Jour 9

Traversée massif du TOUBKAL

Le vent a soufflé et les tentes ont vibré toute la nuit.

Petit déjeuner aux chandelles bien à l’abris dans la tente nomades.

Vestes bien fermées, gants aux mains, nous partons pour notre dernier col à près de 3700 mètres.

Nous nous élevons dans le joli vallon de granit orangé poli par le fond du glacier qui s’étire jusqu’au pied du Jbel Ras 4080 mètres. Sur les deux côtés de la rive de cet immense glacier qui autrefois descendait jusque dans la cuvette d’Imlil, des langues glacières rejoignaient ce grand glacier daté de la dernière glaciation soit environ douze milles ans.

Le ciel est chargé de nuages noirs qui défilent à vive allure. Aurons nous quelques flocons de neige avant d’atteindre le col ?

Le sentier muletier bien tracé monte en lacets. Dernière pose cent mètres sous le col, à l’abris du vent au pied de la falaise. Dans ce petit abris sous roche au printemps poussent des myosotis, fleur rare au Maroc. Aujourd’hui nous voyons que les petites feuilles.

Le vent souffle par rafales au tizi’n Ouanoums à l’altitude de 3680 mètres. Nous basculons rapidement sur le versant sud du Toubkal. Dans le lointain le soleil perce les nuages.

Pose exactement à midi sur la vire du bivouac des « aigles », où coule une petite source. J’adore bivouaquer sur cette petite vire à 3400 mètres. Possible seulement pour un petit groupe, l’espace plat est limité.

La pente est raide et le sentier muletier est difficile pour des bêtes chargées qui le remontent où le descendent. Les hommes doivent par endroits pousser leurs mulets en se mettant à deux pour passer certains virages en escaliers. À la descente ils tiennent à deux mains la queue de l’animal en le freinant.

Nous cheminons dans ces magnifiques pentes de blocs de granit et de falaises élancées.

Nous apercevons trois mulets non bâtés, notre bivouac est tout proche à l’altitude de 2850 mètres au lieu « Ifri’n Ighrouzéne ». Caché au pied de falaises presque verticales qui partent en plusieurs directions comme si nous étions à la base de noyaux de cheminées volcaniques. Nous sommes comme dans les entrailles de la terre.

Nous ne bivouaquerions pas là en cas d’orages, les risques de chutes de pierres et rochers seraient accrus, nous rejoindrons des ruines d’azibs plus loin.

Les tentes sont un peu éparpillées pour trouver un espace aménagé entre les gros blocs.

Le lieu est magique, étape de choix.