Jour 18

Tafilalet à la Méditerranée

Vers deux heures du matin les premières gouttes de pluie mouillent mon visage et m’extraient d’un sommeil bien profond. J’appelle Brahim qui dort dans la tente cuisine et nous recouvrons les tentes d’une bâche plastique. Addi nous rejoint.

Je glisse mon sac de couchage et mon matelas sous le coin de la bâche. La pluie s’est arrêtée à la première bâche dépliée !

Nous nous rendormons profondément.

Au petit jour le réveil est froid. Le vent a chassé une partie des nuages et s’est refroidi probablement sur les montagnes enneigées du moyen Atlas où au contact des nuages chargés d’humidité. Nous sommes bien au début de l’hiver, c’est normal.

Nous traversons la grande plaine devant nous plein nord. Brahim conduit la caravane avec une bonne cadence de marche et nous nous approchons assez vite du Jbel Tilmass qui barre l’horizon. Nous devinons le passage pour rejoindre l’oued.

Après deux heures trente de marche face au vent froid dans cette plaine aride, nous effectuons une pose en face du village de Tabenni Alit dans un renfoncement des berges de l’oued à l’abri du vent. Nous mangeons oranges, madeleines et figues séchées.

À côté de ce village se trouvent les ruines des bâtiments d’une ancienne mine.

Nous remontons la gorge de Taghria n’ Tilmass louvoyant entre les dépôts de boue. Le fond d’oued est lissé par le passage de l’eau en crue et des vasques se remplissent par l’eau qui coule encore, devenue claire. Nous suivons les traces d’ânes fraîches de personnes qui ont remonté l’oued rejoignant un village à un campement de nomades. Les falaises orangées se resserrent et l’ambiance est magnifique.

Depuis vingt minutes nous recherchons la source chaude qui se situe au pied de la falaise rive droite, et régulièrement nous trempons la main dans l’eau froide de l’oued pour percevoir un peu de chaleur. Effectivement nous nous approchons de la source, l’eau est moins froide. Nous réjouissants d’un bain chaud. À notre dernier passage il y a huit ans la source sortait dans le fond d’une vasque comme une petite piscine d’eau chaude. L’écoulement des orages a modifié le profil de l’oued et un banc de sable a rempli cette cuvette. L’eau chaude qui sort avec un peu de pression à créé un couloir dans le sable jusqu’au pied de la falaise et il n’y az pas de mélange avec l’eau froide de la rivière. Addi se délecte de cette eau chaude et se lave la tête. J’ôte pantalon et chemise pour me glisser dans cette étroite baignoire d’eau bien chaude avec bouillonnement, quel régale et contraste avec la température où une double polaire est confortable pour marcher.

Je laisse la place à Tim qui se plonge dans l’eau de la source à plus de trente degrés légèrement soufrée. En sortant le vent froid est saisissant, comme après un sauna plongeant dans l’eau glacée. Un moment divin, le corps détendu de la marche ce matin à contre vent. Nous rattrapons à grands pats la caravane qui trace son chemin, l’étape est longue. Il nous faudra plus de trente minutes pour les rejoindre à la sortie de la gorge dans les premiers jardins de Mouguére.

Addi part discuter avec un chibani qui cultive son jardin entre de très beaux oliviers chargés d’olives noirs luisantes. L’homme se souvient nous avoir vue passer il y a huit ans, notre caravane était plus importante. Nous sommes ici sur un territoire berbérophone. Nous dépassons les jardins et le village de Mouguére composé de très petites maisons assez dispersées, probablement des nomades sédentarisés. Brahim et Addi baraquent les chameaux au pied d’une colline pour nous abriter du vent, il est quatorze heures.

La tente cuisine est vite montée, Zineb et Bénédicte se glissent à l’intérieur. Des effluves d’oignons revenus dans l’huile d’olive nous mettent en appétit. Un enfant nous apporte un pain encore chaud emballé dans un linge. Une omelette « berbère » moelleuse avec tomates, poivrons et épices fera un délicieux repas de milieu journée.

Le vent froid continue de souffler et nous incite à une petite sieste sous la couverture.

Ce soir le ciel est particulièrement limpide et remplit de myriades d’étoiles, la demi lune se levant en milieu de nuit.