Transhumance 2025
Jour 5
Vénus rejoint juste la crête pleine Est quand Brahim psalmodie la prière de l’Feugeugh.
Les lampes s’allument dans les tentes, la bouilloire sifflote. Au campement des nomades Aïcha à vite allumé le feu qui éclaire l’intérieur de la tente, en même temps les flammes chauffent le poêlon de la soupe d’orge. Le pain est réchauffé, le thé vite bue.
Le chargement de la famille nomade se réparti, en premier la chamelle est chargée de la tente, des piquets et de quelques couvertures de laine. Sur une deuxième chamelle, tapis, sacs et la grosse marmite, « agroua n’oualode », le haut du couscoussier en terre enveloppé dans une couverture de laine pour le protéger. En même temps Ito rempli les chouaris des ânes, et comme il en manque ce sont des sacs de toiles qu’elle remplit, puis cousue avec une grosse aiguille et de la ficelle. Deux ânesses portent chacune les petites filles, Soukaina la plus jeune et Fatima son aînée, callées avec des couvertures et une grosse corde. Sur un dernier âne la poule monte seule, le coq est récalcitrant, Ahmed se méfie et me montre une plaie maintenant cicatrisée, que lui à fait le coq quand il l’a attrapé il y a un mois, il l’a piqué avec son bec jusqu’à l’os !
Je découvre la piste qui coupe les flancs des pentes du tizi’n Toudet et en trois lacets parvient au col à 2600 mètres. Quelle facilité pour franchir le col avec la caravane chargée des chameaux et des ânes. La descente sur la source est aussi facilitée. Les engins ont coupé le pied de la gorge, et une piste se dessine. Trois marteaux-piqueurs arrêtent leurs moteurs pour laisser passer la caravane. Ahmed est très fier de cette piste réalisée par « charika L’makol » (entreprise sérieuse) qui effectue un travail incroyable depuis plus d’une année. La tribu des M’goun a réussît à obtenir ce projet de piste pour rejoindre les villages du haut M’goun. Il reste encore au moins une année et demie de travaux. Bravo au Maroc pour le désenclavement jusqu’aux fins fonds des vallées. Depuis quelques année une Province a été créée à Tineghir, en voici les fruits.
Nous reprenons l’ancien sentier des caravanes aménagé dans la gorge pour rejoindre le petit col, tizi’n Taghighacht que les M’gouns utilisent l’hiver pour désenclaver leur haute vallée quand la neige bloque le Tizi’n Ait Imi et le Tizi’n Ahmed à 3000 mètres d’altitude. L’oued M’goun est aussi infranchissable et dangereux l’hiver, quand le niveau de l’eau glacée atteint le ventre des mulets.
Plusieurs tentes M’goun sont installées sur les pentes de l’oued M’jdig. L’oued s’écoule avec un petit filet d’eau, l’herbe jaunie est maigre.
Une bergère M’goun pointe son nez d’une tente en toile, et nous propose un verre de thé. Finalement nous restons une heure à savourer cette halte. La vie y est très rustique. Autrefois les tentes « l’mskane » étaient fabriquées avec des joncs « l’mskane » et une sorte de tissage avec des fils de laine épais. Cette natte « tazan’tadout » se déroulait de chaque côté sur un cadre de bois attachés, et formant une tente style « canadienne », semi-enterrée à l’arrière. Ces petites tentes sont absolument traditionnelles des « M’goun », je n’en ai jamais vue ailleurs au Maroc. Lors ce qu’il fait chaud cette natte est roulée sur un côté et permet un courant d’air agréable. À l’entrée de la tente un mur rustique de pierres d’où sort la fumée du feu de la cuisine.
Youssef verse le thé préparé par la bergère qui nous apporte en même temps un bol d’huile d’olive et du pain « oufdire » (cuit sous les cendres), qu’elle a confectionné hier.
Je partage à Youssef que le pâturage est jaune cette année. Il me répond qu’il a bien plu cette année, c’est l’herbe qui ne pousse pas ici ! Le résultat de surpâturage des décennies passées, la sécheresse des six dernières années, les touffes brûlées par les bergers pour se réchauffer, les touffes arrachées à la pioche pour cuisiner, et les pluies violentes qui ont désertifié et appauvri les flancs sud de l’Atlas. Il ne se plaint pas.
Après cette longue pose intéressante et rencontre avec la vie des bergers M’goun, nous renfilons nos chaussures. Zara est heureuse d’être photographiée avec les dames du groupe !
Nous remontons le lit du petit affluant pour découvrir nos tentes installées en hauteur sur un éperon, un magnifique bivouac.
Nous mangeons notre repas de mi-journée à 14 heures 30 mn sous la tente d’Ahmed. Une sieste se précise.
Aujourd’hui encore deux étapes en une, facilité par la piste qui gravit le tizîn Toudet à l’altitude de 2500 mètres.
Des nuages menaçants apparaissent sur le plissement nord, les traînées de pluie sont visibles. Le vent se lève et les premières gouttes suivent.
Nous bâchons la tente nomade en toile. Les bâches recouvrent les « chouaris » (double panier des chameaux), et les sacs sont rassemblés. S’il pouvait pleuvoir une belle pluie nous serions heureux pour les nomades, les pâturages au cœur des plissements de l’Atlas sont en souffrances, l’herbe jaunie et peu élevée ici. Très étrange, il peut y avoir un beau pâturage et le jour suivant l’herbe est jaunie. Les pluies orageuses sont très localisées. Ahmed est inquiet pour « l’aqdal » (pâturage) de Tamda, le risque est grand pour les troupeaux.
Les chèvres apparaissent sur la crête toute proche, c’est Ito qui arrive la première suivit par Aïcha. Hassan arrive à la nuit. Hassan est le troisième berger qui accompagne toute la journée le troupeau. Une grande partie des brebis lui appartienne. Il est originaire d’un hameau au-dessus Aït Mohamed, juste en lisière de « l’aqdal ». Il a passé l’hiver sur les plateaux au-dessus de l’oued Drâa. Étant seul pour garder ses brebis, il partage le voyage de la transhumance avec une famille nomade amie, la famille Ben Youssef, les aidant à faire progresser le troupeau entier.
Les bêtes sont mises en commun le temps de la transhumance et repartagées à l’arrivée. Les bergers reconnaissent leurs bêtes.





