Sur les traces des anciennes caravanes

de Ouarzazate à Essaouira

Cette période exceptionnelle Covid 19 se poursuivant, J’ai voulu m’échapper de toutes ces inquiétudes quant à l’avenir en retrouvant l’oxygène de mon existence depuis tant d’années : la nature et les sentiers de l’Atlas.

C’est pourquoi je reprends la route pour mener à pied la traversée depuis Ouarzazate jusqu’à Essaouira.

Comme j’aime tant le faire, je m’en vais fouler les chemins qu’empruntaient autrefois les caravanes chamelières transportant leurs marchandises depuis l’autre bout du Sahara, arrivant dans la vallée du Drâa pour alors franchir l’Atlas par le Tizi’n Telouet et ainsi atteindre Marrakech. Ensuite, je longerai le pied de l’Atlas sur son versant nord par la route des marabouts afin de rejoindre l’Atlantique et Essaouira.

Ce voyage à pied sera pour moi, accompagné de mes amis Brahim et Addi et de 5 chameaux, l’occasion de repérer le trajet pour notre prochaine caravane culturelle Kafila qui démarrera en mars 2022 reliant Foum Zguid à Ouarzazate – Marrakech – Essaouira, projet en partenariat avec l’Institut français du Maroc.

Je me réjouis par avance de partager régulièrement avec vous le témoignage de cette randonnée chamelière, entre l’expression de mon quotidien sur les sentiers, celle de mes réflexions au fil des jours et bien sur les images de tout ce que je traverserai et rencontrerai tout le long du chemin.

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Ces témoignages que je vous propose de suivre vous permettront de rester en lien avec le Maroc que vous aimez, avec l’équipe de Désert et Montagne Maroc, avec les paysages, la vie de la caravane, avec tout ce que nous avons construit ensemble depuis tant d’années.

A très bientôt donc sur les sentiers de l’Atlas.
Jean-Pierre

Étape 1

de Ouarzazate à Telouate

Jour 1

Départ de Dar Daif au douar Talmasla à Ouarzazate. 3 heures à traverser le long des cultures, les palmeraies longeant l’oued Ouarzazate jusqu’à Tiffoultout. Douceur de l’air dans les jardins, des merles joyeux, des roses Damasquina qui embaument les jardins. Puis 2 heures de plaine et cailloux ronds direction nord ouest face à la chaîne d l’Atlas, où nous suivaient 2 traquets rieurs.
Une journée cadeau du ciel. Bivouac magnifique, bain dans une guelta.
Addi prépare la soupe, nous avons chbakilla et Zmita de Dar Daif, et la gamelle de légumes est presque cuite !

Jour 2

Très belle nuit sois un bosquet de palmiers. J’aime dormir dans lieux où la brise dans les palmes, le chant des grenouilles et des oiseaux sont un vrai de repos pour le corps et pour l’âme.
Départ de la caravane à 6 heures, remontée d’une plaine caillouteuse, ce qu’on appelle le reg, avec les couleurs du soleil orangé. La toute de la centrale solaire Noor est éclairée par l’ex premiers rayons du soleil et son phare lumineux s’aperçoit de très loin du sommet du Toubkal et du sommet du M’goun également.
Vallonnement ocre, blanc. Au col de d’Afella n’ifri nous apercevons le village d’Ait Ben Haddou, et il est majestueux de l’approcher à pied. Nous longeons le village en lisière des jardins. Quelle belle restauration ce village d’Ait Ben Haddou, bravo à sa réalisation. Je découvrirais sa porte sud, nouvellement réalisée.
Nous remonterons l’oued Ounila en traversant la rivière au moins 30 fois, agréable la fraîcheur de l’eau tiède. Nous longerons le village de Tamdakht dont les toures crènelées des kasbah se dépassaient à peine de ses jardins luxuriant.
Notre bivouac installé sur la hauteur du village de Tiguert altitude 1520m. 7 heures de marche directe. Longue journée de 34 km, pas un arrêt. Nous profitons du temps limpide, de la plaine et du lit de la rivière pour avancer.
Demain nous cheminerons sur les flancs du Jbel Tamraght.
La géologie nous offre des tons ocres – beige.

Jour 3

Départ 6 heures 45, nuit fraîche et froid au réveil.

Nous donnons de l’orge aux chameaux, aujourd’hui nous commençons la montagne et les chameaux ont besoin de combustibles. Hier ils ont marché 7 heures d’affilée et ils n’ont pas suffisamment brouté au pâturage du bivouac qui était maigre, et comme nous sommes partis pour un mois ils doivent garder la forme pour franchir l’Atlas, les vallonnements et les plaines au pied de l’Atlas.

En montant vue 3 tumulus, c’est assez étrange car il y en a assez peu dans l’Atlas. Les tumulus qui marquent les itinéraires sahariens de Nador au Drâa et Smara. J’en parlerai dans un autre post.

Un sentier bien marqué chemine au travers de vallonnements magnifiques, terre et roches ocres, grises. Nous sommes sur un ancien fond marin qui soulevé par les plissements de l’Atlas s’est retrouvé sur les pentes. Nombreux fossiles comportant divers coquillages, moules, huitres.

Je me prête à rêver revenir en hivers quand tout est couvert de neige, glisser avec des skis de fond de randonnée, avec des chaussures- bottes hivernales pour ne pas avoir froid au pied. Ce haut plateau est exceptionnel, en retrait de la chaîne de l’Atlas, la vue est dégagée. On aperçoit le Jbel Saghro, le Siroua, les crêtes du Toubkal qui glissent jusqu’au tizin Tichka, le Jbel Ounghomar qui culmine vers 3700m.

Sur la face nord de ce plateau la végétation en touffes « Ifssi » embaume nos pats. L’armoise foulée dégage un parfum similaire au thym, un peu plus aigre, c’est un délice. Nous rencontrons un groupe de 3 bergers montés sur de beaux mulets, devant tenir serré leurs mulets apeurés à la vue de nos chameaux, ils effectuent un grand détour. Addi les rejoints et demande où se trouve un point d’eau. Assez loin, nous traverserons encore 2 heures, le sentier bien marqué nous conduit à cette petite source aménagée d’un bac en longueur où un troupeau de chèvres boivent, l’eau n’est pas limpide. 2 autres troupeaux attendent pour venir faire boire leurs bêtes.

Nous installerons le bivouac, il est 12 heures 45 mn. Le lieu sablonneux, plat, idéal. Des joncs aménent un peu de verdure au pied de la source. Il fait très chaud, pas d’air.

Les chameaux sont débatés rapidement. Fatigués ils resteront 15 mn couchés, ce qui est rare. Il y avait ce matin 2 pentes très raide, dont les lacets très serrés nécessitaient de faire passer les chameaux un à un. C’était un sentier raide pour mulets.

6 heures de marche, environ 23 km.

2 heures de sieste, la température est meilleure, les grillons chantent. Vue peu d’oiseaux ce matin, 2 faucons crécerelles.

Revus des tumulus de très petites pierres en passant un col étroit comme une porte. Ces tas de petits cailloux sont une demande de protection aux forces de la nature.

Ces tumulus peuvent avoir plusieurs centaines d’années à plusieurs milliers d’années. Les caravaniers et les voyageurs ne s’aventuraient toujours en groupes, en grandes caravanes pour se protéger et se défendre de l’attaque de tribus mais aussi d’animaux tel les panthères, les lions de l’Atlas, dont le dernier tué en 1920. Quelques siècles auparavant on peut tout à fait imaginer qu’ils étaient nombreux, les forêts (dont on voit quelques arbres isolés immenses) permettaient à une faune de vivre, antilopes, singes, et l’autruches dans les plaines.

Ces forêts ont aussi été brûlées par les habitants, les bergers justement pour que ces animaux dangereux disparaissent. Dans un premier temps cela créait de vastes pâturages, mais l’érosion, les vents et les pluies violentes d’orages ont transformé ces étendues en désert. Le tissus végétal était peu épais, régulièrement disparu, lavé, envolé pour laisser la place au socle rocheux calcaire de ces plateaux.

Ronronnement du fourneau, Addi s’affaire à la soupe.

