Gravures rupestres de l’Oukaimeden

Partis de l’Oukaimeden ce matin, il nous aurait fallu une journée supplémentaire pour randonnée sur ce parcours en balcon des gravures.

Je partage quelques infos du site, accès facile de Marrakech.

plan tiré de l’article « oukaimeden » de l’encyclopédie berbère précise les principaux emplacements des gravures.

Les gravures rupestres montrant des armes métalliques ressemblant à des armes en bronze découvertes dans le sud de l’Espagne permettaient de dater ces gravures à l’âge du Bronze. Cet article de 2008 précise que des charbons de bois ont pu être datés au Carbone14, l’un du début, l’autre de la fin du premier millénaire avant JC ( avant JC = BC )

Oukaïmeden
Article · June 2013
encyclopedieberbere.2861
author:
André Weisrock
Muséum National d’Histoire Naturelle

Plan gravures rupestres

Plan gravures rupestres oukaimden

OUKAÏMEDEN

« Le nom de l’Oukaïmeden désigne aujourd’hui la première station de ski du Maroc, dans une région montagneuse qui appartient au massif du Jbel Toubkal, ensemble le plus élevé de la chaîne atlasique (4 165m). Plus pré- cisément, comme l’a indiqué J. Malhomme (1959), ce toponyme désigne originellement «le sommet portant sur ses flancs les pistes skiables» et culminant à 3 262 m d’altitude. Plus bas, autour de 2 600 m, se trouve un plateau, «superbe pâturage à bovins», l’Aougdal n’Sidi Fars, dont «le plan incliné gréseux, gravé par endroits, est Ifir, alors que le Tizrag est la falaise terminant Ifir au Nord» (fig. 1).

Géologiquement,

la région de l’Oukaïmeden fait partie du domaine structural de la zone axiale du Haut-Atlas de Marrakech et plus particulière- ment de sa bordure septentrionale, limitée par l’accident nord-atlasique qui domine de manière abrupte la zone sub-atlasique et le Haouz de Marrakech (fig. 2). D’un point de vue tectonique, cette bordure est particulièrement compliquée par ce que l’on appelle le faisceau de plis et accidents du N’fis, qui tronçonne le substratum du Précambrien II surtout granitique et sa couverture sédimentaire secondaire. Celle-ci se scinde en ensembles très iné- gaux, dénivelés par les mouvements tectoniques tertiaires et quaternaires. Parmi ces lambeaux de couverture portés à haute altitude, on trouve deux grands plateaux gréseux du Permo-Trias, qui sont ceux de l’Oukaïmeden et du Yagour, vastes tables aux surfaces nues où J. Malhomme (1961) a relevé les exceptionnelles gravures du Corpus rupestre du Grand Atlas.

Oukaïmeden

Fig. 2: Coupe géologique du Haut-Atlas de Marrakech. On trouvera aisément la zone axiale atlasique, le faisceau tectonique du N’fis, l’accident nord-atlasique, le sommet de l’Oukaïmeden et le plateau de Tizeraght. P II : Précambrien II granitique et schisteux, rt: Permo-Trias à faciès gréseux. D’après Ambroggi et Neltner, 1952, modifié, in A. Michard, 1976.

Les paysages de l’Oukaïmeden sont variés et contrastés. Des sommets vers le piémont du Haouz, on traverse successivement de hautes croupes granitiques ou schisteuses aux formes adoucies par les restes de surfaces d’érosion tertiaires identifiées par J. Dresch (1941) et empâtées par les dépôts périglaciaires quaternaires, support de matériaux fins qui tapissent les hautes vallées peu encaissées (fig. 3). En revanche, les isaffen, dès qu’ils

Fig. 3 : Oukaïmeden, vue des sommets et, au premier plan, des pâturages d’altitude en été. Les longs versants à tabliers d’éboulis alimentent des cônes de débris qui tapissent les parties déprimées du plateau gréseux et servent de support aux prairies. Photo in Google Earth/oukaimeden/Links.

