Jour 35

Tafilalet à la Méditerranée

Hier soir tardivement un homme est venu avec son véhicule amener une botte de paille pour les dromadaires, que Brahim et Addi ont partagé. Nos animaux de bâts reçoivent aussi l’hospitalité des voyageurs.
Les chameaux étaient déjà baraqués et entravés (depuis le coucher du soleil). Durant la nuit ont pu manger la paille.
Nous traversons au travers de champs qui se succèdent, cultures de « boughr » qui attendent la pluie depuis deux ans pour être semées.
Nous sortons de la zone de l’oued Za et des montagnes du versant Nord où les populations berbères, parlent « Tamazirt ». Leur langage est proche du berbères du haut Atlas central. Un îlot Amazir au delà de la plaine du Rekkam des Arabes Béni Guil.
Toute cette vallée que nous parcourons est habituée maintenant par des Arabes « Benni Kil » jusqu’à El Layoune Sidi Mellouk.
Un homme nous accompagne pour traverser les jardins en pleine cueillette des olives, l’oued El Ayoune à sec, pour couper la route Nationale, le passage de voix de chemin de fer et le tunnel agricole sous l’autoroute. Nous connaissons le chemin mais l’homme tenait à s’assurer que nous ne nous perdions pas. Merci Sidi Bennali pour votre gentillesse et l’heure que nous avons passé avec vous.
Rive gauche de l’oued nous rentrons dans une tribu Berbère au parlé qui n’est pas encore Rifain, un langage « chorque » de l’Orientale, que nous comprenons. Nous entrons sur le territoire Boughdim, nous dépassons deux fermes.
Avant que les chameaux baraquent sur le lieux du bivouac choisit par Brahim, un garçon de huit ans Zakaria nous amène en courant un sac avec deux pains, des clémentines et des pommes.
L’étape d’aujourd’hui de vingt cinq kilomètres environ, cheminant sur des petites pistes nous a tous bien fatigués.
Le bivouac est monté rapidement, chacun connaît ses tâches.
Addi et Brahim préparent notre repas de midi, il est seize heures.
Zineb discute avec la grande sœur de Zakaria qui vient d’arriver, elle doit avoir dix sept ans. Elle a dû arrêter d’aller à l’école, leur ferme est trop éloignée de Layoune pour aller au collège. Il y a quelques années les transports scolaires n’existaient pas. Elle regrette de n’avoir pu continuer l’école.
Comme Zineb est fatiguée après cette longue journée elle a déjà préparé des légumes pour
demander à la dame de la maison voisine de nous préparer un couscous aux légumes. Ce qui nous arrive de faire, couscous dont nous payons le façonnage.
Quand Zineb lui propose, elle refuse de prendre les légumes « Achouma. En vous voyant arriver de loin j’ai déjà demandé à mon oncle d’égorger un coq pour vous ». Zineb insiste qu’elle prenne le plateau de légume. Quinze minutes après, arrivée de la Maman et de la grand-mère de Fatima avec deux grands plateaux, l’un une théière avec des beaux verres bleus et dorés, l’autre avec des assiettes garnies de différentes olives de leurs jardins, Zmita, des cacaouettes dans leurs coques, et un plat ressemblant à un Zmita noir « Rfissa » plat de leur spécialité que nous ne connaissons pas, à base d’orge poussée dans le « Boughr » farine noire grillée, de crêpes épaisses sans levures cuitent sur une poêle en terre et ensuite réduites en petits morceaux malaxés avec la farine précédente et de l’huile. Se mange à la cuillère, redonne de l’énergie.
La grand-mère est très heureuse de voir des chameaux en vrai pas comme à la télévision très petit. Vous êtes comme des « chorfas » (Nobles se disant descendants du Prophète, venant souvent de contrées lointaines) et votre « baraka » nous amènera la pluie dit-elle en s’exclamant de joie.
Dans la soirée arrivée de Fatima et son oncle Mohamed portant le plat de couscous emballé et une gamelle de sauce. Nous dégustons ce couscous parfumé et « Beldi », recouvert du coq découpé en morceaux, un vrai régal que nous apprécions tous. Nous laissons un peu de semoule, il y en avait trop après ce goûter très copieux. Une vraie fête, comme si nous étions les cousins venus de loin. Quelle immense générosité.
La nuit devient vite fraîche, remontée humide des jardins tout proches.