Jour 4

Départ ce matin 6 h 15 mn.
Nuit la plus fraîche, ciel très pure, la voix lactée ce matin lumineuse. Nous retrouvons le plateau avec une forêt de tuyas très claire semée. La caravane fait halte à une source pour charger 3 bidons d’eau bien fraîche.
Brahim, Addi et les chameaux continuent plein nord directement sur Tellouet. Je m’écarte par un petit sentier pour rejoindre le village d’Amguelz. Je rattrape un garçon avec son mulet très chargé de « leughbaghe » crottin de chèvres qu’il a récupéré dans un azib (bergerie) pour fumer les jardins. Il fera probablement 5 ou 6 voyages dans la journée.
Le village d’Amguelz est construit en pisé, où s’élevait de magnifiques kasbahs élancées. Ces kasbahs étaient fortifiées pour se défendre des tribus venants piller les réserves qu’offrent ces superbes jardins, amendes, pêchers, abricotiers, pommiers, grenadiers, noyers, vignes et plusieurs céréales. On trouve en légumes, oignons, carottes, choux, navets, pomme de terre et fèves.
Jacques Majorel, peintre orientaliste venait séjourner dans ce village dans les années 1935-40, son ami René Euloge écrivain, peintre, et grand découvreur des vallées de l’Atlas l’accompagnait souvent.

Je traverse ces jardins luxuriants, et j’imagine ces 2 grands peintres, leur chevalet installé sous les amandiers, profitant de la fraîcheur, face à ces kasbahs qui ont presque disparues, rattrapées par des maisons en ciment. Les rosiers damaskina, en bourgeons pointent leur couleur rose.
Je longe l’oued puis par un détour je m’enfonce dans une petite vallée gardée sur la hauteur par une petite fortification en ruine. Cette vallée étroite dans les terres rouge, ocre et une veine de roche noire conduit à l’ancienne mine de sel, dont la galerie est fermée par une lourde porte en fer. Cette mine de sel de qualité, était réputée et les caravanes l’exportaient très loin.
Quelques vallonnements puis j’aperçois le long de l’oued les jardins de Tellouet. Entre les cultures de luzerne (pour nourrir les vaches et quelques brebis élevées dans une coure de maison).
Un homme marche dans les jardins avec une fronde tressée à la main. Étonnant cet homme ne garde pas de troupeau au milieu des cultures ? J’imagine qu’il chasse des pigeons. Je le salue, quelques échanges de politesses. Étonné que je vienne à pied de Ouarzazate, je lui demande que chasse t’il avec sa fronde ? « Je garde mes abeilles », en fait quelques oiseaux viennent manger ses abeilles revenant à la ruche chargées de miel. Ses ruches sont à l’intérieur d’une petite maison en pisé, avec l’ouverture à l’extérieur du mur. Le corps de ruche est en roseau effilé et tressé. Si Lahcein m’invite à visiter ce rucher de montagne dont les ruches sont protégées de la neige l’hiver et des vents. Il me fait poser mon oreille sur un de ces treillis d’une ruche dont le bourdonnement est continue. Belle rencontre.
Je rejoins l’immense Kasbah de Tellouet où les caravanes autrefois faisaient halte avant de franchir l’Atlas. Véritable caravansérail, lieu de repos, où les caravaniers payaient l’impôt de passage sécurisé et de protection des marchandises et des hommes. Kasbah des frères glaoui, malheureusement en ruine. Quel dommage qu’une restauration ne soit pas effectuée, chef d’œuvre d’architecture construit par des artisans habiles venus de partout le Maroc: jlijs (faillances de Fés découpée minutieusement, stucs (sculpture de plâtre), plafond de cèdres ouvragés.
Dans quelques années cette Kasbah déjà bien en ruine sera irrécupérable. Déjà de grandes parties de bâtiments sont écroulés.
Je traverse le village de Tellouet, et par un sentier entre les villages je retrouve la caravane, le bivouac est monté, les garçons dorment, les chameaux entravés (corde qui maintient les pattes avant très serrées, pour éviter qu’ils aillent loin et surtout vers les jardins ce qui nous attirerait des ennuies.
Il est 15 heures. Altitude 1890 mètres, nous sommes au dessus de Tellouet et au pied du Tizin Tellouet dont on aperçoit le sentier en lacet.
J’ai marché 7 heures, environ 30 km., bien réjouis de m’assoir et de repenser à toutes ces rencontres.

Jour 5

De Tellouet rejoindre les crêtes de l’Atlas et franchir le Tizin Tellouet à 2600m.

Hier après-midi nous avions du vent très fort avec des rafales de tempête. 5 minutes avant la rupture du jeûne du Ramadan à 19 heures, deux jeunes femmes du village de Tamjoucht (à 2 km) sont venues nous offrir le repas du Ftor, amené dans un grand panier (2 sortes de pains encore chauds enveloppés dans une petite couverture, crêpes, cafetières, théière). L’hospitalité offerte aux voyageurs nous a fait un très grand plaisir après une longue journée. Merci.

Milieu de la nuit le vent s’est calmé, repos profond.

Préparation du départ ce matin plus tôt, les lueurs flamboyantes pointent à peine sur l’horizon à l’Est. La caravane démarre à 5 heures 45 mn.

Nous traversons le dernier village Tamjoucht accroché juste au pied de la montagne et entouré de terrasses de céréales bien vertes dont les premiers rayons de soleil viennent enflammer. Le village est encore endormi. Nous croisons juste une femme avec un seau de 15 litres de lait mousseux qui revient d’une petite étable en face de sa maison. Un enfant baisse le regard en nous croisant, habillé très simplement part à l’école pour rejoindre Tellouet à 4 kilomètres, chaussé de sandales en plastique grises comme on voit chez les enfants des bergers. Peut-être l’après-midi garde t-il quelques chèvres où brebis, il faut bien aider les parents, c’est la survie dans les régions difficiles. Grâce à l’école il se bâtira un avenir meilleur.

Étape 2

pied du Tizin Tellouet à la vallée de l’Ourika

Jour 6

Nous sommes réveillés par la psalmodie de l’Imam du village, la grande ourse se trouve sur l’horizon à l’Ouest.

Départ 6 heures 20 mn, par la piste principale. Petite brise fraîche chargée de rosée. La piste suit la courbe de niveau jusqu’au fond des ravins effectuant des kilomètres de détours pour passer une gorge.

Nous croisons un énorme camion chargé de briques, de ciment et de ferraille pour la construction. Par chance un repli du terrain permet que nous garions les chameaux car la pente est raide.

La végétation change encore, plus Méditerranéenne, des bouquets de lavandes odorantes ornent notre passage.

Le palmier nain « doum » couvre tout un pan d’une montagne, je n’ai pas le souvenir d’en avoir vu autant. C’est avec sa feuille effilée que l’on fabrique les grand chapeaux de paille. Dans le Jbel Saghro, les nomades constituent des paniers à verres compartimentés pour protéger les verres en voyage. C’est d’ailleurs c’est dans ce panier que nous transportons nos verres.

La journée est longue et devient monotone, nous traversons à flanc tous les vallons pour sortir de cette profonde vallée. Nous nous trompons de piste et revenons quelques kilomètres en arrière. Nous débouchons en face de la vallée de Zerkten et nous apercevons la route qui relie le Tichka. La piste traverse une forêt de pins, il commence à faire bien chaud. Nous arrivons au village d’Aghbalou n’Oghgue, lieu d’étape des caravanes autrefois. Nous installons notre bivouac dans la magnifique coure ombragée de pins à l’entrée de la kasbah du Glaoui en ruine totale.

6 heures 45 mn de marche , 28 – 30 km.

« Aghbalou », veut dire « grande source », qui effectivement irrigue une belle oliveraie en terrasses sur une pente raide et des jardins.

Nous avons tous les 3 les pieds bien lourds et nous sommes fatigués. A peine allongés le sieste s’avère impossible avec des mouches piqueuses. Nous nous couvrons de nos djellabas étouffantes et ces mouches trouvent toujours un espace pour nous dévorer.

Nos chameaux sont très énervés depuis le milieu de la matinée par ces mouches qui leurs couvrent le ventre, ils se frappent le ventre avec une de leur patte tout en marchant.

Demain en passant à Touama nous chercherons ce produit naturel « Ouijane » fabriqué dans quelques lieux de l’Atlas et dans le Saghro à partir du bois de tuya ou de genévrier. Ce goudron très odorant et antiseptique éloigne les insectes.

Goudron utilisé également pour orner des poteries traditionnelles et parfumer les cruches en terre contenant l’eau à boire, conservée bien fraîche. Peut-être même que cette technique a aussi l’effet de désinfecter l’eau.

Après 16 heures la douceur arrive et l’air devient agréable.

