Jour 7

Au pays des Aït ATTA

Réveil, le jour se lève à peine. La journée emprunte le parcours de la transhumance des nomades Aït Atta qui rejoignent le cœur du Jbel Saghro. Le sentier s’élève en lacets sur une vire dans la falaise où pousse en abondance « Ougnid » (palmier nain). Les jeunes bergers raffolent manger le cœur des feuilles au goût aigre – sucré. Sur notre passage s’envolent quelques perdrix « Iskoughane », également chassées par les bergers et bergères avec des cailloux.
Nous atteignons le tizi’n « Ougnid » et nous grimpons l’épaule qui suit, magnifique vue sur les vallées et hautes gorges.
« Alain’ne » les bergers mangent les feuilles de cette plante au goût légèrement aigre, parfois soupoudré de sel, (Mais pas la magnifique fleur rose et violette). Le goût est similaire aux jeunes pousses de pissenlits où de roquettes.
Nous rattrapons l’équipe des muletiers qui ont retiré les « maures » de leurs mulets pour les laisser brouter « Adaff » déjà mûrs (touffes d’herbes graminées). En même temps ils arrachent une à une les tiges bien fournies en graines qu’ils attachent en bootes sur les bagages pour nourrir ce soir leurs mulets.
Sur un replat nous remarquons un petit muret de cailloux bien alignés comme pour délimiter un territoire. Ichou nous précise que c’est un piège à lièvre « tak-bout » (réalisé avec un morceau d’étoffe, un cercle de fer avec un morceau de roseau tenant en ressort la cale du piège). La nuit le lièvre « Akounine » ne saute pas une pierre, il longe cette murette miniature, et dès qu’il trouve un petit espace entre deux pierres il s’y engouffre, et là le piège enterré déposé par un berger se referme !
Nous laissons le mulet assistance avec Ahmed continuer sur le sentier en lacets. Nous grimpons lentement sur le socle conique d’ « Irf n’Alroum » (la tête du chameau), jusqu’au pied de la falaise, cheminant sur des dalles de conglomérats bien adhérentes.
Il y a environ vingt-cinq ans pendant une pose, je m’échappai grimper en haut de la tête du chameau par une fissure étroite, histoire de rajouter un cailloux sur le cairn déjà existant au sommet !
Petite pose au tizi’n Issouka 2140 mètres, nous rejoignons l’étage de végétation où pousse le buis. Plante assez rare au Maroc que l’on trouve dans des secteurs bien spécifiques de l’Anti- Atlas et de l’Atlas. Avec ce bois dure les bergers façonnent un bâton bien solide « taghroch ». Cette plante est très toxique.
Le bivouac est disposé dans le petit cirque d’Issouka, à l’altitude 2180 mètres après 5 heures 30 mn de montée.
Juste en face se trouve un « amazir » (murette de pierres qui entoure l’emplacement d’une tente nomade). Il y a encore quelques années la sœur ainée d’Ichou et son mari Lahcein installaient leur grande tente noir tissée en laine de chameaux et poils de chèvres. J’avais toujours à cœur quand je passais ici de saluer cette famille nomade amie avec qui j’ai effectué plusieurs transhumances. J’ai connu Touda plusieurs années avant qu’elle ne soit mariée. Souvent je dégustais « tik-lil’t » , sorte de fromage cuit avec le premier lait (colostrums) des chèvres qui viennent de mettre bas. Ce lait est utilisé pour constituer ce fromage frais seulement quelques jours, car paraît-il trop fort pour les chevreaux nouveaux nés. Un plat « de choix » très rare chez les nomades et très apprécié avec du beurre fondu pimenté et, où des dattes. Touda restait ici avec sa famille sur cet emplacement pour un ou deux mois jusqu’à ce que le pâturage soit insuffisant où que la pluie tombée dans un autre secteur meilleur pour le pâturage du troupeau. Il y a quelques années ils ont vendu leur troupeau pour s’installer dans un village proche de Boumalne du Dadès dans une petite maison. Si Lahcen « Lah-hamou » est récemment décédé d’un cancer, il fumait trop.
Nous sommes arrivés au bivouac tôt, après une petite sieste de l’équipe et des voyageurs, chacun vaque à ses occupations, toilettes, lessives, lectures, écriture, cuisine, façonnage du pain.
Quelques muletiers décident d’enduire de « oui-jane » leurs mulets. Ce goudron naturel nommé « huile de cade » en français, était fabriqué et utilisé autrefois en Provence. Au Maroc il est réalisé avec du bois vert de tuya ou du genévrier thurifère, dont la sève est récupérée en le chauffant dans une ou deux jarres en terre disposées à l’envers sur le dessus d’un four très particulier.
Ce produit à plusieurs effets, cicatrisant, désinfectant et aujourd’hui utilisé pour éloigner les mouches piquantes et tous insectes qui dérangent les mulets. Ouijane est enduit sur certains points stratégiques où les mouches piquent les animaux. Nous l’utilisons fréquemment pour nos chameaux pour les mêmes raisons d’éloigner différents insectes.
Mimoun et Lahcein préparent l’assemblage de gros cailloux comme base sur laquelle ils cuiront le fameux pain « oufdighr », où « aghroum n’ tourfine ». Idir et M’hamd cherchent des touffes sèches « d’Ifssi » comme bois de chauffe de ce four improvisé, sans éléments extérieurs autre que pierres, braises et flammes pour cuire ce pain si parfumé et particulier aux Aït Atta, que nous mangerons ce soir avec la soupe.