Jour 39

Tafilalet à la Méditerranée

Nuit plus humide, finalement je me suis glissé dans la tente cuisine car dès le soir tout était mouillé.
Départ de la caravane comme chaque matin à huit heures quarante-cinq minutes. Nous dévalons la plaine par une piste qui relie les dernières fermes à la vallée de Zaio.
Brahim a passé la vitesse supérieure, et les dromadaires suivent le rythme. Nous marchons à plus de cinq kilomètres à l’heure, la piste est bien régulière, il faut presque courir derrière. Nous cheminons entre des grandes parcelles de cultures, grenades, oliviers, oranges, clémentines.
L’oued Moulouya se profile par les falaises et ses rives de terre rouge. Cet oued coule depuis le versant nord du Jbel Ayachi, extrémité Est de l’Atlas et rejoint la Méditerranée après plus de cinq cents kilomètres. Nous le traversons, l’eau est tiède et agréable, les lauriers roses et le tabac sauvage à fleurs jaunes le bordent.
Les pompes accionées par des moteurs bruyants fonctionnent à plein régime pour irriguer les parcelles de vergers des deux rives. De nouvelles installations solaires remplacent ces vieux moteurs de voiture recyclés et marchant au gaz.
Habituellement nous aimons faire le bivouac sur ce lieu, petite étape permettant de se baigner, se laver dans une vasque de la Moulouya, et de laver du linge. Les deux prochaines étapes étant très longues, nous décidons d’avancer encore un peu. Finalement le rythme de ce matin nous a permit de traverser la route Nationale qui rejoint Zaio à Oujda, et nous continuons en sortant à l’Est des cultures de Zaio, au pied du Jbel Takabbatte, au pied de la dernière chaîne de montagnes avant la Méditerranée.
Nous baraquons les chameaux à presque quinze heures. Longue journée d’environ vingt-quatre kilomètres. Nous sommes à l’altitude de cents mètres.
La tente cuisine vite montée, nous préparons la salade copieuse de chaque jour.
Le voisin vient nous rendre visite et nous propose de l’eau depuis la pompe solaire de son jardin. Nous remplissons deux grands bidons, l’eau est un peu saumâtre, pour la vaisselle et la cuisine ça ira très bien. Il nous reste encore un petit bidon d’eau de source.
Courte sieste, le voisin revient avec dans le coffre de sa voiture des provisions commandées qu’il nous a faite à Zaio: un sac d’orge de cinquante kilos pour les chameaux, un kilo de viande, du pain et des clémentines.
Zineb se met tôt à la cuisine rejoint par Bénédicte, d’un plat de viande que nous apprécierons tous ce soir.
Addi prépare le produit « Ouijane » (équivalent à huile de cade faite en Provence). Au Maroc ce goudron naturel est fait à partir du bois de tuya où de genévrier (produit encore effectué de manière très traditionnelle. Il s’agit de morceaux de bois vert (en fait rouge), dont la sève va s’écouler en chauffant dans une cruche en terre remplie de ces morceaux de bois. Le feu chauffe l’extérieur de la cruche disposée sur un sorte de four avec une petite ouverture en haut pour recevoir le col de la cruche. Avec la chaleur, cette sève s’écoule du bois et se transforme en goudron. Elle est ensuite récupérée dans le bas du four, par une petite trappe. Le tout est sellé avec de la terre mouillée ce qui rend étanche l’ensemble de l’installation. Je me rappel enfant nous badigeonnions nos premiers skis en bois d’une huile noire – goudron (pas encore revêtues de peinture ni d’une semelle plastique), pour éviter que la neige colle et glace le dessous des skis. L’odeur était la même. J’adorais !
Nous utilisons ce produit «Ouijane » pour traiter nos dromadaires contre divers insectes (tiques, verres de museaux, yeux, oreilles, éloigner les mouches…) qui viennent se mettre partout sur leurs corps et pomper le sang des chameaux, transmettre aussi des maladies.
Ce produit naturel est très efficace également sur les chèvres et les brebis pour les mêmes raisons.
Addi est aidé par Nicolas qui tient la bride tendue du dromadaire baraqué et que je rejoins ainsi que Brahim. C’est un travail éprouvant et délicat car les chameaux n’aiment pas que l’on touche les parties sensibles de leurs corps ! c’est une vrai bagarre pour réussir à les tenir et ne pas se faire mordre où prendre un coup de patte. Il faudra prêt de deux heures trente, jusqu’à la nuit avancée pour « doucher et brosser » les sept dromadaires de ce produit. Nous terminons avec les frontales.
Bravo Addi le spécialiste, qui sait ruser habilement et efficacement. Il a mit beaucoup d’énergie pour terminer cette « corvée » nécessaire.
Nous nous régalons du plat préparé par Zineb et Bénédicte et des clémentines fraîchement cueillies dans les jardins de Zaio.