Jour 10

Traversée massif du TOUBKAL

Nuit excellente dans ce bivouac caché dans les entrailles de la terre.

Nous reprenons le sentier sillonnant dans les blocs où les fers des mulets raisonnent.

L’assif n’Moursaine s’ouvre petit à petit sur la moraine du lac d’Ifni.

Au bout de deux heures de marche sur une sente caillouteuse, nous rejoignons les gargotes installées en bordure du lac, pour boire une limonade. Nous mangeons un plat de lentilles préparé ce matin à l’aube par Brahim et réchauffé.

Le lieu est fréquenté l’été par les familles et les jeunes marocains qui viennent chercher la fraîcheur et découvrir le lieu de ce lac insolite au pied du Toubkal. Nous trois deux groupes de marocains ayant passé ici la nuit au bord du lac dans des abris sommaires.

Nous contournons au nord le lac pour installer notre bivouac à l’altitude de 2310 mètres sur une langue de pente plongeant dans le lac. Après-midi détente et baignade dans l’eau fraîche du lac.

Je ne peux m’empêcher de penser ainsi que l’équipe des anciens avec nous aujourd’hui, à une scène tragique que nous avons faillis vivre il y a une dizaine d’années.

J’avais rejoints pour deux jours un groupe partis de SKoura pour une grande traversée de l’Atlas, pour rejoindre l’Océan en trente cinq jours, sur un parcours de crêtes, de cols et de vallées. Arrivant au lac après douze jours de traversée, le bivouac monté, l’après-midi était une demi-étape repos.

J’étais entrain de boire le thé avec l’équipe qui me racontait le début de leur traversée quand j’aperçois à deux cent mètres un muletier les pieds dans l’eau qui hurlait et deux mètres devant lui un grand rond d’eau avec une main qui disparaissait. Deux muletiers étaient partis se laver au lac. Dans ces lacs de montagnes profonds, même si la bordure est en pente douce, il y a des falaises sous l’eau. Le muletier avait fait un pas de trop dans cette eau bleu foncée et s’était retrouvé dans le vide de l’eau, ne sachant pas nager.

J’ai aussitôt appelé mon fils Ayoub qui participait à cette traversée comme aide guide, il devait avoir juste seize ans. Nous venions juste avant la traversée d’organiser dans la piscine de Dar Daif une semaine de secours en eau avec les spécialistes de la « protection civile » de Ouarzazate, pour que trois personnes de l’équipe qui effectuent souvent des sorties en canoës sur le lac apprennent à sortir de l’eau une personne qui chavirerait. Ayoub venait de finir son année du lycée et s’était joint à cette formation.

Ayoub a vite comprît ce qui se passait, il est partit en courant à fond dans les cailloux, jetant ses lunettes et à plongé. Il a ramené le muletier lourd d’eau déjà inanimé. Allongé sur le côté se vidant de son eau, avec de l’aide il reprit la respiration. Il est resté ensuite trente minutes allongé.

Nous avons échappé à un drame. Ce muletier des Ait Boulie en se lavant dans le lac avec de l’eau aux genoux n’imaginait pas un mètre devant lui, l’abîme sans fond.

J’étais fier de mon fils Ayoub qui venait de sauver cet homme des montagnes, encore jeune ayant cinq enfants.

Nous tremblions tous.

Notre dernière après-midi de cette traversée de l’Atlas du Toubkal fut douce au bord du lac d’Ifni, la soirée également. Nous avons pris le repas à l’extérieur de la tente, profitant du ciel étoilé.