Jour 35

Tafilalet à la Méditerrannée

Nous sortons des montagnes au nord de Narguechoum, sur des collines à l’altitude de sept cents quatre-vingt mètres.
La grande plaine de Mestigmer – El Ayoune s’ouvre devant nous. Il faudra deux jours pour la traverser et nous approcher de l’avant dernière chaîne de montagne que nous traverserons à l’ouest des Béni Snassen.
Un sentier serpente au travers de ces entendues d’alfa. Nous contournons le petit village d’Aît Moudi, un homme nous interpelle et nous propose un verre de thé. Brahim accepte et nous aussi ! Nous nous arrêtons au pied d’une grande « tanoute fi » (citerne d’eau couverte qui se remplit lors des pluie). Celle-ci est centrale dans le village avec la particularité d’avoir un abreuvoir incorporé. Par une trappe étroite sur le toit de la citerne, cela permet de puiser l’eau avec un petit sceau pour donner à boire aux animaux. Cette « tanoute fi » est recouverte d’une dalle ancienne.
Rapidement un jeune homme amène le « lamghraséle » et une serviette pour nous rincer les mains avec de l’eau chaude, quel délice quand on voyage à pied. Abdeghamane le maître de maison dépose une panière avec deux pains chauds et un bol en porcelaine remplit d’huile d’olive opaque, fraîchement pressée. Au fond du bol quelques cuillères de miel, cette huile fruitée est très douce.
Les enfants arrivent gentiment ainsi que le « Mokadem » (responsable du village) qui vient gentiment contrôler nos identités.
Si Abdeghamane nous dit qu’il y a quelques années sont passés environ vingt « gaoughris» (étrangers) accompagnés de dromadaires. Brahim répond c’était nous !
Cette hospitalité est vraiment exceptionnelle, leçons de vie.
En dépassant le village deux hommes nous rattrapent, chacun avec deux pains emballés dans un linge. Quelle générosité dans ce village très pauvre où il n’y a pas eu de pluie depuis plus d’une année, sauf quelques gouttes jeudi dernier. « Vous avez eu la pluie au Sahara cette année » nous dit Abdelghamane, Zineb lui répond, « que la baraka d’Allah vous soit rendue ».
Nous reprenons la traversée de cette grande plaine en empruntant une piste. Quelques troupeaux de chèvres et brebis pâturent ces herbes grillées par le soleil et les vents.
Nous installons le bivouac dans le corps d’une ferme abandonnée, bien à l’abris du vent. Il est quatorze heures vingt, nous avons marché cinq heures.
Le lieu s’appelle Tafeurn’t, altitude 700 mètres.
La dépression est passée, le beau temps semble revenu.