Jour 4

Entre deux déserts

Ce matin le froid est piquant, proche de zéro. Il a dû bien neiger dans l’Atlas et
pleuvoir dans les plaines.
Le vent a nettoyé le ciel, les couleurs de l’aube sont claires comme celles de début
janvier, même trop pures, déjà annonciatrices d’un temps encore perturbé. Nous
pouvons distinguer des détails non habituels sur l’horizon.
Nous sortons des dunes pour commencer la traversée de cette large plaine, un régal comme on aime, une plaine de terre brûlée par le soleil, peu de cailloux, facile à marcher. Quelques petits acacias se fondent avec les effets de mirages que l’on
appel ici « amane l’maghroulne» (l’eau qui coure). Après deux heures de marche
nous effectuons une pose au pied d’un de ces acacias pour manger une orange et
quelques figues sèches. L’horizon est magnifique, une « hamada » couverte de
sable, rosie par l’effet de la distance. C’est notre point de mire dans cette plaine très
plate. Nous effectuons un petit détour au sud pour découvrir un enclos de nomades,
abris de chèvres, constitué de branchages et de touffes d’alfas. Quelques bidons
sont accrochés au plafond. Proche un superbe four à pain en argile. L’hô toujours
très curieux va voir les quelques objets laissés dans cette ruine récente de
campement. Il trouve deux grandes bouteilles en verre vides de parfum, ce qui nous
montre qu’il s’agit de nomade Saharaouis venus jusqu’ici pour chercher le pâturage.
Ils raffolent de parfums. Lors de nos traversées dans le sud mais aussi du côté de
Matarka, les nomades Arabes qui nous offrent le thé, nous couvrent le cou de
parfum. Quelle délicatesse pour les invités.
Il n’a pas plu cette année dans la zone sud Atlantique et les pâturages sont
inexistants. Autrefois les nomades sahariens du sud pouvaient parcourir un où deux
mois de marche avec leurs troupeaux vers de meilleurs pâturages. Le contraire
s’effectuait également quand dans la zone centrale désertique la sécheresse
perdurait, les nomades Berbères Ait Khbach, Ait Atta où de l’Atlas, et les nomades
Arabes du Drâa rejoignaient après deux mois de transhumance à pied les rivages
arrosés de la côte Atlantique au sud du Sous, pouvant aller au delà jusqu’à Dakhla
suivant les années.
Aujourd’hui cette transhumance s’est modernisée, et s’effectue avec des camions
loués. Certains nomades ont vendu leurs troupeaux pour acheter un grand camion, et louent leur service de transports aux familles nomades de leurs tribus.
Il y a un mois il a beaucoup plu et nous pouvons voir la trace des pneux d’un 4×4
pickup de ces nomades Saharouis embourbé dans le sol recouvert d’eau, devenue le temps de quelques heures très boueux.
L’emplacement central de la grande tente nomade s’effectue sur une bande de
grosses pierres bien rangées au milieu de la tente où s’appuient les deux piquets

centraux de la « khayma » (grande tente Saharaoui). Les sacs d’orge et de farine
sont ensuite disposés sur ces cailloux les isolants du sol et des insectes. Souvent ils
ont avec eux un chat qui se régal des petites souries du désert, « gerboises » à la
queue fine et longue avec une touffe de poils, venant grignoter les sacs de grains.
Peu farouche quand elle se trouve au milieu des sacs de céréales. Également poules et coqs font partie du campement, pour les œufs mais aussi contre les serpents et les scorpions qu’ils chassent en jouant.
Après la pose de midi nous nous assoupissons à l’ombre d’un bel acacia poussé au
milieu de petites dunes orangées et de touffes d’alfas séchés comme dans un petit
oued temporaire.
Nous marchons au fil de ces dunes couleur pêche, entrecoupées de crêtes du
plateau rocheux qui apparaît entre les sables. Quelques tumulus de gros cailloux
ronds et luisants polis par les vents, cuits par les milliers d’années exposés au soleil
brûlant. Certains de ces tumulus étaient funéraires, d’autres comme ceux ci,
indiquaient autrefois le passage pour les voyageurs et les caravanes sahariennes
traversant le désert. Ils sont souvent disposés par trois, légèrement en hauteur pour
les apercevoir les nuits d’été où les caravanes marchaient la nuit pour éviter les
brûlantes journées, et éviter d’épuiser les animaux et les voyageurs. Dans la journée
ils se reposaient sous un acacia où ils tendaient une toile entre deux piquets de bois
pour s’abriter à l’ombre.
Nous découvrons le bivouac déjà monté au creux des dunes proches de l’oued
Bouhaiara que nous venons de rejoindre et abrité de la bordure du plateau du reg.
Aujourd’hui cinq heures de marche effective, avec un sol ferme, puis la douceur et
beauté des dunes brûlées.