Jour 9

Au pays des Aït ATTA

La symphonie de l’oasis démarre ce matin à 5 heures 40 mn avec les grenouilles. Les oiseaux rejoignent cet hymne à la vie. Quelle beauté le réveil ce matin. 6 heures 50 mn, les oiseaux finissent leurs chants et partent chasser leur nourriture.
Départ tardif ce matin, nous nous délectons du petit déjeuner.
Cérémonie d’adieu avec un petit mot de remerciement de Dieter pour toute l’équipe, une enveloppe de gratification et un petit sac de vêtements pour chacun.

Le sentier s’élève immédiatement sur la rive droite, et nous passons au pieds de trois tours rocheuses constituées de conglomérats où des traces d’habitations sont disposées sur les sommets dont on aperçoit des bouts de murs. Ce lieu auraient été habités à une époque ancienne par les « portugais », au dire des souvenirs collectifs.

Aucune présence des Portugais apparait dans l’histoire, à l’intérieur des terres, ils n’auraient pas dépassé Taroudant. Cette légende « bor-dugaise » que l’on retrouve dans la vallée du Drâa, dans les vallées sud de l’Atlas est un véritable mystère, d’une ampleur considérable. J’imagine une quarantaine au moins de ruines de petits villages, toujours disposés en hauts de montagnes et falaises difficiles d’accès. Parfois inaccessibles aujourd’hui où des échelles et passerelles de bois ont sûrement disparu.
Durant ma dernière traversée d’un mois avec la caravane KAFILA, et l’institut français du Maroc, la venue régulière d’experts et de scientifiques pour éclairer les artistes en résidence dans cette magnifique caravane, m’a permis de conforter un avis à ce questionnement. Extrait d’un précédent carnet de voyage, « Ces populations habitaient des châteaux forts perchés en haut des falaises. Parfois l’accès était aménagé par des sortes de rampes de bois, farouchement gardés par plusieurs remparts protégeant la citadelle (j’ai pu compter 6 remparts sur la face Nord-Est de l’ancien village au-dessus de Foum Chenna.
Je suis intrigué depuis une trentaine d’années par ces ruines accrochées en haut des falaises dans le Jbel Saghro et des falaises de la vallée du Drâa, comme les habitats troglodytes des vallées sud Atlasique.
J’ai eu la chance il y a quelques années d’apercevoir du ciel en survolant en hélicoptère puis en ULM les aiguilles du Saghro et la haute gorge du Drâa et sa vallée. J’ai remarqué ces ruines de villages perchés en haut de falaises, parfois très grands avec ruelles et petites habitations. Je pense qu’il y en a une quarantaine, tous en hauteur, (Brahim Bakkas me l’a aussi confirmé), dès l’embouchure des falaises du Drâa du secteur de Tidri (face au désert jusqu’à la fin des hautes gorges avant les plateaux d’Aït Saoune et Ouarzazate.
Au pied sud de l’Atlas, ces habitations sont des grottes troglodytes creusées dans les falaises que l’on distingue très bien dans les basses vallées sud de l’Atlas, souvent groupées, pouvant communiquer entre elles, et même à plusieurs étages avec des cheminées d’accès. De l’assif Ounila aux gorges du Dadès et sûrement plus à l’Est.
Ces habitations troglodytes où citadelles en haut de falaises, sont souvent situées proches d’actuels gros villages en bordure des vallées. En sont-ils les descendants ?
En questionnant les habitants de ces villages au pieds de ces sites, des vallées sud Atlas et du Drâa, tous indiquent « b-portugaise ». Comme si une civilisation portugaise aurait vécu très nombreux dans cette grande région.
Cité également par Jacques Meunié dans son livre Irhem Tisioual « greniers citadelles au Maroc », photos des années 40-50, et l’origine « Portugais ».
La présence des Portugais autrefois n’a jamais été prouvé. Les Portugais ont bien occupé Agadir et Safi au 16 è siècle mais d’après les historiens et les archives portugaises, ils n’ont jamais dépassé Taroudant.
Les habitants primitifs des falaises et des citadelles de ces deux grands sites Sud Atlas et Drâa avaient-ils un lien entre eux ?
Durant cette marche depuis le deuxième jour je pense souvent à cette énigme étrange « portugaise ».
Par suite de la visite du site des gravures rupestres de Foum Chenna, et l’intervention d’Aïcha Oujaa, paléoanthropologue, je réalise que les populations surnommées « portugais » seraient peut-être des Berbères – Amazir « primaires » qui habitaient ces citadelles à une époque très ancienne et s’étaient progressivement sédentarisés sur ces sites inaccessibles pour se protéger en premier lieu de la présence dangereuse d’animaux sauvages.
Aïcha Oujaa nous indique que les gravures ne montrent pas de scène de guerre. J’ai tout de même pu voir une gravure d’un homme à cheval faisant face à un homme à pied, tous les deux munis de lances, probablement une simple bagarre !
Les guerres seraient venues bien plus tard.
Sur les gravures rupestres de Foum Chenna apparaît quelques félins, faisant face à des chiens et des hommes montés sur des chevaux, armés de lances ou d’hallebardes très longues avec à leur pointe des pics dirigés vers le bas. L’homme est toujours représenté avec un petit bouclier circulaire.

