Jour 3
Entre deux déserts
Cette nuit il a plu par intermittence des gouttes, nous avons été épargné des trombes d’eau que nous imaginions vue la force du vent. Le ciel est encore bien chargé ce mmatin et le vent est froid, nous enfilons les grosses polaires et une veste coupe vent.
L’hô installe le petit déjeuner au pied d’un bosquet de tamaris pour nous protéger.
Le départ est un peu lent ce matin, engourdis par le froid, une nuit entrecoupée et les bâches plastiques à plier.
La marche est fraîche sous ce plafond nuageux et le vent nous accompagne. Plein
Ouest l’horizon apparaît bleu sous la masse nuageuse. Après deux heures de
marche le soleil nous réchauffe dans notre traversée de ce désert devenu un jardin
de verdure et fleuris. La roquette commence déjà à faner, ce que préfèrent les
dromadaires. Dès que nous effectuons une pose pour quinze minutes Brahim entrave les trois chameaux assistance pour qu’ils broutent ces pâturages déjà un peu secs et couverts de graines.
Nous reprenons notre marche gravissant par la crête les petites dunes entourées de
quelques tamaris.
Sur l’une d’elles le vent a soufflé et découvert la couche de sable sec de surface
laissant apparaître le sable mouillé par la pluie d’il y a un mois où sont déposés
quantités de coquilles d’œufs de serpents. Ces œufs datent de l’année dernière où
plus. Pondus d’une matière visqueuse et molle, ils durcissent avec le sable chaud et
deviennent une fine coquille où la larve du serpent se développe puis éclos.
Les neufs chameaux de la caravane des bagages nous ont précédé par l’oued et
viennent justes de baraquer quand nous arrivons. Addi a choisi ce lieu entre deux
dunes protégées par les tamaris. Une demi étape aujourd’hui.
Nous sommes juste en bordure de la plaine au sud que nous traverserons demain
matin.
En premier, montage de la tente cuisine permettant d’abriter du vent le réchaud pour
chauffer l’eau du thé. Les deux Brahim préparent le repas sur un tapis de laine posé
sous un tamaris.
Le repas de midi terminé Addi dont c’est le « tour du pain » pétrit déjà la pâte,
enfonçant vigoureusement ses deux poings dans la pâte pour l’alléger et la rendre
souple.
Dès la prière de milieu de journée terminée Brahim avec quelques garçons de
l’équipe montent la tente nomade pour les quatre voyageurs célibataires et les deux
igloos pour les couples.
Chacun s’éclipse pour une courte sieste, à l’ombre où au soleil, bercés par le son du
vent dans les tamaris.
Le travail de la cuisine se met en place.
Lahcen et L’hô préparent trois dromadaires sur lesquels est basculé un
« chouaghri », double panier, contenant des bidons vides à remplir au puits situé à
vingt minutes au milieu de l’oued.
Les deux prochains jours il n’y a pas d’eau dans l’oued Bouhaiiagha, nous devons la
transporter demain et chercher l’eau maintenant. Une partie du groupe accompagne
les chameliers et les dromadaires au puits. Durant notre petite escapade Mohamed et Addi ont cuit une partie de la pâte à pain dans le four à gaz. Le reste de la pâte est conservée pour un pain cuit dans le sable pour le repas du soir. Iddir le spécialiste du pain de sable étire les braises puis lisse le sable brûlant pour jeter la galette qu’il a retravaillé, recouvre de cendres chaudes, de sable puis du reste des braises.
Nous buvons la soupe préparée par Mohamed autour de ce feu où cuit le pain que
nous mangerons croustillant, juste sorti de ce four de la nuit des temps.
Une masse nuageuse venant du sud Ouest s’approche bien vite, les garçons
recouvrent la tente nomade de la bâche plastique, plus facile à poser en fin de
journée qu’en pleine nuit !
A la nuit tombée, la demi lune éclaire le bivouac au travers de quelques nuages, très
agréable pour se mouvoir et éviter de se prendre les pieds dans les multiples sacs
déposés ici et là.
J’aime ces ciels de nuit semi éclairés dans le désert vallonné de dunes dont les
branchages des tamaris bercent la nuit qui s’avance.






