Jour 2

Traversée massif du TOUBKAL

Agréable lumière d’automne aux couleurs chargées de puissance.

Nos mulets partis de Tachddirt ce matin, arrivent chez « Juju » vers 8 heures 30 mn.
Nous marchons tranquillement, dépassant le plateau des pâturages et les quelques remontées mécaniques de l’Oukaimeden.
Des groupes d’azibs (bergeries) sont disposés comme des petits villages dont les bergers viennent de villages des deux versants du plateau. Accrochés aux pieds des pentes, ces azibs encore fumants du feu des brindilles du matin qui réchauffent le pain et la soupe de céréales des bergers. Les chèvres et brebis sont encore dans l’enclos à côté des Azibs, se réchauffant des premiers rayons du soleil.
Nous entrons dans le Parc National du TOUBKAL pour les onze jours de notre traversée.
Le sentier s’élève régulièrement jusqu’au tizi n’ Addi 2954 mètres. Vue superbe sur le tizi’ n M’zik et sur les crêtes du Jbel et plateau de Tazaghart qui culmine à 3995 mètres.
Le mulet assistance nous rejoint avec quelques fruits secs et oranges pour une petite pose.
Sentier en lacet en descente, glissant car le sable et graviers du granit roulent sous nos pats sur les dalles rocheuses.
Nous rejoignons le village de Tachddirt altitude 2340 mètres, après quatre heures de marche.
Repas de midi au gîte Tigmi Tachddirt sur une terrasse mi ombragée, avec une magnifique vue sur les crêtes de l’Aksoual qui culmine à 3910 mètres.
Après-midi repos sur les terrasses au soleil, à l’abri du vent. Le fond de l’air est frais.

Un peu d’histoire sur l’OUKAÏMEDEN
« Le nom de l’Oukaïmeden désigne aujourd’hui la première station de ski du Maroc, dans une région montagneuse qui appartient au massif du Jbel Toubkal, ensemble le plus élevé de la chaîne atlasique (4 165m). Plus précisément, comme l’a indiqué J. Malhomme (1959), ce toponyme désigne originellement «le sommet portant sur ses flancs les pistes skiables» et culminant à 3 262 m d’altitude. Plus bas, autour de 2 600 m, se trouve un plateau, «superbe pâturage à bovins», l’Aougdal n’Sidi Fars, dont «le plan incliné gréseux, gravé par endroits, est Ifir, alors que le Tizrag est la falaise terminant Ifir au Nord»

Origine du nom OUKAÏMEDEN:
Note linguistique / Emile Laoust
« On retiendra seulement que le nom berbère du massif est sans aucun doute un composé, qui doit s’analyser en u/akay + m¢dd¢n.
Le second élément, m¢dd¢n, ne pose aucun problème d’identification: c’est un nominal (pluriel à valeur de collectif), très largement répandu dans l’ensemble du berbère: «hommes, gens».
L’analyse du premier composant, ukay, est plus délicate : il est très certai- nement à rattacher à la racine (verbale) KY, «passer, franchir, dépasser…». En général, la racine KY réfère précisément à l’idée de «passer, dépasser (dans l’espace ou le temps) un repère» et le nominal akkay, signifie «pas- sage» (cf. entre autres, Ch. de Foucauld, Dictionnaire touareg-français, II, 1952, p. 765/767 ou K. Prasse et al., Dictionnaire touareg-français, I, 2003, p. 434. En chleuh, le parler local, le verbe ak°y a des sens divers:
– «Sauter, bondir, se réveiller» (E. Destaing, Vocabulaire français-berbère, 1938, p. 256 et Textes berbères en parlers des Chleuhs du Sous, Paris, 1940, p. 357);
– «Franchir un gué, un obstacle, sauter, éclore…» (Jordan, Dictionnaire berbère-français, Rabat, 1934, p. 27). »

Un peu de GÉOLOGIE.
« La région de l’Oukaïmeden fait partie du domaine structural de la zone axiale du Haut-Atlas de Marrakech et plus particulièrement de sa bordure septentrionale, limitée par l’accident nord-atlasique qui domine de manière abrupte la zone sub-atlasique et le Haouz de Marrakech. D’un point de vue tectonique, cette bordure est particulièrement compliquée par ce que l’on appelle le faisceau de plis et accidents du N’fis, qui tronçonne le substratum du Précambrien II surtout granitique et sa couverture sédimentaire secondaire. Celle-ci se scinde en ensembles très inégaux, dénivelés par les mouvements tectoniques tertiaires et quaternaires. Parmi ces lambeaux de couverture portés à haute altitude, on trouve deux grands plateaux gréseux du Permo-Trias, qui sont ceux de l’Oukaïmeden et du Yagour, vastes tables aux surfaces nues où J. Malhomme (1961) a relevé les exceptionnelles gravures du Corpus rupestre du Grand Atlas ».