Jour 34

Tafilalet à la Méditerranée

Nous franchissons le col au dessus du bivouac encore dans l’ombre et le froid de la nuit.
Après le col un jeune homme extrait quelques tiges d’alfa sans outils en tirant avec la main et en passant d’une touffe à l’autre.
Le vallon que nous descendons par un sentier serpente sur ces dalles de calcaire blanc gris. Nous suivons la trace luisante en contre jour du soleil rasant d’hiver, et polie comme du marbre par le passage ancien des animaux de bâts.
Par une vire nous contournons une gorge profonde. Quelques groupement de bergeries comme des hameaux du bout du monde encore habités. Un moment le sentier vaguement tracé descend l’oued bordé de lauriers-roses. Que cela doit être jolie et parfumé en période de floraison d’été.
Le terrain calcaire blanc gris, parfois teinté d’oxydations orangées est couvert de plantes Méditerranéennes, c’est la Provence nord du Maghreb.
Parfois la terre recouvre une surface et forme un champs au milieu de nul part comme dit Zineb. Nous remarquons quelques sillons fraîchement labourés juste en surface par une araire tirée par un âne. La pluie d’il y a une semaine à annoncé le temps des labours.
Proche de l’oued nous traversons le village d’Ait Zolé. Un jeune garçon lance une pierre pour que les deux chiens menaçants nous laissent entrer dans le village.
Ce même garçon descend en courant entre les maisons, et lorsque nous passons devant son habitation il nous propose de nous arrêter boire du thé. Nous acceptons bien volontiers, il est midi ! Le terrain est trop en pente pour que les dromadaires s’arrêtent trente minutes. Brahim les conduit jusqu’au bord de l’oued et les détache devant des tamaris dont ils sont grillants des pointes des branches légèrement salées.
Le jeune garçon écarte quelques crottins de mulet et déroule une natte sur une petite terrasse devant l’entrée de sa maison. Il amène des coussins rouge décorés de liserés argentés. Bien agréable de nous assoire ainsi et de retirer nos chaussures. Brahim est déjà revenu.
Les jeunes filles de la maison se cachent derrière le mur et transmettent au jeune garçon une table et un « lamghrasséle »(bouilloire avec son récipient, comme un lavabo), pour nous laver les mains. C’est l’hospitalité pure et prémices que nous allons manger quelques chose. Un plateau argenté arrive avec une belle théière déjà garnie et des verres ciselés et dorés. Brahim verse le thé et les jeunes filles nous emmènent un plat creux sur lequel est déposé une galette encore fumante où une motte de beurre « tamoudite » a été déposée au centre. Le beurre a déjà commencé à fondre. Il faut découper chacun devant soi un morceau de ce pain chaud et croustillant façonné sans levure à la farine noir d’orge et le tremper dans le beurre fondant. Quel régale s’exclame Bénédicte, Vendéenne, elle retrouve le goût du beurre salé de son enfance chez sa grand-mère. Nous apprécions tous ce met de choix.
Bénédicte s’éclipse vers les jeunes femmes qui l’on discrètement invité à venir. Elles ont pratiquement toutes un tout jeune bébé dans le dos.
Brahim a déjà disparu par le sentier en descente, le signal est donné, nous lassons nos chaussures.
Les dromadaires sont attachés l’un à l’autre, nous suivons le sentier bordé de roseaux au long de la rivière.
Nous traversons plusieurs fois l’oued Za, l’eau est sombre car quelques nuages nous cachent le soleil. Des cultures disposées d’un côté ou de l’autre de la rivière où poussent grenadiers, figuiers, luzerne et céréales. Au village de Britta nous retrouvons une piste qui remonte très raide la pente sur le plateau. Nous apercevons un bergers avec un grand troupeau de chèvres noirs rassemblées au pied des tuyas. Un kilomètre plus loin apparaît un petit village, nous nous demandons de quoi peuvent-ils vivre. Le bivouac est installé sur un replat. Il est 14 heures.
Zineb nous prépare un plat chaud, avec du choux fleur cuit et des œufs brouillés.
Après-midi repos, sieste, lecture, écriture.
Addi trie les sacs de nourriture.
Le lieu s’appelle Talmeus’t, altitude sept cent quatre vingt mètres.