Jour 37

Tafilalet à la Méditerranée

Dans la brise froide et humide nous chargeons les dromadaires, les premiers rayons du soleil nous chauffent le visage. L’altitude du lieu est cinq cents mètres.
La voisine et son mari que nous n’avions pas vu viennent nous saluer et Si Mimoun qui connaît bien la montagne de l’Adrar nous indique que le raccourci proposé hier par le Shir venu nous voir, ne permet pas de redescendre derrière le col avec nos chameaux chargés en hauteur car la forêt est dense.
Il nous propose de rattraper le chemin que nous connaissons déjà.
Dans ces terrains très arides accentués par la sécheresse apparaît une plante comme une bruilliére plus épaisse, probablement dû à la proximité marine de la Méditerranée qui doit être à environ une soixante de kilomètre. Quelques rochers sont aussi recouverts de lichens argentés.
Nous traversons des collines de plantations d’amandiers encore jeunes et de quelques caroubiers. Il y a deux jours un panneau indiquait un projet en cours de quatre cents hectares de plantations d’amandiers par le Ministére de l’agriculture. Ces plants semblent parfaitement résister à ces étendues arides malgré la sécheresse, peut-être nourrit par l’humidité de l’air. Bourgeons et premières feuilles pointent les extrémités des plants.
Nous quittons la petite route où nous avons croisé quelques véhicules qui descendaient des villages du pied des montagnes chargés d’habitants pour aller vers El Laîoune.
Nous remontons le vallon des hameaux de Sidi Said. Nous rentrons dans une forêt de magnifiques tuyas. La piste monte, bordée d’agaves et de figuiers de barbarie au niveau des villages.
Quelques bâtiments anciens annoncent le marabout « Agoughrame » de Sidi Said. Un « moussem » a lieu chaque année en avril qui regroupe les habitants des vallées de ces montagnes. Ce « Wali » (marabout) a dû avoir une obédience importante et très ancienne dans la région pour que son souvenir soit aussi présent. Plus de trente cinq emplacements de bivouacs, sorte de terrasses avec un muret de pierres ont été taillé dans la pente, chacun au pied d’un tuya, pour que les pèlerins bivouaquent plusieurs jours.
Si Morad le gardien est ravit de notre visite, nous, pèlerins modernes venant du Tafilalet à pieds en caravane comme les pèlerins d’antan. Il me demande une photo avec lui.
L’ancien chemin empierré monte dans la forêt et franchit le tizi’n (col de) Aissa, neufs cents mètres d’altitude. Vue magnifique sur la vallée d’El Laîoune Sidi Melouk d’où nous venons et la vallée de la Moulouya où nous allons. Nous apercevons la dernière chaîne de montagne à gravir au nord de Zaio.
Nous installons le bivouac au cœur de la forêt de tuya, au petit hameau abandonné de Bou-khamsa, altitude huit cents mètres.
Les dromadaires se régalent des feuilles bien vertes d’un immense caroubier.
Addi et Brahim partent avec un dromadaire et des bidons les remplir à une source indiquée par le gardien du marabout.
Les gamelles du repas de ce soir dégagent une odeur parfumée. Le froid est bien présent dès le coucher du soleil.