Plusieurs plateaux garnis recouverts d’un jolis tissus dont un brodé arrivent à 19 heures: galettes fourrées, crêpes, une huile d’olive très fruitée, gâteaux parfumés à l’orange comme Zineb le fait très bien, jus de pomme, soupes et dattes sont notre menu ce soir. Gentillesse des habitants de ce village perché en haut de la vallée de Ghdat.

Jour 7

Par une piste en terre nous dévalons les cultures de « boughr » (cultures non irriguées, appelées cultures sèches). Les pluies généreuses cet hiver sur le versant nord de l’Atlas et le travail assidu des agriculteurs ayant semé orge et blé dure nous offrent un véritable tableau lumineux de verdure. De belles récoltes prochainement.
Nous traversons les collines du Piémont nord de l’Atlas jusqu’au bord de la plaine du Haouz. Obligé d’un grand détour jusqu’au pont sur l’oued Ghdat, car les berges de l’oued sont trop raides pour que nos chameaux chargés puissent atteindre l’oued et le traverser. L’érosion de l’oued en crue des pluie d’orages sur cette partie à « mangé » l’ancien chemin taillé sur la pente de terre raide. Les habitants nous déconseillent de traverser l’oued avec les chameaux. Addi râle du grand détour (15 km), alors que le chemin est juste en face.
Le chameau « hamiche » boite, il a une douleur à une patte avant. Nous avons déchargé sont « chouari » (double panier) pour qu’il marche léger et récupère plus vite.
Dans les grandes traversées nous avons toujours un ou deux chameaux de plus, car nous serions vites coincés si un chameau ne pouvait plus avancer. « Hamiche » est le chameau préféré d’Alice Morrison qui a traversé tout le Maroc durant 7 mois et demi et
finit le 28 octobre 2021. Alice lui gardait toujours ses peaux d’oranges et morceaux de pain. Assez rusé « Hamiche » s’approchait délicatement et attrapait l’orange en cours d’épluchage et Alice lui offrait la peau. Meilleure entière !
Les blés sont mûrs et les premiers moissonneurs bien courageux avec leurs faucilles toutes fines, courbés, effectuent mécaniquement des gerbes.
La piste remonte sur les collines et nous effectuons le bivouac à l’entrée de la bourgade de Tourma, pour éviter de traverser le village en pleine activité en milieu de journée.
Demain matin à l’aube sera plus facile.
6 heures 20 mn de marche et 28 km, stop pour aujourd’hui.
Nous ramenons quelques bidons d’eau d’une ferme. Nous pouvons laver un peu de linge dans un seau, cela sentira un peu moins le « fauve » au repas ce soir !

Jour 8

Nous traversons Touama et nous marchons 200 mètres sur la route nationale reliant Marrakech à Ouarzazate, pour prendre une piste plein Ouest au travers des collines du Piémont cultivé.

Ce matin festival de chants d’oiseaux, de papillons, de couleurs, de verdures, de blé dorés et fleuris. L’oued Zat est abondant, l’eau froide et laiteuse, vient des neiges fondues des sommets de l’Atlas. Les « séguias » (canaux d’irrigations) serpentent entre les jardins et oliveraies. Cognassiers, vignes, abricotiers, amandiers, verveine. Un jardin d’Eden au pied de l’Atlas. Joie de la campagne vivante, douceur après la traversée de l’Atlas.

Bivouac dans une oliveraie centenaire à côté du village de Tidili Mesfioua altitude 1000 mètres. 5 heures 30 mn de marche, environ 25 km.

Sieste sous les oliviers sur un tapis d’herbes verte. Je dormirai 2 heures !

Fin d’après-midi toilette « Ouijane » pour les chameaux. Ils apprécient ce shampoing anti mouches. Nous profitons également de ses bienfaits.

Le voisin généreux nous apporte un grand plateau, soupe de blé, huile d’olive rarement aussi fruitée, tajine d’agneau fondant sur lit de pois chiche au citron confit, chpakia maison au miel. Merci Si Abdelaziz et madame.

Le ciel est couvert, s’il pleut la nuit nous étendrons une bâche plastique sur la tente.

Nous espérons la pluie, la nature et les habitants en seront tellement ravis.

Jour 9

Cette nuit une pluie de bruine. Je dormais tellement profondément que je n’ai rien entendu ni senti. A 3 heures mon sac de couchage était trempé. La température était douce.

Nous avons mis la bâche plastique sur la tente cuisine où dormaient les 2 garçons. Je me suis glissé à l’abris.

Départ 6 heures 15 mn.

La nature recouverte de millions de gouttelettes de cette pluie fine, les oiseaux chantent la vie. La végétation nous envoie ses essences d’après pluie. Odeurs de mousses, de champignons et autres essences se dégagent.

Le ciel couvert est même agréable. Nous venons du sud de l’Atlas il est si rare de marcher sous un plafond nuageux chargé ! Douceur fraîche.

Nous marchons sur le piémont entre 1200 et 800m, sur une sorte de plateau vallonné au pied des pentes de l’Atlas et avant les plaines, où je n’ai jamais marché. Je découvre. Pistes et sentiers serpentent entre les cultures de « boughr » très abondantes grâce aux pluies généreuses de l’hiver et du printemps.

Nous coupons régulièrement des oueds qui coulent de l’Atlas. La végétation qui se trouve sur les 2 rives, jardins, oliviers, fruitiers, l’équivalent des palmeraies du sud avec une végétation feuillue.

La grande découverte aujourd’hui est l’ancienne citadelle de Tasghimout que j’ai repéré sur la carte et recherches sur internet. Cette ancienne citadelle s’avère un site historique unique et si peu connue.

J’ai laissé les chameaux au pied de cette montagne tabulaire et durant une heure 30 mn j’ai parcouru ses ruines, morceaux de remparts imposants, d’une porte d’accès à la citadelle, de pièces de garde voûtée et sites d’observations.

Un plateau immense à 1200 mètres d’altitude. Environ 2 km / 1 km, incliné et en légère cuvette, entouré de pentes raides terminées par endroits en falaises, avec sur le tour une muraille – rempart en pisé et en pierres d’un mètre d’épaisseur.

Ce site aurait été utilisé dès le néolithique. Puis les Almoravide au début du XIIeme siècle sous le règne du Sultan Ali Ben Youssef aurait bâti cette citadelle sur cette forteresse naturelle.

Cela lui aurait permit de résister à un long siège face à l’offensive des Almohade, car le plateau est cultivable et il y a une source.

Du plateau au distingue dans la plaine Nord ouest Marrakech à environ 35 km.

Ce site historique d’importances majeurs nécessite une restauration pour éviter que les restes de fortifications ne s’effondrent, avec des voûtes, des pans de murs en pierres. Un grand travail d’archéologie. Une mise en valeur

avec un musée racontant l’histoire détaillée de cette citadelle. Des guides historiens pour découvrir le site et l’histoire de ces Berbères d’origine Sanhadja.

Tout cela créerait une véritable économie pour les villages avoisinants, vue la proximité de Marrakech.

Le tourisme doit se ré-inventer. Il ne s’agit pas de tout mettre à plat, mais d’ouvrir de nouvelles pistes d’intérêts culturels, scientifiques, historiques, archéologiques, sportives, avec des séjours plus longs, plus garnis.

Je rejoins la caravane, Brahim et Addi ont trouvé un espace non cultivé pour que les chameaux broutent.

Nous trouvons d’anciens chemins.

Nous sommes arrivés cet après-midi au bord de l’oued Ourika et de sa vallée très connue des Marrakchis. Jardins et immense oliveraie.

Pas facile de trouver un lieu pour bivouaquer avec les chameaux. Les gens ici nous voient comme des nomades, et les nomades ne sont pas bien venus. En général quand ils voyagent, leurs chameaux arrivent en premier et quelques jours ensuite soit d’immenses troupeaux de chameaux où des troupeaux de brebis et chèvres. On peut comprendre la crainte pour tous ces beaux jardins cultivés.

6 heures 30 mn de marche pour la caravane, soit environ 27 km. L’allure aujourd’hui était moins rapide, le terrain accidenté, les chameaux un peu fatigués, et nous aussi ravis d’arriver à l’étape.

Les enfants viennent voir les chameaux, les plus grands pour un selfi.

Le tonnerre gronde sur l’Atlas, le ciel est bien noir.

Activité agricoles de fin de journée, les moteurs des pompes marchent encore en échos, puis s’arrêtent d’un coups. C’est l’heure de la rupture du jeûne.

Les grillons font leur apparition.

Jour 10

Les nuages noirs d’hier soir se sont transformés en rosée.

