement de personnes discutent avec eux dans le calme.
Nous dépassons cette foule et la maison de mon ami Mohamed ben Moha est juste là. Mohamed nous attend à la porte. Au cœur de la maison un figuier et un verveinier offrent une douce lumière et fraîcheur. Nous montons à l’étage où toute la famille nous accueille avec joie. Il y a plusieurs années que je n’ai pas pu venir les voir. Le toit de la maison a été refait ainsi que le salon recouvert de très beaux tapis de haute laine rouge foncé. La plus belle pièce que nous visitons depuis vingt quatre jours de marche.
Les chaussures sont laissées sur la terrasse au soleil pour sécher.
Le thé parfumé arrive dans une grande théière sur un magnifique plateau en argent ciselé et une assiette remplie de petites amendes douces est placée sur la table basse en bois.
Nous apprécions cette halte. Deux tadjines d’agneaux et légumes du jardin cuits sur la braise nous régalent.
Une petite sieste se présente pour couper la chaleur de l’après-midi.
Nous reprenons le sentier dans les jardins entre les maïs très hauts ici et la luzerne. Nous retrouvons le bord de l’oued M’goun. Le tonnerre gronde et le ciel est très noir au delà des gorges du M’goun. Nous sortons des jardins et nous apercevons Addi qui revient de faire quelques courses au village et nous conduit vers les tentes. Le vent se lève brusquement et les premières gouttes de pluie tombent. Les garçons ont des difficultés à mettre la bâche plastique sur les tentes, le vent est si violent. Les voyageurs s’engouffrent sous la tente et nous nous battons contre le vent, et la pluie pour stabiliser la bâche plastique et la fixer avec des cordes et des cailloux. Nous sommes trempés.
L’orage dure trois heures, nous sommes arrivés juste à temps au bivouac.
En fin d’après-midi le ciel s’éclaircit, la terre est trempée et nous sommes tellement ravis pour les villageois et les nomades sur les plateaux qui attendent cette eau du ciel depuis des mois.
Les tentes sont montées dans un cirque rocheux qui domine les jardins, le lieu s’appel Tizgui. Altitude 1730 mètres.
Un homme arrive avec son fils et ses filles et nous offre cinq grands pains cuits au bois. Ils n’ont jamais vue de dromadaires sauf à la télévision. Addi prépare un chameau avec un bât et une couverture, et filles et garçons feront un tour de chameau.
Les filles discutent avec Khadija et Mariam, elles vont toutes à l’école, au collège et veulent faire des études.
Bendiche, Ali et Fabienne préparent le repas du soir. La marche ce matin dans l’oued M’goun et ensuite la pluie, nous ont mis en appétit.





