Sur les vires de la Transhumance, un passage s’est écroulé.

J4 – Mercredi 23 août 2023
Partie 1 

Vers minuit un vent à « décorner les bœufs » s’est levé venant du nord avec des nuages chargés d’embruns et d’humidité. Je me suis rassuré que nous ayons emmené la petite tente nomade qui résiste aux grands vents, et sur notre vire à 3.000 mètres, comme un nid d’aigle, rien ne nous abrite. Nous avons testé ce modèle de tente que nous fabriquons depuis une quinzaine d’années durant nos traversées dans des grandes tempêtes. Ce que nous craignons aussi est la pluie violente d’orage.
Je me suis rendormi et je n’ai plus rien vue. (Je dors toujours dehors sauf quand la pluie m’oblige à me glisser sous la bâche).
A l’aube le ciel est limpide, quelques affaires éparpillées malgré que nous ayons anticipé hier soir à tout attacher et ranger à la vue du ciel chargé.
La brouette oubliée par les chameliers au pied de la montagne est arrivée hier soir avec Idir redescendu la chercher avec un dromadaire, il s’est arrêté au col au campement des chameliers. Les garçons ne l’avait pas prise pensant que nous ne l’utiliserions pas, une fantaisie « d’Amghar » avaient ils pensé !
Ce matin, nous étions encore en train de boire le thé et tremper le pain dans l’huile d’olive, Brahim est arrivé il faisait tout juste jour. Il est parti encore à la nuit (quel vaillant homme), avec la brouette en suivant le sentier des vires (montées et descentes suivant la géologie des vires). Il a croisé le berger Mohamd dont le petit campement se trouve à mi-pente, et le berger lui a dit « depuis toujours j’habite les pentes de cette montagne et c’est la première fois que je vois passer une roue qui roule sur ce chemin ! ». Nous accueillons avec joie notre chauffeur de brouette !
Aujourd’hui le mur avance particulièrement bien, le travail des trois jours précédents donne ses fruits, il faut aussi « bosser » pour que le travail se fasse ! La brouette arrive tellement vite et chargée de cailloux plus gros que ce que nous pouvons porter à la main. Cela motive les deux maçons accrochés à leurs sangles sur le bord de la falaise.
Nous commençons en même temps, quand un garçon est libre, la préparation d’un deuxième mur dix mètres plus loin que celui où nous travaillons depuis trois jours, lui également effondré, passage plus court mais avec la falaise en dessous verticale, donc très dangereux. Cette préparation consiste à piquer avec un burin et une masse la pente rocheuse glissante pour que la base du mur soit accrochée à la pente.
Mohamed du M’goun arrive avec sa mule qui peine à avancer avec les quatre poutres qu’il a chargé ce matin, parti à cinq heures du bas de la montagne. Je lui avais demandé de louer une autre personne avec son mulet, pour que chacun prenne deux poutres, il n’a pas trouvé, il y a de moins en moins de mulets dans les vallées.
Nous installons la deuxième ceinture en bois que nous doublons d’un chaînage bétonné qui maintien à l’intérieur les poutres et tour le mur. Une fois cet ensemble fini, nous devrons particulièrement soigner la dernière rangée avec des grosses pierres bien assemblées pour que l’eau de fonte de neige et des pluies qui s’infiltrent ne déstabilise pas le mur, et qu’il ne se dégrade pas.
Nous sommes interrompus par une légère averse et l’occasion de s’assoir et souffler quelques minutes à l’abri de la falaise en surplomb.
L’après-midi nous coulons la deuxième ceinture ferraillée installée le matin, attenante aux poutres et nous remplissons de pierres pour mettre à niveau.
Ayant épuisé le stock de pierres sur le secteur proche de la vire où nous sommes, les garçons ont l’idée de remonter dans un pierrier proche et de lancer dans la pente toutes les pierres et rochers qui dévalent. Certaines vont plus loin que l’accès à la vire, la plupart s’arrêtent sur le replat du sentier.
Dix-sept heures trente, la journée était physique, nous rejoignons le bivouac. Temps du repos et du travail pour la cuisine. Façonner la pâte à pain, la cuire, préparer le repas.
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