Cette matinée nous offre une luminosité exceptionnelle, au pied de l’atlas et du Toubkal et sa crête liserée de neige.

Nous traversons les jardins ouest de la vallée de l’Ourika jusqu’à l’oued Yssil au village Sidi Bouzguia.

Étape la plus courte depuis notre départ de Ouarzazate, nous arrivons à 9 heures 30 mn.

15 km.

Nous sommes accueillis chez Karine et Ahmed dans leur jardin oliveraie. Un espace est réservé pour les chameaux où l’herbe est abondante.

Grand repos pour tous. Lessive, douche, sieste même pour les chameaux !

Leur fils Ilyan a traversé il y a 2 ans avec l’équipe de Désert et Montagne Maroc, Ali et 5 chameaux de Tagounit à l’oued Chbika.

Il avait traversé auparavant à pied de Tanger à Tagounit. Idée d’un magnifique rêve de cet adolescent, rêve réalisé avec détermination, patience et volonté. Un bel exemple.

https://www.desert-montagne.ma/ilyan-traverse-le-desert-du-draa-depart/
Sur FB: Le voyage d’Ilyan

Où Ilyan décrit régulièrement une journée de son voyage.

Nous ne verrons pas Ilyan, il est en France cette année où il poursuit ses études.

Milieu d’après-midi nous aurons la visite de ma fille Salma, mon beau fils Hamza et leur fils Layth qui habitent à Marrakech.

Layth découvre les chameaux pour la première fois, et ravit de retrouver son Papy, et moi l’un de mes petits fils.

Fin d’après-midi séance de cautérisation de la saule avant droite du chameau « Hamiche ».

C’est ainsi que les nomades soignent leurs dromadaires, en application de graisse fraîche avec un métal chauffé. Bravo Addi pour la technique. Espérons que d’ici 24 heures la méthode aura permit à la saule de désenfler. Il marchera demain encore déchargé.

Journée bucolique au milieu de notre traversée vers l’Océan, sur les anciennes routes des caravanes.

Demain direction Talmsloth, puis le désert d’Agafay.

Jour 11

Après cette douce halte repos, famille, douche et lessive nous reprenons notre chemin à 6 heures ce matin pour sortir des jardins.

Nous croisons des bergers et des bergères avec des petits troupeaux de 20 où 30 brebis, parfois seulement 5 bêtes. Nous sentons la campagne pauvre des petits éleveurs et des petites parcelles. Paradoxalement se trouvent d’immenses propriétés d’oliveraies et de céréales. Nous longeons même une propriété résidences sur un golf dont on aperçoit un petit lac (artificiel) dans le vallon d’un gazon. (Pas très écologique). Un gros tracteur aménagé de panneaux tondeuses à gazon sillonne la propriété. Normalement les nouveaux golfs utilisent l’eau recyclée des égouts de Marrakech pour arroser les gazons, ce qui est intelligent.
Le débat est vaste sur l’intérêt à long terme de ces grands grands complexes. Il n’y a pas de pétrole au Maroc, il faut trouver des alternatives au développement et à l’emploi. Nous devons trouver des solutions au gaspillage. La végétation des plantes arides est plus adaptée aux lieux secs.
Le charme du jardin Majorel à Marrakech et de ces plantes et cactus exceptionnels montrent bien qu’une alternative à la beauté et à l’écologie est possible.
Tous ces facteurs sont à prendre en compte. Il faut trouver l’équilibre car les ressources en eau vont devenir un réel problème. Le Château d’eau de l’Atlas nous offre déjà beaucoup.
Nous suivons maintenant un grand canal d’irrigation, marchant des kilomètres sur le bord d’une petite route. Délicat pour les chameaux, apeurés quand un véhicule arrive. Trois d’entre eux peuvent effectuer un écart brusque. Nous devons les surveiller et anticiper.
Le départ tôt ce matin nous a permis d’éviter le plein trafic routier de début de journée. Une prochaine fois nous traverserons quelques kilomètres plus au nord pour utiliser des chemins plus adaptés aux dromadaires et à la marche.
Nous sommes arrivés au bout du canal, la plaine devient aussitôt aride.

Nous atteignons Talmsloth point stratégique sur les routes des caravanes.
Nous traversons au sud de ce grand village, directement sur la Zaouiat et la forteresse et du palais en ruine.
En 1520, Moulay Abdellah Ben Hussein fut le fondateur de la Zaouia Soufi où s’installera également une branche Gnaoua. Talmsloth sera également un grand lieu de pèlerinage important dans la région de Marrakech. Ben Hussein construit un château dont la hauteur de ses murs en pisés, de ses toitures de tuiles vernissées vertes, encore assez bon état, attestent de son degré d’importance sur la région et sur les tribus du versant nord de l’Atlas.
Cette bourgade est animée chaque vendredi par un marché, l’un des plus important de la région. De nombreux artisans travaillent le bois, des tailleurs, des potiers de terre cuites traditionnelles. La région est cultivée principalement d’oliviers, plusieurs huileries traditionnelles fonctionnent à l’automne et l’hiver.
Nous avions hésité avec Zineb il y a une trentaine d’années à nous installer à Talmsloth, son charme nous avait séduit. Puis nous nous sommes dirigés vers Ouarzazate sans regret.
Nous dépassons Talmsloth et rentrons dans la zone du désert d’Agafay, plaines vallonnées de terre et de cailloux.
Nous installons le bivouac dans une cuvette avec un pâturage suffisant pour les chameaux. Dix minutes après arrivent 3 bergers, inquiets de nous voir monter la tente. Ils craignent de devoir partager leur territoire avec les nomades que nous sommes. Ils sont peu convaincus que nous marchons comme cela de Ouarzazate à Essaouira et nous demandent quand un camion chargé de brebis va arriver ?
Le chameau « Hamiche » boite encore, peut-être légèrement moins qu’hier.
Nous avons marché 6 heures 30 mn.
Nous sentons le changement de terrain,
la marche sur le macadam puis les cailloux nous a chauffé le dessous de nos pieds, et nous ressentons les 33 km parcourus aujourd’hui.
La sieste rituelle est bien venue sous la tente montée avec les bords relevés pour que l’air circule.

Étape 3

Talmsloth – l’Océan

Jour 12

Nuit douce.

Sous un plafond nuageux, plein Ouest nous traversons Agafay, collines vallonnées arides et usées à 700 mètres d’altitude. La terre est pauvre, blanche, parfois recouverte de cailloux ronds assez gros.

Quelques habitats isolés et azibs en terre claire se fondent dans le paysage. Nous croiserons plusieurs petites sources où poussent  quelques lauriers roses, un palmier, parfois quelques des oliviers. Ces collines sont parcourues par des bergers arabes aux chapeaux de paille débordants, ce qui nous laisse imaginer la chaleur l’été. Ils ont des petits troupeaux de brebis. Ce territoire à du charme à 30-40 km de Marrakech.

Pierre-Yves que je connais depuis 20 ans est venu à notre rencontre à 5 heures 45 mn ce matin. Je l’avais prévenu de notre départ habituel à 6 heures. Nous terminons de charger les chameaux.

Pierre-Yves habite un petit village derrière la colline où nous avons établi notre bivouac. Il est venu s’installer dans ce secteur en 2013. Séduit par le charme de ce désert il a imaginé un bivouac avec des tentes très confortables, une sorte d’hôtellerie sous toile pour profiter paisiblement des lieux et se ressourcer. Après une bonne heure de marche nous arrivons au bivouac « Terre des Étoiles ».

Dans ce désert aride Il a réussit avec la permaculture à faire pousser des plantes, sous une vigne un jardin, des salades, de la menthe et des herbes aromatiques. Deux retenues d’eau servent à l’arrosage de cette ferme – bivouac et en même temps de petites piscines.

Des chevaux, quelques dromadaires et des VTT permettent de découvrir cet environnement en douceur, ainsi qu’à pied. Un ensemble de tentes très soignées. Le lieu est parfaitement réussi. Tentes salons – restaurants, espaces repos, pour ceux qui veulent vivre une expérience d’un week-end différent.

Une multitude de bivouacs plus où moins de lux sont venus quadriller ce désert avec des organisations de balades en quads et de fêtes privées.

Le même phénomène qu’à Merzouga, où il n’est pas géré cette préservation de la nature et du site. Très dommage car « l’industrie du tourisme » n’empêche pas la préservation de ces équilibres fragiles, c’est le cas des parcs Nationaux.

