Transhumance 2025
Jour 9
Tôt le matin nous franchissons la dernière crête de l’Atlas depuis le bivouac d’Ikkis situé au pied du col.
Les caravanes se suivent, celles venues du Sud principalement les Aït Atta avec les Aït Mohamed. Des petits troupeaux arrivent également par la petite route de Bougmez, seul les « Aït Keum », les villages de la haute vallée de Bougmez (de Zaouïat Oulmzi à Ifrane) ont droit de pâturages sur l’Agdal de Tamda.
Au passage du col de tizi’n Tighist 2600 mètres, à côté de moi un nomade Ychou en découvrant le pâturage nord, me dit « L’kdoub », les menteurs, car les gardiens du pâturage ont transmis que l’Agdal était excellent cette année, en fait il est très moyen, l’herbe est déjà jaunie et en graines. S’ils disaient que le l’herbe était insuffisante il est fort possible que plusieurs familles nomades soient restées dans les montagnes du Jbel Saghro, et dans ce cas la prime du gardien ne lui serait versée que par les campements venus pour passer l’été…
Nous marchons sur la piste plein Ouest en direction de tizi’n Srem’t. Les nomades sont mécontents de trouver des ruches sur les airs de pâturages, c’est effectivement la première année que je l’observe.
Les nomades commencent à se répartir comme ils le souhaitent vers leur air de pâturage habituels.
Il y a une douzaine d’année, et depuis très longtemps probablement depuis le début des accords de pâturages 1935 – 36, les Aït Mohamed et les Aït Bougmez s’installaient avec leurs troupeaux la veille de l’ouverture de l’Agdal dans les azib leurs appartenant. Les lieux de campements restants étaient tirés au sort entre tous les « feux » (campement d’une grande famille) des nomades Aït Atta. Ce tirage au sort s’effectuait la veille de l’ouverture de l’Agdal, en présence des « Amines » représentants des tribus. Les nomades n’étaient pas toujours très contents, car le sort n’avait pas toujours décidé leurs souhaits ! Aujourd’hui et depuis une petite dizaine d’année, en raison de la diminution des familles nomades, les Aït Atta retrouvent l’emplacement utilisé l’année précédente. Par exemple, la famille Ben Youssef Ahmed que nous accompagnons actuellement avait un emplacement sur la hauteur de l’Agdal (un peu venté), un nomade arrêtant l’activité leur a concédé son emplacement meilleur. C’est le lieu qu’ils utilisent depuis environ six ans, proche d’une petite rivière toujours en eau (l’oued aqa n’Tighist), avec des espaces d’herbes plus grâces. Nous dévalons l’Agdal le long d’une source dont l’herbe est habituellement très verte et spongieuse tellement la source inonde le sol. Cette année l’herbe en bordure de la source est moins dense, le fil de l’eau est réduit.
La caravane des dromadaires de la famille que nous accompagnons, dévale les pentes. Les chamelles reconnaissant le petit chemin et n’ont plus besoin d’être conduites. Mohamed doit même les freiner car elles courent, et les sacs en laine et en toile risquent de glisser et provoquer la chute des chamelles et de se blesser.
En effet en arrivant sur le site de leur estive, l’herbe est plus haute qu’en haut de l’Agdal, mais déjà bien jaunie.
Mohamed nettoie l’emplacement de la tente arrachant les touffes d’herbes poussées dans l’espace prévu pour la tente, remonte les murettes de pierres qui entourent la tente et permet de couper le vent et les regards. Il est aidé des garçons de notre équipe, et ils dressent la grande tente nomade. Ensuite c’est l’Azib en pierre « Taski’f’t » qui est nettoyé, quelques pierres déplacées remontées, le toit en terre recevra des mottes de terre et d’herbes pour le rendre suffisamment étanche aux pluies d’orages de l’été.
Les chamelles et leurs chamelons se régalent des herbes hautes poussées autour du campement.
Les tentes de notre bivouac sont également montées, pour nous juste trois nuits ! Nous essayons d’effectuer des terrasses le plus horizontal possible car le terrain est en pente.
Le lieu du bivouac est magnifique, quelques thuyas assez verts en premier plan où nichent plusieurs oiseaux. Une buse vole dans le ciel au-dessus du bivouac. Les crêtes de l’Azourki comme un chapeau domine et veille sur l’ensemble de l’Agdal.
Comme nous avons effectué deux étapes en une, nous avons de l’avance sur le parcours. Je propose aux voyageurs que demain samedi nous allions au souk d’Aït Mohamed comme le font les nomades au premier souk pour vendre quelques bêtes, se ravitailler en farine, sucre, thé, quelques légumes. L’enthousiasme est partagé.
Demain à l’aube, nous rejoindrons la route en contrebas, une heure de marche en longeant le petit cours d’eau. Nous attendrons le passage d’un minibus de transport collectif ayant suffisamment de place qui s’arrête pour nous transporter.
Le tonnerre gronde, les bâches plastiques sont glissées sur notre tente nomade, la pluie rafraichie la soirée.