Oukaïmeden

ont longé les hautes tables gréseuses, s’enfoncent dans des gorges profondes aux versants escarpés. Les crêts gréseux, puis calcaires, dominent des versants de flyschs aux pentes accentuées que dévalent en cascades les eaux des torrents dévastateurs : les vallées maîtresses des deux oueds Rhe- raïa et Ourika ont ainsi connu des catastrophes récentes très meurtrières (Saïdi et al. 2003). Les sommets élevés reçoivent de très importantes chutes de neige hivernales, qui ont permis le développement de la plus grande station de ski du Maroc, à seulement 75 km de Marrakech. La lente fonte des neiges, la fraîcheur liée à la haute altitude et les sols pro- pices au développement de prairies « alpines » font de ce haut secteur un domaine de pâturages d’été providentiel au regard des plaines surchauffées du Haouz et du Souss. On comprend ainsi leur fréquentation très ancienne au vu des découvertes archéologiques : un outillage néolithique a été découvert très tôt par M. Antoine, qui pensait pouvoir l’associer aux gravures (1954); il a été assimilé plus récemment au «Toulkinien» (Rodrigue 1996). Le Toulkinien, daté de 4 300 ans BP, est abondamment représenté dans le Haouz de Marrakech «et voit ainsi son aire de répartition agrandie jusqu’en haute montagne» (Ibid.). Cette assimilation de l’industrie de l’Oukaïmeden à une culture plus vaste est renforcée par le fait que ses outils de silex de petites dimensions impliquent le transport d’une matière première (silex) provenant des plateaux calcaires.

Fig. 4: Oukaïmeden-Tizraght, cercles ornés. L’enduit ferro-manganifère foncé du grès support est bien visible, au-dessus de la couleur rosâtre de la roche saine. Un néo-piquetage intempestif a fait presque entièrement disparaître la patine des traits de gravure. Photo in Google Earth/Oukaimeden/Links.

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du Kik, situés en contrebas. La transhumance estivale qui persiste toujours aurait donc des origines néolithiques à l’Oukaïmeden. La région a sans doute connu un «âge d’or» quelque deux (?) millénaires plus tard, si l’on prend en compte les nombreuses gravures, bien conservées, tracées sur les tables gréseuses.

Les tables gréseuses appartiennent aux lambeaux conservés de la couverture triasique. Celles de l’Oukaïmeden constituent un ensemble de plateaux disséqués, parfois subhorizontaux, mais le plus souvent à pendage assez marqué vers le S-E. Les grès de l’Oukaïmeden s.s. forment autour de 2 630 m d’altitude le sommet de l’Adrar n’Tizrag, crêt majeur du secteur de l’Oukaïmeden, dont le grand revers structural, quoique largement disséqué par les cours d’eau, sert de support principal aux gravures. Ce sont des grès roses massifs, du Trias supérieur, dont l’épaisseur varie entre 50 à 600 m (au Yagour) le long de la bordure nord-atlasique, et se trouve être ici d’environ 200 m (Biron 1982). Des formations sédimentaires variées s’y succèdent, parmi lesquelles des litages bien stratifiés constituant des supports appropriés aux gravures. Le Corpus de J. Mal- homme en décrit 103 exactement, avec en abondance des cercles ornés (fig. 4), de nombreux quadrupèdes sauvages ou domestiques, dont des bovidés, des figurations humaines (fig. 5), des armes, principalement des poignards et outils emmanchés. Il donne aussi des détails sur le support, les patines et les techniques de piquetage et de gravure. Camps (1960),

Fig. 5: Oukaïmeden-Tizaght, le pasteur. Grande figuration humaine avec un bovidé. L’enduit du trait gravé est ici assez bien conservé. Photo in Google Earth/

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puis Rodrigue (1993) donnent l’interprétation la plus plausible de ces gravures, qui est celle du témoignage d’une civilisation pastorale de l’âge du Bronze. Les recherches de Chenorkian (1979) et celles menées actuellement (Salih et al. 1998; El Graoui et al. 2008) confirment la relation étroite entre le site de l’Oukaïmeden et les vallées environnantes, sans doute initiée dès l’Holocène moyen, au moment où le rythme actuel des saisons s’établit et motive la recherche des pâturages estivaux; un sol de cabane du Néolithique moyen et final (de 6 000 à 5 200 BP) vient d’être mis au jour (Bokbot 2011), attestant de très anciennes fréquentations du site. Ces recherches insistent aussi sur le fait qu’il existe plusieurs strates de gravures: les représentations d’armes datent du Bronze ancien (environ 4 000 BP); pour des raisons typologiques, les représentations d’animaux semblent plus anciennes et pourraient être en relation avec les industries; les figurations humaines appartiennent elles-mêmes à plusieurs époques différentes, qui ne sont pas encore identifiées. Enfin, la logique de distribution de l’ensemble des représentations est encore à l’étude.