Notre chameau « hamiche » boite toujours et nous craignons que sa saule continue de l’handicaper. Pierre-Yves nous propose de le garder en pension dans un enclos de « Terre des Étoiles ». Le mieux est le repos. Notre camion au retour de la traversée viendra le chercher.

Nous avons quitté les pistes et nous parcourons ces montagnes de Timrar par les sentes des bergers. Le terrain devient accidenté avec des petits ravins abrupts à passer, ce qui est difficile pour les chameaux chargés.

Nous établissons notre bivouac sur un replat proche de l’ancien cimetière du douar Tidrar après 6 heures 30 mn de marche effective, et environ 24 km aujourd’hui.

Jour 13

Nous sommes réveillés vers 23 heures 30 mn, par le bruit d’un véhicule à moteur diesel assez bruyant qui se gare de l’autre côté du ravin les phares dirigés vers nous. Des hommes en sortent et descendent dans le ravin dans la nuit noire pour remonter vers nous, s’éclairant d’un portable. L’un costaud le plus âgé portant une bavette noire. Il a dans sa main une louche en bois massif de plus d’un mètre de long. Ces louches utilisées dans les fêtes pour servir la sauce du couscous et attraper les légumes. Le second plus jeune est plus mince. L’homme à la louche est énervé et veut savoir ce que nous faisons là, d’où nous venons et où nous allons. Il a été alerté par un village précédent qui a vue passer une caravane avec des chameaux. Ils pensent que nous sommes des voleurs.

Il nous faudra vingt minutes pour les convaincre que nous sommes simplement des voyageurs à pied en route vers l’Océan. Il nous invite à dormir dans une maison, ne comprend pas pourquoi les garçons dorment sous la tente et moi dehors sous les nuages. En repartant l’homme plus jeune reprend dans sa main un grand gourdin en bois qu’il tenait dans son dos coincé dans sa ceinture.

Nous sommes installés proche d’un ancien cimetière probablement d’une époque où le village n’existait pas, un cimetière pour les nomades arabes.

Hier en passant devant j’ai fais le détour pour aller voir ce petit bâtiment en pierres sèches très bien monté, aux murs bien conservés, j’ai pu apercevoir à l’intérieur un trou rectangulaire d’un mètre 20 cm de profondeur.

Trou creusé par des voleurs de trésors. Hier soir j’ai fais immédiatement le liens en voyant l’homme à la louche.

Dans les temps anciens les tribus qui volaient les caravanes chargées d’or où de pièces de bronze et d’or, les cachaient souvent dans des cimetières où des lieux de sépultures, que personne ne toucherait car sacré.

Les brigands en question étaient souvent reliés à des marabouts pratiquants la magie noire et installés dans la région sud du Sous (région d’Agadir) qui conservaient dans des registres les lieux où étaient cachés ces caisses de trésors.

Il y a plus de 35 ans j’étais témoins d’un vol de ces trésors qui font rêver les gens et alimentent les conversations des longues nuits d’hiver.

J’étais venu rendre visite à mes amis nomades à Tamda (au nord de Bougmez), à 2600 mètres d’altitude où s’arrêtent les nomades Ait Atta lors de leur transhumance de printemps. Le campement de la famille Ben Youssef était installé juste derrière une colline où se trouvait un ancien cimetière. Une piste difficile passait juste au pied. J’étais avec Ami Boha en train de garder son troupeaux.

Deux jeunes « Soucis » à leur accent, sont arrivés sur cette piste difficile avec une R16 noire juste après le coucher du soleil. Ils expliquent à Ami Boha qu’ils iront demain à Bougmez et fatigués ils souhaitent passer la nuit ici. Ils ont sorti du coffre une petite bouteille de gaz, une gamelle, deux couvertures. Ami Boha leur a amené un morceau de pain « oufdighr » cuit sur les pierres et un bol de beurre de chèvres. Ils lui ont ensuite demandé des précisions sur le nom d’une montagne assez proche, puis du lieu où nous étions.

Au petit matin Ami Boha m’appel alors que je dormait encore sous sa tente nomade. A 400 mètres derrière la petite colline où se trouvait le vieux cimetière un trou rectangulaire profond de 80 cm laissait la trace de la caisse volée. Étonnant partout dans le cimetière des grains de riz. Ami Boha m’explique qu’en lançant à l’horizontal ces grains de riz ils se rassemblent et indiquent le lieu précis du trésor recherché. Effet d’électrostatique ?

Les traces de pneux de la R16 montrent qu’ils ont fait demi tour et dévalé la piste cahotante chargé de ce trésor vers Ait Mohamed. A l’époque le téléphone gsm n’existait pas.

Lors de mes traversées dans le désert et l’Atlas j’ai pu constaté plusieurs fois ce type de pillage, souvent dans des anciens cimetières parfois dans des tumulus, laissant des trous béants.

Nous nous rendormons paisiblement avec le bruit de fond du moteur diesel qui disparaît.

Cette louche de bois massif me rappelle un fait vécu. Ce post étant déjà très long, voir sur la page du site Désert et Montagne Maroc la suite, « Aranja ».

Le ciel encore couvert ce matin nous gravissons le ravins pour rejoindre le plateau. Le cheminement est compliqué car le sens des collines est perpendiculaire à notre sens de marche, n’ayant pas la carte de cette zone je ne trouve pas de chemin. Les deux bergers croisés ce matin nous confirment qu’il est mieux de rejoindre la petite route qui prend notre direction l’Ouest.

Depuis hier ces collines sont très sèches. Il n’y a pas eu de pluie depuis longtemps, les quelques « Imondis » (cultures sèches), ne font que 30 cm de haut. Nous rejoignons le bord de la grande plaine entre Chichaou et Imin’tanout. De grandes fermes, d’agrumes, abricotiers, oliviers, vignes, poussent grâce à l’arrosage venant de puits profonds. Les parcelles non irriguées sont complètement sèches. Triste ces grands oliviers desséchés.

Notre bivouac installé proche de la bourgade de Mejjat après 6 heures 30 mn de marche et 32 km.

Après une petite sieste je pars au village à 30 mn à pieds faire un plein de courses fraîches. Pain, crêpes, légumes, fruits dont des jolies fraises et du melon au parfum généreux. Un gigot d’agneau. Il faut bien se gâter un peu, les garçons marchent si bien et font leur possible pour que nous arrivions assez vite à l’Océan. Trouvé avec difficulté un sac d’orge pour les chameaux.

Je rentre avec un triporteur cahotant dont le chauffeur Mohamed bien sympathique fera un détour sur le trajet pour me montrer le départ de la piste pour demain.

Le mythe de « Tislit n ARANJA »

Aranja (en berbère du haut Atlas), est la grande louche de bois.

J’ai habité à Bougmez il y a une trentaine d’années. Lors des grandes sécheresses des processions s’effectuaient avec les enfants et adolescents garçons et filles du village.

Une grande louche de bois en noyer massif était habillée comme une fiancée, avec sa robe colorée et son foulard rouge recouvrant son visage. « Tislit’n aranja »

Cette procession offrait cette fiancée à la pluie. Effectuant le tour du village au son des tambourins et des chants des enfants, comme pour célébrer ce mariage. Frappant à la porte de chaque maison et quémandant quelques « réals » (manière ancienne de compter l’argent, unités x 20. Encore en pratique dans les campagnes).

En cette occasion était décidée une prière collective dans le village où la vallée invoquant Dieu tout puissant.

Parfois quand la sécheresse s’étendait sur tout le pays c’était une demande du souverain un vendredi précis. J’ai pu constaté que, hasard où pas, la pluie arrivait souvent après.

Jour 14

Le ciel est très couvert. L’itinéraire que nous découvrons est agréable, les pistes s’enchaînent dans la bonne direction, plein Ouest. Nous traversons de vastes étendues cultivées. Les oliviers sont entrecoupés ce matin d’abricotiers aux fruits presque mures, de grenadiers aux fleurs rouges, de pastèques à peine formées de la taille d’un petit melon. La moisson s’effectue à la main car peu de densité dans les cultures « boughr ». Hommes et femmes le dos courbés effectuent des gerbes de blé dorés.

L’itinéraire nécessite maintenant des détours de grandes parcelles sur des kilomètres.

Les premières gouttes de pluies nous obligent à couvrir les bagages de bâches sur les chameaux.

Il faudra une heure pour trouver un espace de bivouac, suffisamment loin des cultures pour éviter le risque que nos chameaux grappillent dans les champs où les oliviers, juste après le village de Saidate.

