Jour 32

Tafilalet à la Méditerranée

Petit déjeuner avec le pain de Dar Daif réchauffé dans une poêle.
Aujourd’hui la caravane traverse les plateaux rive gauche pour rejoindre le bivouac.
Huit heures quarante les sacs sont chargés, nous marchons dans un petit oued en direction de l’oued Za. Un homme nous rattrape avec sa femme et leur âne au « chouari » (double panier tressé) chargé de crottins de chèvres, ils partent fumer leurs jardins d’oliviers de Sidi El Ghraib. L’homme nous indique le chemin à suivre au travers de l’oliveraie, les branches sont basses et il faut marcher avec attention. Nous longeons la rivière et nous prenons une petite piste rive gauche taillée au pied de la falaise. Un triporteur cahotant nous dépasse, il est chargé de sacs d’olives fraîchement ramassées. Le conducteur s’arrête, et nous invite à venir boire un thé au prochain village. Trente minutes après nous apercevons le hameau d’Ighanene avec ses pressoirs au bord de l’oliveraie. Cela nécessite un détour sur notre chemin, et comme nous avions accepté l’invitation, nous devons rejoindre le jeune homme. Nous trouvons le triporteur garé devant une maison basse dont les déchets d’olives à l’extérieur nous indiquent qu’il s’agit d’un pressoir. Quatre où cinq hommes nous invitent à rentrer. L’intérieur est très sombre, nous devons nous arrêter un moment pour nous habituer au peu de lumière. Je distingue au milieu de la grande pièce carrée une énorme meule d’un mètre et demi de diamètre, taillée dans un bloc de pierre, située au coeur d’un bac, lui également en pierre taillée. Sur le fond à gauche une cheminée éclaire la pièce et dégage un peu de chaleur dans le froid glacial de ce matin. Le chauffeur du triporteur nous conduit vers un espace surélevé dédié au repos où est disposé une natte et une petite table basse en vielles planches, des verres, une galette de pain. Nous sommes attendus. La théière frémit sur les braises glissées au bord du foyer. Hassan le propriétaire du moulin nous explique le fonctionnement de son pressoir. Je lui fais remarqué que ce pressoir date de son grand-père. Bien plus ancien me répond t-il, du grand-père du grand-père et jusqu’au début du 17ème siècle. Pas étonnant quand on voit le poteau vertical du pressoir avec sa vis sans fin, taillée dans un tronc probablement d’olivier qui actionne cet arbre mort couché en le montant où en le descendant, avec encore les amorces des racines. Cette immense poutre de plusieurs tonnes sur lequel sont rajoutés d’énormes pierres, écrase les six paniers remplis d’olives.
Si Hassan nous explique que les gens viennent de loin et même de Taourirt à cinquante kilomètres pour presser leurs olives dans son pressoir. Le travail est très propre, dès que le mulet fait tomber un crottin il est aussitôt ramassé par un homme avec un petit panier prévu à cela. Les olives sont à peine écrasées sous la meule pour une meilleure récupération du fruit de l’olive qui sera ensuite immédiatement pressé dans ces paniers empilés sous ces tonnes de l’énorme arbre. Deux cuves récupèrent aussitôt l’huile pressée, la première est un bac de décantation où l’eau des olives reste, le trop plein emmène l’huile qui flotte dans la seconde cuve, où l’huile décantera vingt quatre heures avant d’être récupérée.
Hassan verse de son huile dans un plat émaillé blanc et décorations de fleurs qui date sûrement de son père. Nous goûtons son huile avec du pain chauffé sur les braises. L’huile est particulièrement douce et fruitée.
Nous sommes subjugués par cette halte qui nous a transportée dans le moyen âge profond. L’accueil de ces hommes est grandiose. J’ai eu l’occasion de voir des moulins et pressoirs à huile anciens, jamais comme celui-ci. J’ai pris le contact d’Hassan pour lui commander de l’huile tellement nous nous sommes régalés.
Nous reprenons la petite piste pour longer plusieurs heures le pied de la falaise et descendre parfois au bord de l’oued Za.
D’énormes pistachiers lentisques (arbre ressemblant au frêne) aux petites baies rouges sont utilisées ici parmi les ingrédients de la préparation de « Z’mita ». Ce plat de farine d’orge et d’amendes grillées contenant une douzaine d’ingrédients, mangés à la cuillère par les femmes venant d’accoucher, à la rupture du jeûne du Ramadan et parfois pour le goûter avec un verre de thé où de café.
Nous traversons quelques fois l’oued Za car l’oued à rejoint le pied des falaises. L’eau est froide et le courant nécessite un bâton pour marcher dans le courant car les rochers sont couverts d’algues.
Sur ce terrain calcaire pousse lavandes, romarins, thyms, lauriers-roses, narcisses des poètes, jujubiers.
Le vent glacial s’engouffre dans la vallée, les nuages noirs ont couvert le ciel. Nous avons du mal à nous réchauffer.
Pus croisons quelques bosquets de palmiers pollenisés uniquement par les insectes et dont les régîmes donnent des fruits comme des avortons utilisés en complément pour nourrir les animaux. (Pour que le palmier donne de belles dattes il est nécessaire que l’homme cueille des fleurs du palmier mâle pour les déposer sur les fleurs du palmier femelle. Cette opération doit être répétée plusieurs fois pour garantir de belles dattes charnues).
Les plantes Méditerranéennes apparaissent au pied de ces falaises calcaires, la Provence nord du Maghreb.
Au delà du village Ouled Leumidi nous apercevons la pointe de la tente cuisine entre d’énormes lentisques sur un promontoire qui domine l’oued Za. Six heures trente de marche. Chacun apprécie de trouver les tentes déjà montées.