Jour 38

Tafilalet à la Méditerranée

Hier soir après le coucher du soleil, au retour des troupeaux et des bergers qui descendent de la montagne Adrar, les chacals hurlent dans la nuit installée. Les « loups dorés » doivent être affamés. Les chiens des bergers répondent et aboient.
La nuit fut piquante, bien froide, normal nous sommes encore en altitude, pas humide du tout. Vénus, la grande ourse, la petite ourse et les myriades d’étoiles ont veillé sur nous.
A l’aube les bouilloires sifflent sur la flamme, Brahim prépare les théières. Addi verse dans un bol un peu d’huile offerte par la famille il y a deux jours. Mohamed (l’oncle) nous a indiqué qu’il amène ses olives au pressoir d’un ancien moulin. Cette huile douce et fruitée avec un fil de miel, du pain réchauffé dans une poêle, composent notre premier repas de la journée.
Les dromadaires chargés, par une piste nous dévalons la montagne en traversant la forêt de tuyas sur le versant nord. Entre les romarins en grosses touffes, les sangliers ont labouré des sillons de cette terre noire retournant les rochers, un vrai chantier !
Un plafond nuageux apparaît au milieu de la forêt, nous sentons son humidité qui nous pique le nez. Nuages blanc – gris, le soleil arrive à le faire fondre par endroits, ce tableau Amiltonien est magnifique. Il n’a pas plu depuis longtemps dans cette vallée, le romarin n’a plus que sa tige, le thym est méconnaissable, les colchiques que nous voyons chaque jours depuis une semaine n’ont pas pu éclore et percer la terre devenue écorce. Des petites touffes de térébinthes se fondent dans ce paysage, plante toxique pour les chameaux dont nous en avons perdu plusieurs empoisonnés au long de la côte Atlantique, car dès l’arrivée au bivouac les dromadaires se goinfraient goulûment.
Seul le caroubier et le tuya ont leurs feuillages bien verts, ils captent probablement l’humidité de l’air et leurs fruits mûrs bleus-violets argentés, fendus en quatre parties égales libèrent leurs graines.
Quelques oliviers sauvages rabougris dont les fruits fins et allongés, amères et inmangeables se cachent au pied des caroubiers, ne poussant que dans les terrains incultes où la terre ressemble à de la craie et dans les falaises inaccessibles. On l’appel en Berbére « Zemmour », sans allusion aucune à l’origine berbero-Arabe d’un certain polémiste !
A la sortie de cette grande vallée presque stérile, la terre redevient rouge, les pousses du romarin et de la lavande vert-gris et quelques colchiques roses illuminent le sol.
Onze heures quinze minutes, pose casse-croûte au pied d’un grand caroubier qui nous offre des cailloux pour s’assoir. Comme Brahim et Addi retirent les brides des mâchoires des dromadaires, pour les libérer un peu et qu’ils puissent mieux se nourrir. Les voilà qui entourent le caroubier parasol pour que chacun avoir sa part des feuilles bien grasses. Nous devons nous lever et leurs laisser la place !
De très belles touffes de buis roussies, les premières depuis bien longtemps ainsi que les lauriers roses refont leur apparition dans la fin de cette gorge aux roches grises- orangées.
Rencontre inattendue d’un berger à la barbe blanche et au sourire généreux. Nous bavardons dix minutes avec joie, parlant du Sahara qui est si loin d’ici. Il me demande si je connais Layoune qui le fait rêver. Nous y sommes allés à pieds tellement de fois.
La gorge où nous étions encore à l’ombre à treize heure s’ouvre sur une plaine avec des fermes et des cultures nommée Ouled Aline Sabah.
Ses habitants sont Berbéres – Tamazirt des Benni Znasséne.
Nous franchissons une nouvelle Coline en suivant un sentier fréquenté par les vaches. Que font-elles ici me dit Zineb alors que l’herbe est sèche comme de la paille ?
C’est mieux sec que rien avec la sécheresse !
Du col nous apercevons enfin Zaio, bourgade avec une multitude de maisons accrochées au pied du dernier plissement avant la Méditerranée.
Notre bivouac est juste au dessus du hameau de Trifat d’Moulouda, altitude trois cents mètres.
Nous avons marché environ vingt kilomètres.
Deux oiseaux blancs, « gardes bœufs » viennent au pied d’un des dromadaires, fixant sa bosse et sa tête, ils sont près à bondir sur son dos et semble ne pas oser. Je les observe et je les suis doucement plus de vingt minutes. Je les lâches, la faim me creuse. L’équipe a déjà commencé à manger le repas de « midi », il est seize heures !