A peine les chameaux sont déchargés quelques grosses gouttes reviennent. Nous montons la tente juste avant la pluie, le temps de tout rassembler et glisser la bâche plastique pour la 2ème fois de la traversée. Une forte pluie de 1 heure 30 mn. Nous nous écroulons sur les nattes pour une sieste au sommeil profond.

7 heures de marche, environ 32 km, altitude 540m.

Nous cherchons de l’eau à la première maison.  La pompe est actionnée par un moteur de Renault 18 alimenté au gaz. Morouane nous explique que c’est le système le plus économique qu’il a trouvé pour pomper à 140 mètres de profondeur. Je comprend mieux pourquoi certaines parcelles sont abandonnées, les arbres morts devant un investissement trop lourd. Chaque année la nappe descend de plusieurs mètres et pourtant la plaine est assez proche de l’Atlas. Ce réservoir durera t-il longtemps face à une demande agricole grimpante et pas forcément ciblée ? Un véritable problème hydrique se prépare dans les prochaines années même si le goutte à goutte est installé presque partout.

Ce soir 3 gamelles de harira sont offertes par nos voisins, avec un délicieux jus de betterave et carottes fraîches, les vitamines qu’il nous faut ! qu’elle gentillesse. La soupe préparée par Addi sera pour les chameaux avec du pain sec trempé.

Nous enfilons les djellabas de laine, la pluie a amené la fraîcheur.

Jour 15

J’ai dormi dans la tente tellement l’humidité était importante, les éclairs illuminaient encore le ciel à l’Ouest. La terre a été bien mouillée. C’est une joie pour la nature, les agriculteurs, et les éleveurs.

Nous empruntons une trace de vélos et mobylettes repérée hier par Brahim en gardant les chameaux. Traces qui forme un chemin  comme on en voit dans désert utilisées par les bergers.

Nous sortons enfin de cette longue plaine en traversant l’oued Bouanfére. Un agriculteur nous indique un pont agricole qui enjambe l’autoroute. Effectivement crottes de moutons et traces d’ânes. Qu’elle chance. Nous avions repéré un autre pont où le trafic routier était rapide, ce qui est délicat voir dangereux pour les chameaux apeurés par les vrombissements des moteurs des camions.

Nous retrouvons les étendues arides.

En traversant le village de Ouled Chinane nous nous approchons d’un puits car les chameaux ont soif,. Hier ils buvaient l’eau d’écoulement de la pluie sur la bâche qui protégeait la tente.

Un shibani à la barbe blanche à l’allure Saharoui nous interpelle et nous invite à rentrer dans sa coure où un abreuvoir est installé. Il ouvre le robinet et les chameaux boivent. Cet homme nous demande d’être prit en photos avec ses garçons devant les chameaux. Il explique qu’enfant son père achetait le charbon de bois aux caravanes de chameaux chargées de « L’fagh » venant du Haha (sud d’Essaouira) et allant à Marrakech. Cela remonte à 50 ans. Il nous indique cet ancien chemin des caravanes que nous suivons. Effectivement borné de cailloux alignés marquant le passage et assez large pour que les caravanes chargées se croisent sans empiéter les cultures « sèches » de céréales.

Au long de ce chemin les moissonneurs arrachent l’orge à la main, récupérant ainsi la racine et plus de fourrage pour leurs bêtes. En discutant avec l’un d’eux il est ravi de la récolte, pourtant bien maigre.

Nous atteignons le village de Rimal Al Khenig, construit sur un col à 580 mètres d’altitude, répartis en 3 où 4 hameaux avec chacun leur mosquée. Une falaise circulaire protège naturellement le village ainsi qu’une ruine de rempart en pierres en complément. Je suis interpellé par 4 coupoles qui apparaissent sur la croupe rocheuse en haut du cimetière.

Le village en pente nous le dépassons de 500 mètres pour installer notre bivouac sur le replat du terrain de foot.

Étape de 6 heures 30 mn de marche, environ 30 km.

Après la sieste rituelle, je repars vers ce village

qui m’intrigue pour 3 choses:

  • La beauté des murs de pierre et cette disposition circulaire de ces villages groupés.
  • Ces nombreuses coupoles.  Je m’approche de la plus grande coupole et je constate que ces tombeaux sont construits à l’intérieur d’un très ancien cimetière entouré d’un mur de pierres avec une porte de fer. Après les salutations de coutumières je demande s’il est possible de visiter le marabout du Waly Saleh Sidi M’bark Mallouk (nom donné par le vieux bergers rencontré à côté du bivouac). En première réponse l’homme me répond que non. Lui expliquant que je voyage à pied sur la route des anciennes caravanes et des Marabouts, il me répond vas y, tu pousses la porte. Je trouve à l’intérieur plusieurs personnes dont un homme avec une grande barbe devant le tombeau de Sidi M’bark. Tu peux visiter me répond-il. Je rentre dans le marabout à l’architecte épurée. J’aime ces lieux où il s’est passé tant de choses et couvertes de mystères. L’homme me confirme que je peux faire la visite de tout le cimetière. Il y a 100 coupoles dont plusieurs écroulées tellement anciennes. J’arpente lentement ce cimetière en pente en empruntant les sentiers qui permettent de rejoindre les différents étages. Effectivement les marabouts sont très nombreux. Je n’ai jamais vue au Maroc une telle concentration de marabouts sur un même lieu. Je ne reste pas trop longtemps car un groupe d’une trentaine de femmes sont à la porte d’un marabout et à leurs regards je sens que je dérange. Je repars et découvre plus bas du cimetière au loin un groupe d’hommes. Il y a sûrement eu un décès où une procession particulière. Je ressors du cimetière. Je m’assois sur une pierre plate à côté d’une autre porte d’accès. Un homme me confirme l’enterrement aujourd’hui d’un homme de 70 ans.
  • 3ème énigme est le nom du village « khenga » nom que j’ai trouvé uniquement dans la zone saharienne de Tantan, Layoune et sud. Jamais ailleurs au Maroc ce nom n’est employé. Brahim me le confirme. C’est le nom donné spécifique pour appeler au Sahara Marocain un « passage » dans un plissement rocheux vertical d’une hauteur de 100 -200 mètres. Une sorte de porte naturelle où la rivière lors des orages peut s’écouler et qui sert de passage également. Unique dans cette région.

A mon retour de ces visites un homme m’accompagne en marchant rejoignant sa maison à côté de notre bivouac.

Je le questionne sur toutes ces mystères. Nordine m’indique que son grand-père avait été un de ces Waly.

A la sortie du Khenga il me propose un détour pour aller visiter une grotte. On y rentre en posant mains et genoux au sol par une sorte de petite fenêtre taillée au carré. À l’intérieur une grotte naturelle avec une belle salle. Il m’explique que la grotte était habitée avant l’édification du village. Il aurait trouvé en fouillant le sol des morceaux d’os étranges n’ayant pas la consistance d’os humains.

A l’heure du F’tor il nous apporte une délicieuse soupe de blé au lait et un bol des premiers abricots mûres de son jardin. Il revient avec 2 morceaux d’os de huit centimètres de longs et des photocopies pliées en huit de documents anciens sur son village, que Brahim déchiffre. On y parle d’une partie de la généalogie dont l’un des premiers Waly serait venu du Sahara et de la Séquia Al Hamra. Ce qui confirme le nom Saharaoui de « Khenga ». Une autre Waly serait venu de Fés. Cette Zaouia où l’on a enseigné le Coran durant des générations à rayonné d’importance dans la région.

Il est indiqué que l’origine du plus ancien marabout serait l’année 1440.

Une journée de découvertes qui embellit notre traversée sur ces routes anciennes.

Jour 16

6 heures 20 mn la caravane marche.

Depuis 5 heures 30 mn, nous entendons le trottinement de groupes d’ânes, leurs sabots raisonnent sur les cailloux. Les voix d’hommes et de femmes qui discutent depuis leurs montures s’entendent de loin à l’aube. Ils sont en route vers immenses parcelles de « boughr » recouvrant les collines que nous traversons.

Ces moissonneurs arrachent l’orge à la main et déterrent la racine. La tige est courte 30-45 cm, espacées, de gros cailloux sont partout dans les champs. S’ils retiraient ces cailloux la terre s’envolerait de ces collines ventées. Le tissus végétal est pauvre.

Très agréable de se rapprocher de ces hameaux et villages, du monde partout dans les champs. Les vaches aussi sont aux champs à côté des moissonneurs ainsi que leurs jeunes enfants qui jouent.