Les LIONS / A cette même époque le lion de barbarie était très présent dans l’Atlas et peut-être dans le Drâa, puisqu’il a perduré jusqu’en 1942, dernier lion tué par des militaires français sur le versant nord de l’Atlas près de Taddart.
Les GUÉPARD / Depuis les années 1920 jusqu’à 1993, des guépards (Acinonyx jubatus) ont été régulièrement observés et parfois capturés, de Figuig à la vallée du Drâa jusqu’à la Séguias El Hamra.

Aïcha Oujaa fait référence de gravures rupestres trouvées sur les sites de ruines d’anciens villages en haut de falaises proches de Foum Chenna, de même facture que le site principal en bordure de l’oued. J’ai pu moi-même voir deux gravures sur un site d’habitat citadelle dans l’assif Wiggane rive droite.
Plus tardif, « La forteresse perchée du Jbel Zagora, fait partie de cet ensemble. Une datation au carbone-14 des murs des parties supérieures et inférieures de la ville ont donné un ensemble de dates du Xie et début XIIe siècle, mais avec des preuves d’occupation antérieure et ultérieure dans les siècles de part et d’autre.
Fait intéressant, parmi les structures encore debout dans la ville basse se trouvent une série de grands monuments funéraires, dont l’un a été daté entre 989-1151.
Ces gravures Lybico-Amazir (nouvelle appellation au Maroc) et ce patrimoine archéologique, nous font remonter au temps de la première présence de l’homme dans cette région Sud du Maroc, Drâa – Tafilalet au paléolithique et au néolithique ancien.
Aïcha Oujja nous fait remarquer que sur le site de Foum Chenna, « 3 fourchettes chronologique de représentations se suivent: Phase un, les chevaux ne sont pas montés et en scènes avec d’autres animaux sauvages. / Troisième phase, le cavalier monte à cru ou avec une selle, ayant dans une main le bouclier, dans l’autre une lance ou une hallebarde. Ces œuvres représentent des scènes de chasses auxquels des chiens sont présents. / L’homme est représenté avec un bouclier, une lance courte ou longue, parfois une hallebarde simple où munie à son extrémité de pics dirigés vers le bas comme pour arçonner l’animal chassé. / Il n’y a pas véritablement de scène de conflit, de bataille, l’homme semblait paisible. / L’homme de l’époque avait la nécessité de se protéger des animaux sauvages. Il habitait sur des pitons rocheux, des petites maisons en pierres et un rempart de pierres le protégeait. »

Aux vues de nombreuses informations glanées ici et là auprès de scientifiques et de lectures sérieuses, je me dis que ces populations dites « Portugeais » seraient peut-être les premières populations primitives, cousins anciens de ces berbères – Amazirs qui se sont succédé entre 4000 ans et 1800 ans, puisque des gravures rupestres dans la région sont datées très anciennes et plus récemment jusqu’aux Almoravides.
Pour survivre aux animaux sauvages, ces populations étaient obligées d’user de ruses et d’habiter des zones presque inaccessibles aux prédateurs LION et GUÈPARD et bien d’autres animaux dangereux, non connus ayant peuplé ces lieux.
L’énigme est toujours là et mérite que des archéologues approfondissent le sujet.

Le sentier s’élève sur des sortes de vires pour traverser entre les aiguilles d’Id Bab n’Ali (La porte d’Ali).
Repas de midi à l’ombre de saules au milieu de l’oued.
Fin de notre marche dans les aiguilles du Jbel Saghro.
Les véhicules dévalent la pente par la nouvelle petite route jusqu’à N’kob, magnifique village aux 40 kasbahs fortifiées (emblématique), encore en très bon état qui surplombent l’oued et la palmeraie.
Nous dormirons dans l’une d’elles à l’hôtel Si Omar.