Transhumance 2023
Une des dernières – Jour 2
Réveil par le sifflement de la bouilloire d’eau, il faut encore nuit noire.
Les tentes des voyageurs s’allument avant même que le feu des nomades brûle et illumine la nuit. Il est 4 heures 30 mn. Il faut dire qu’hier soir j’ai indiqué qu’il fallait être près assez vite le matin pour vivre le départ de la caravane !
Brahim n’a pas encore psalmodié les incantations du lever du jour.
Les nomades peuvent démarrer furtivement leur caravane au lever du jour. Après s’être chauffé au coin des flammes, ils boivent deux verres de thé en mangeant un bout de pain. La tente recouvre vite un dromadaire, un double sac contenant quelques vêtements et ustensiles de cuisine sont disposés sur un deuxième dromadaire. Les quelques ânesses sont aussi chargées en peu de temps. Leur caravane s’enfile dans la vallée étroite en remonte le lit de la rivière.
Les gestes des-uns et des-autres sont acquis depuis la nuit des temps.
Le foetus dans le ventre de sa mère entend tous ces bruits et voix, des chèvres dans les pentes de cailloux, des cris strident où croassant qui transpercent le calme de ces montagnes, le sifflement des bergers qui appellent les chèvres de ce langage propre aux bergères et bergers. Le nouveau-né, l’enfant est baigné dans cet univers du monde des nomades.
Thierry, Stéphane avec Brahim, accompagnent aujourd’hui les bergers et les chèvres, vivre cette expérience.
Avec le reste du groupe, nous marchons dans le vallon encore à l’ombre durant une heure. Nous profitons des premiers rayons du soleil pour nous réchauffer. La caravane des dromadaires et des ânes de la famille d’Ahmed arrive groupée. La lumière ce matin est très pure, et ce tableau vivant est exceptionnel. Nous nous faufilons dans la caravane, le sentier chemine dans une gorge puis s’élève en lacets jusqu’au tizi’n Toudat (col de la mouflonne) à 2660 mètres. La vue est magnifique au Sud, comme au nord ou le relief devient plus marqué et enchevêtré. La descente est douce, sur des pentes herbeuses, les dromadaires s’arrêtent souvent pour brouter quelques touffes d’herbes fleuries. Nous croisons
trois mulets chargés de quatre sacs de charbon de bois, venant des gorges du M’goun. Deux hommes vont les vendre au souk de Boumalne Dadès de demain. Malheureusement cela renforce la déforestation des pentes des gorges du M’goun. Les hommes qui effectuent ce travail sont pauvres et il s’agit de leur survie, où se situe l’équilibre ?
Halte à la source, aménagée d’un abreuvoir pour les troupeaux et les animaux de bâts. Brahim arrivé en avance rempli quatre bidons d’eau claire, qui sont chargés dès que le reste de la caravane des dromadaires des bagages arrivent.
Le bivouac est tout proche en contre-bas dans la gorge de Marouane.
L’étape est courte, nous arrivons au bivouac à 11 heures, altitude 2450 mètres, 4 heures de marche.
Après-midi farniente, repos, sieste, lecture. En milieu d’après-midi arrivent nos bergers apprentis, ravis de leur expérience d’accompagner les bergers, Ito et Ahmed et le troupeau de chèvres.
Le ciel se charge dans l’après-midi de nuages menaçants, demain nous partirons tôt.