Ici on ne moissonne pas en réservants des ouvriers moissonneurs comme dans les plaines de Tanant, Azilal. C’est en famille que l’on moissonne ces immenses parcelles. Quel courage. La nécessité crée l’énergie. Les personnes que nous croisons sont joyeuses. Les femmes nous demandent d’où l’on vient. Ouarzazate, cette contrée qu’elles ne connaissent pas. Certains bergers entant jeunes sont allés travailler à Ouarzazate, à Zagora.

Nous croisons un magnifique collége flambant neuf équipé de panneaux solaires. Quelle joie de voir ce bâtiment au service de l’instruction au milieu de ces collines arides et reculées. Aujourd’hui dimanche il est vide.

Nous sommes dans l’arrière pays d’El Mokhtar, connu il y a quelques années encore avec ses taxis Peugeot 404. Nous les apercevons ces anciens taxis d’une autre époque, recyclés et qui carburent au gaz et des Renault 12 qui se faufilent sur les pistes reliant ces fermes et villages isolés.

Au souk Sbit Kourimat achat d’orge pour nos chameaux.

Les oliviers réapparaissent dans le « boughr ». Le climat change. Les brouillards et l’humidité Océaniques suffisent pour leur développement. Quelques installations avec réservoirs et goûtes à goûtes, dont la verdure jaillie dans ces espaces cramés par le soleil.

Au pied d’une colline au lieu dit Ouled Mahamagh, nous plantons notre tente sur un espace collectif et caillouteux où paissent des petits troupeaux de brebis. Lieu assez vaste pour que nos chameaux ne grappillent pas les oliviers et cultures. Brahim et Addi se relaient pour s’en assurer.

6 heures 20 mn de marche, 29 km parcourus. Altitude 700 m.

Jour 17

Brume marine et humidité ce matin. Le plafond nuageux est très bas.

Nous trouvons un excellent chemin sur un plateau agricole dont les parcelles sont immenses, la terre est très riche. Orge, blé, et oliviers poussent allègrement.

Nous croisons quelques hommes sur leur âne en amazone partant au souk, tous portent une djellaba de laine. Les premiers hommes que nous voyons dans le milieu agricole à porter la bavette. Quel contraste dans le lieu où nous nous trouvons.

Ce plateau agricole se termine brusquement par une colline très aride, caillouteuse. Quelques bergers et leurs moutons qui paissent des herbes courtes, déjà sèches et rouge, comme ces plantes qui annoncent l’automne. La brume marine doit les faire pousser, nous sommes à la fin du cycle.

J’effectue un détour sur le chemin de la caravane. Je suis intrigué par un énorme tumulus (amas de grosses pierres sur un diamètre de 20 mètres / 10 m., et 2 m. de hauteur) je n’ai jamais vue de tumulus dans cette région. De près je confirme qu’il s’agit d’un tumulus géant. Ces tumulus datant de plus de 3000 ans, avaient plusieurs fonctions. Lieux de sépultures, de tombeaux mais aussi des repaires sur les grands itinéraires sahariens très anciens, qui traversaient toute la partie Est du Maroc, de la zone Orientale reliant la zone du Dràa, l’oued Chbika, Smara, Sakia El Hamra.

On les trouves sur des cols et des lieux un peu surélevés, permettant d’être vue à des kilomètres et d’annoncer le passage qui se voyait même de nuit quand le ciel est lumineux d’étoiles où avec la lune.

Je constate quatre lieux de fouilles de ce tumulus dont un bien profond. Que cachait ce tumulus ?

Nous rencontrons sur la piste caillouteuse une Renault 12 en panne. 3 hommes en train de réparer le moteur. Le coffre ouvert, nous pouvons distinguer 2 bouteilles de gaz qui alimentent le moteur par un tuyau en caoutchouc.

Nous traversons ce plateau valloné, et nous apercevons le premier chameau dans la cour de la ferme. Ici le nom du chameau c’est « Aghame ». Dans le région de Ouarzazate – Dràa son nom est « Alghoum ».

La descente du plateau est raide. Nous traversons la première zone de forêt d’arganiers. Cet arbre endémique au Maroc « Argania spinoza ». J’en parlerai demain.

Nous arrivons dans une vallée où l’oued coule légèrement, probablement toute l’année au vue de la végétation luxuriante. Au long de cette vallée – oasis, assif Ait Bayout, des petits villages. Maisons – fermes au caractère bien du Sous, murs de petites pierres dont le tour de la porte principale est blanchit à la chaud. Souvent une pièce carrée à l’étage aux fenêtres très basses à 20 cm du sol. Autrefois on vivait assis au sol. Le salon où sont disposés sur une natte en osier quelques coussins pour se caler le dos. Ces fenêtres très basses était le petit courant d’air idéal, mieux et plus agréable qu’une clim pour faire la sieste au retour des travaux des champs, partager le repas les jours de grande chaleur.  Se transforme en salle à coucher en déployant une ou deux couvertures en guise de matelas.

Nous découvrons un véritable jardin d’Eden où poussent d’immenses arganiers et oliviers centenaires, amandiers, figuiers, caroubiers,

grenadiers, vigne grimpant très haut sur les arbres. Nécessité d’être très agile et svelte pour récolter les fruits. Nous croisons quelques personnes qui moissonnent. Des enfants avec une fronde fabriquée en tressage de bandes étroites de palmier nains chassent les pigeons.

Les jardins sous ces immenses arbres sont mal entretenus. Une bonne partie de la jeunesse à préféré rejoindre Agadir où Essaouira pour travailler avec un salaire meilleur. Les plus anciens restés au bled et les femmes prennent soins en priorité des arbres.

Au bout d’une heure de cette joyeuse vallée,

le chemin devient difficile pour nos chameaux trop hauts avec les charges, ils passent en forçant sur les jeunes branches et feuillages. Maintenant les branches troncs nous empêchent totalement de passer. Nous essayons d’effectuer le tour des arbres. Le terrain pentu, des murets de pierres sèches instables. En vain, nous décidons de sortir de ces magnifiques jardins.

Une piste rive gauche nous le permet, qui nous conduit à une petite route. Comme le goudron n’est pas le mieux pour les chameaux ni pour nous, nous cherchons un chemin où une piste. Un homme nous indique qu’en franchissant un col sur une colline plein sud nous pourrions rattraper quelques kilomètres plus loin. Nous nous engageons, rejoignons le col. Nous nous éloignons de notre axe de marche, l’ouest. Le terrain n’offre pas de passage. Au bout de 5 kilomètres nous décidons de faire demi tour et tenter de couper par un oued caillouteux. Franchement difficile pour les chameaux et pour nous, de gros cailloux instables, des arganiers trop bas. Nous retrouvons un plateau, une sente d’ânes où de chèvres, quelques habitations abandonnées. Nous cherchons un emplacement de bivouac en vain car partout sur des kilomètres des cultures de « boughr », de beaux arganiers sur les parcelles non cultivées.

Nous décidons de rejoindre une ferme située sur le haut d’une colline et demander de l’eau.

Par l’aboiement d’un chien, un homme âgé sort par la porte entre ouverte, marchant péniblement avec une canne. Un deuxième homme un peu plus jeune arrive d’une autre ferme accolée, il porte une longue barbe grise.

Nous discutons 5 minutes, l’homme plus âgé accepte de nous donner de l’eau. Brahim barraque un dromadaire pour attraper 5 petits bidons vides de 5 litres. Puis le shibani se remet à discuter nous expliquant que bien plus bas nous trouverions un village où la qualité de l’eau est meilleure que celle chez lui.

Nous comprenons qu’il ne veut pas nous donner d’eau pour que nous soyons obligés d’aller plus loin. Brahim attache les 5 petits bidons vides et nous repartons. L’homme n’emportera pas au paradis ces 5 petits bidons d’eau. Brahim est furieux. Absolument « achouma» (indécent) de refuser de l’eau à des voyageurs fatigués.

Nous parcourons au moins 5 kilomètres. En traversant un petit hameau, Addi demande à des enfants s’ils peuvent nous amener un peu d’eau. Brahim barraque le dromadaire. Dix minutes après les garçons nous amènent cette eau précieuse dans les 5 petits bidons.

L’eau vient d’une « tanoute fi », une citerne souterraine et creusée dans la coure de la maison, se remplit avec l’eau d’écoulement des toits lors des pluies. Il existe des « tanoute fi» dans le bas des champs qui servent de réservoir pour donner à boire aux vaches et autres animaux de la ferme.

