Sur les vires de la Transhumance, un passage s’est écroulé.
J1 – Dimanche 20 août 2023
Lever à 4 heures 30 mn ce matin.
Hier longue journée, pour rassembler le matériel de l’expédition pour laquelle nous partons ce matin, et effectuer la réponse à deux demandes de projets de randonnées pour octobre ainsi qu’un projet d’une longue traversée chamelière en janvier.
Départ de l’équipe juste avant l’aube, avec le pickup et ma petite voiture. Nous roulons direction Kella M’gouna, petit arrêt pour acheter un carton de pains, quelques kilos de viande fraîche et boire un thé.
Nous sommes en route pour la haute vallée du M’goun, l’Ouzighimt où nous attend Brahim depuis dix jours avec les dromadaires. Notre dernière traversée s’est terminée par hasard proche de notre départ d’aujourd’hui.
Nous rejoindrons demain les vires utilisées durant la transhumance par les bergers du M’goun, des Aït Keum du haut Bougmez, des nomades Ait Atta et des voyageurs qui franchissent l’Atlas avec leurs mulets, autrefois pour le commerce, et encore aujourd’hui pour aller rendre visite aux familles éloignées.
Lors de la grande journée des « vires » de la Transhumance nous coupons le haut du flanc Ouest du Jbel « Ouama Zrika » dont les pentes rejoignent les gorges du M’goun. Nous franchissons trois cols entre 3000 et 3300 mètres. Cette très longue journée est toujours chargée d’angoisses et de tensions pour les nomades car les vires sont dangereuses, glissantes s’il a plu et gelé la nuit pour les caravanes chargées comme pour les bergers et nomades. Les troupeaux s’étalent sur les vires étroites qui se succèdent et parfois quelques brebis se bloquent en haut des falaises, les jeunes bergers et bergères agiles comme des cabris doivent les rattraper.
Cet hiver dans la portion la plus raide nommée « Azrim n’Ouïss » un pan du sentier s’est effondré et le passage ce printemps était particulièrement dangereux. Au printemps cette année une bergère à glisser et s’est tuée, un âne des M’goun chargé s’est accroché à la roche et a basculé dans le vide.
Lors de la transhumance les dromadaires et mulets des nomades ont dû être déchargés pour franchir le passage effondré. Nos chameaux du désert étant très haut nous avons même dû retirer leurs bâts tellement le passage étroit et en surplomb de la falaise était risqué. Nous avons pu passer un dromadaire à la fois, en le maintenant avec quatre personnes pour qu’il ne bascule pas si prit de panique il faisait un petit écart en s’accrochant la bosse sur la roche surplombante.
Lors de notre passage avec la Transhumance en mai 2023, nous avons promis revenir à la fin de l’été avec une équipe de Désert et Montagne Maroc et des « malhèmes » du Riad Dar Daif à Ouarzazate pour réparer le passage effondré. Nous y sommes avec joie !
Le Malhém Ahmed nous accompagne, notre spécialiste maçon qui a travaillé à Dar Daif 25 ans, Saïd notre électricien et malhèm de tous corps de métiers gérera le groupe électrogène, (nous ne pouvons pas être en panne), et le perforateur pour effectuer des points d’ancrages solides pour les cordes qui sécuriseront l’équipe sur la falaise. Ali m’aidera à installer ces points d’ancrages et s’assurer que chaque Malhém s’attache correctement en permanence, car la sécurité doit être notre priorité à la vue du vide des falaises en dessous. Rachid ouvrier polyvalent aidera au façonnage du ferraillage et du béton, Mohamed cuisinier est aussi indispensable pour gérer le bivouac installé sur la vire à 3.000 mètres d’altitude, et bien manger pour être efficace.
Brahim chef chamelier, Iddir et Brahim ont déjà monté en deux jours une tonne de ciment sur la vire et durant plusieurs jours ont transporté du sable, des cailloux pour rebâtir le mur. Précédemment durant trois jours ils ont amélioré le petit sentier muletier des bergers M’goun en creusant, élargissant le passage dans la gorge et sur les flancs pour que nos chameaux chargés puissent passer. Brahim est devenu l’expert pour trouver et aménager les passages des cols où des pentes raides pour que nos grandes caravanes puissent franchir certains passages anciens éboulés par les orages et l’abandon de la fréquentation.
Après sept heures de route et petite route escarpée de montagne, nous franchissons le tizin Aït Ahmed à 3010 mètres (3eme plissement sud de l’Atlas). Descente en empruntant une piste étroite et raide dans l’Ouzighimt du M’goun. Nous coupons l’oued M’goun et nous franchissons un nouveau col pour rejoindre l’oued Erg. Quelques azibs, des chèvres et brebis, un berger nous confirme que l’équipe des chameliers se trouve plus bas dans l’oued. Quelques habitations basses en pierres et en pisé, et des terrasses étroites où poussent des cultures de maïs et d’orge, des pommiers aux fruits bien rouges et de magnifiques noyers, dont les murs de soutènement de ces terrasses sont renforcés de troncs de tuyas. Nous arrivons vraiment « au bout du monde » du Maroc. Au moindre orage la piste serait impraticable longtemps. Nous roulons maintenant dans l’oued caillouteux bordé de joncs et de saules, en suivant les traces du véhicule venu amener le ciment il y a quelques jours.
Brahim nous attend, puis les dromadaires et l’équipe des chameliers.
Les nuages orageux sont déjà là. Nous mangeons rapidement quelques boîtes de sardines versées sur un plat avec deux tomates et des oignons puis un plateau de figues fraîches achetées ce matin dans le bas M’goun au bord des jardins.
Nous chargeons les dromadaires. C’est la première fois que nous fixons une brouette et des madriers sur les bagages de nos dromadaires !
Tous les malhèms sont ravis de nous accompagner, et me rappellent qu’en 2009 nous sommes parti presque la même équipe pour construire un puits au milieu de l’Erg Chebbi. A l’époque nous étions les premiers à effectuer des randonnées dans l’erg Chebbi, et ce puits nous a été utile des années, comme pour toutes personnes passant au cœur de l’erg, il fonctionne encore parfaitement.
Nous remontons à flanc de pentes en suivant un excellent sentier qui conduit vers des azibs. (Bergeries). Après deux heures de marche dans un oued nous apercevons la tente où ont dormi les chameliers la nuit dernière. Le bivouac s’effectue à 2350 mètres, au pied de la montagne que nous gravirons demain après l’aube, il est 16 heures.
Dix minutes après avoir déchargé les chameaux le premier coup de tonnerre éclate, des grosses gouttes tombent, nous avons juste le temps de glisser une bâche plastique sur la tente et les bagages.
La fraîcheur de l’orage est bien agréable.
Mohamed a déjà effilé les oignons dans la gamelle, Idir a coupé la viande. La marmite mijote, nous mangerons tôt ce soir !
Le froid nous rattrape, j’enfile deux polaires plus une djellaba que j’apprécie ! Hier soir à Ouarzazate en teeshirt il faisait chaud pour m’endormir, je m’étais couvert le visage d’un chèche humide pour m’assoupir !
Nous nous endormons avec les sifflements d’un berger qui arrive tardivement à cause de l’orage et rassemble ses bêtes dans l’azib juste à côté.





