Jour 6

Au pays des Aït ATTA

Une superbe nuit sur ce plateau en altitude.
Nous descendons la pente pour atteindre l’entonnoir de la gorge de taghia n’Ighissi. Le chemin est aménagé par les nomades pour que mulets et dromadaires chargés puissent au début du printemps remonter cette gorge et atteindre le plateau d’où nous venons. Ce sentier chemine d’une vire à l’autre. La gorge devient luxuriante, une source coule toute l’année dans le fond où l’abondance des figuiers et vignes sauvages, lauriers roses et buis procurent la fraîcheur de ce paradis caché.
Lahcein se rappelle enfant lorsqu’il avait 8-10 ans s’échapper et donner rendez-vous avec ses camarades nomades pour passer quelques heures ici, cuire « aghroume n’ Tourfrine » (le pain de pierres) et de la viande cuite dans un four en terre. Après cette escapade Lahcein courait rejoindre les dromadaires qu’il gardait.
Nous arrivons au carrefour de trois gorges profondes, où quelques familles du ksar n’Ait Ouzine n’Assaka, étaient partis pour s’y installer. L’eau au « tighrmt n’Ighissi » ne manquait pas, les nombreuses terrasses témoignent de l’activité agricole de céréales. Les amandiers ont presque disparu, il en reste une dizaine vivant dont l’écorce est mangée par les ânes sauvages. Je peux compter une centaine de souches d’arbres morts, coupés par les nomades pour cuisiner…
Nous évitons la gorge de taghia n’Tagrara où le groupe aurait quelques difficultés à cheminer sur les gros blocs de granits arrondis et parfois instables tombés des pentes abruptes du Jbel d’Am’lal qui s’élève presque à la verticale.
La vallée de Berkou s’ouvre, un immense château d’eau dessert deux villages. Une nouvelle école vient juste d’être construite et pour la première fois au cœur du Saghro je vois indiqué « préscolaire », c’est à dire pour les moins de six ans, la maternelle. Bravo pour cet investissement offert aux enfants des familles nomades récemment sédentarisés.
Au carrefour de trois vallées, nous nous délectons de l’ombre d’un grand amandier et de la fraîcheur d’un jardin de fèves.
Nous remontons l’oued bien sec de Berkou entre deux hautes falaises puis l’eau et la verdure apparaissent, un parfum un peu aigre des saules de rivière nous enveloppe.
Le bivouac est déployé bien à plat sur un air de battage, après 5 heures 30 mn de marche, altitude 1450 mètres.
Pas simple de trouver un lieu pour disposer nos deux grandes tentes, quatre tentes igloo, les deux tentes sanitaires et les douze mulets.
Le lieu s’appelle azib Berkou, que Moh’ le frère aîné d’Ichou a acheté il y a quelques années cette petite oasis d’amandiers et de terrasses de cultures avec la maison attenante, après avoir vendu tout son troupeau de chèvres, brebis et dromadaires. Ses fils bergers sont devenus agriculteurs. Moh’ commençait à être un peu âgé, ses enfants pas trop intéressés pour continuer son métier de berger et la vie de nomades.
Hella nous a rejoint avec Ichou, qui avaient accompagné Marion à Ouarzazate à la suite d’une crise d’appendicite aiguë.
Brahim nous offre ce soir une tarte tatin, pommes et dattes, caramélisée au miel dont il est le maître pâtissier de cette spécialité, cuit dans le four à pain que nous transportons sur les mulets.