« Tanoute fi » en traduisant littéralement veut dire, « petite source remplie ». Ce moyen ingénieux de récupérer l’eau de pluie est particulier à cette région du Sous Essaouira – Agadir. On en les trouve un peu dans la zone Saharienne proche de l’Océan.

Quelques kilomètres à dévaler les collines pour trouver un espace non cultivé où les arganiers

n’appartiennent à personne. Nous sommes dans la zone du « rapt », les forêts sauvages collectives. Nous rencontrons un berger avec ses brebis qui nous confirme que nous pouvons nous installer.

Cette journée fut la plus longue depuis notre départ de Ouarzazate, 9 heures 20 mn de marche plus 15 minutes de palabres. La deuxième partie de la journée éprouvante, les chameaux devenaient nerveux car ayant trop faim. J’avais mal au dos portant un de mes appareil photo assez lourd en bandoulière.

Environ 40 km.

Nous sommes en repérage sur un terrain inconnu.

Jour 18

Matinée bucolique, nous foulons la lavande officinale, le fenouil sauvage. Rapidement remplacé par des plantes épineuses dont les fleurs fanées et les graines aux multiples picots comme des aiguilles s’accrochent à nos chaussettes.
Les oiseaux se régalent des céréales mûres. Au passage de la caravane les ânes des moissonneurs bondissent au bout de leur longe et braient leur peur à la vue de nos chameaux comme des monstres.
Les moissonneurs travaillent toujours à la main et depuis hier apparition de la faucille.
Nous passons par le village de la Zaouia Moulay Lahcein.
Attroupement autour d’une fontaine où les habitants des fermes éparpillées s’approvisionnent avec des ânes. Dans leur « chouaris » (double paniers) sont glissés deux où quatre bidons de vingt litres d’eau.
Brahim barraque deux chameaux et Addi part remplir cinq petits bidons. Une jeune fille lui offre son tour d’accès au tuyau.
Des enfants sortent de l’école joyeux et accourent en criant « Sahraouis, Sahraouis» et se rassemblent autour des chameaux barraqués.
Il est déjà midi et nous sentons la chaleur dans cette cuvette. Par la piste poussiéreuse nous gravissons un petit col. A chaque passage de colline nous espérons voir l’Océan. Pas encore. Même phénomène que lorsque l’on gravit une montagne, le sommet se fait désirer. L’air plus frais est un bon signe.
Au pied de ces collines couvertes d’arganiers d’une forêt collective, nous coupons une vallée avec un fil d’eau. Des lauriers roses et des joncs embellissent le paysage.
Sous un grand arganier nous décidons du bivouac, avec ombre et brise pour la sieste.
6 heures 20 mn de marche. Environ 26 kilomètres, notre allure était plus douce aujourd’hui.

L’arganier « Argania spinoza ».
Arbre endémique, qui couvrait autrefois le bord Atlantique jusque très haut au Maroc.
Son air de répartition actuelle s’étend d’Essaouira à Tiznit, et rentre à l’intérieur des terre jusqu’à Taliouine et l’on trouvCet arbre donne un fruit en forme de grosse olive jaune vif, dont l’odeur quand le fruit est mûr me rappelle la prune mirabelle de mon enfance.
Sa pulpe âpre n’est pas consommée par l’homme. Les animaux la mange.
On extrait l’huile à partir de l’amende. Les amendons sont traditionnellement grillés sur une poêle en terre. Puis pressés, malaxés, écrasés avec une petite meule rotative à main. Cette huile parfumée au goût noisette est exquise. Je l’apprécie particulièrement et se trouve à la maison sur notre table du petit déjeuner en alternance avec l’huile d’olive.
Il y a 30 ans nous l’achetions à 30 dirhams le litre. Aujourd’hui son prix atteint 400 dirhams le litre. Des coopératives se sont créées dans les villages et le procédé s’est modernisé.
La demande à l’étranger pour cette huile exceptionnelle à créé du travaille pour les femmes de cette région. Une belle adaptation à la modernité.
La demande cosmétique (non torréfiée) à retiré une étape dans la fabrication.
Traditionnellement les femmes de la région Haha, mais aussi au Maroc utilisent cette huile torréfiée pour les cheveux et la peau, comme l’huile d’olive pure, dont les propriétés sont très nombreuses. Zineb affectionne ces huiles pour ses cheveux.
Huile tellement délicieuse en trempant son pain dedans. Dans la région la semoule du couscous est malaxée avec un peu de cette huile parfumée et le couscous à un goût unique.
Excellente sur une salade où dans la soupe, ajouter une petite cuillère dans votre bol avant de la consommer.
Les forêts de l’Arganeraie au Maroc ont autrefois fondu avec la fabrication du charbon de bois, et la construction pour les toits plats des maisons. Interdit maintenant.
Fin des années 1990, l’Arganeraie a été déclarée par l’UNESCO première réserve de biosphère du Maroc sur une superficie de 2,5 millions d’hectares environ… L’objectif étant de gérer et conserver le système économique et écologique de l’arganier tout en développant l’économie de la région.
Belle lumière de fin d’après-midi au bivouac, avec les lauriers-roses et les joncs qui dansent avec le vent.
Une symphonie de crapauds et de grenouilles démarre 20 minutes après le coucher du soleil au top du crapaud chef.
Je m’endors avec la grande Ourse à l’envers juste en face de moi, je ferme les yeux rapidement emmitouflée dans mon sac de couchage.
Vers 22 heures quelques gouttes me réveillent à peine, je me rendors. Quand je suis bien mouillé je réveille les garçons qui dorment dans la tente. Nous glissons la grande bâche plastique sur la tente. Nous rassemblons les « tabardas » (bas des chameaux en paille) que l’on pose sur la bosse du dromadaire avant de mettre le « chouari » (double paniers tressés), que nous couvrons d’une autre bâche. Nous nous rendormons profondément.

Jour 19

Une panne de charge de batteries m’o bloqué dans ce petit journal de voyage ainsi que dans les images d’aujourd’hui. J’ai marché plusieurs heures avec un petit panneau solaire à la main pour capter au maximum un peu d’énergie qui m’ont permis de vous partager ces quelques images illustrant cette superbe journée.

Nouvelle colline d’arganiers que nous dévalons jusqu’au souk L’arba n’ Aguerd où la caravane fait une brève halte pour quelques courses. Jamais vue un souk avec 3 parkings à ânes.

Un grand souk très populaire où les habitants de cette campagne reculée viennent de toutes les directions chaque semaine pour s’approvisionner.

Addi fait quelques achats de légumes, fruits, viande et une petite bouteille de gaz.

Nous continuons sur les pistes et les sentiers d’ânes qui desservent les fermes isolées.

Nous faisons route avec les paysans sur leurs ânes chargés. L’un d’eux déjà bien âgé raconte à Addi que plus jeune il était parti à pied rejoindre en vingt jours Casablanca pour aller travailler. Il est également parti à pieds à Marrakech plusieurs fois aller retour, et une fois à Ouarzazate pour chercher aussi du travail.

Nous sommes sur ces chemins qui autre fois étaient parcourues par les voyageurs, les commerçants, les jeunes qui partaient rejoindre un horizon meilleur où simplement un petit pèlerinage vers une Zaouia.

Le grand pèlerinage à la Mecque depuis le Maroc durait une année de voyage à pieds et en caravanes.

J’ai connu quelques personnes ayant fait ce grand voyage. L’un d’eux y est retourné une deuxième fois avec sa femme. Quel engagement, quel voyage.

Nous croisons la route d’Essaouira vers Agadir où les grands taxis bleus filent à vive allure.

Nous changeons d’étage de végétation, le sol devient même sableux dans une forêt sauvage de thuyas. Arbre symbole des artisans d’Essaouira qui confectionnent une marqueterie remarquable.

J’aperçois furtivement trois « takbourghrt » écureuil de « barbarie ». Les premiers depuis le début de la traversée. Ces écureuils des rochers ont une queue rayée comme les marcassins. Très joueurs, ils se courent souvent après. Magnifique à observer aux jumelles, assis sur leur train arrière, utilisant leurs pattes avant comme des mains. Un peu l’aspect des marmottes. Ils hibernent également.

Nous traversons quelques fermes dont les murs sont badigeonnés à la chaux.

Apparition à l’horizon tout proche de l’Océan dont nous distinguons l’agglomération de Sidi Kaoky. Une grande joie.

Depuis une heure nous cherchons un espace de bivouac. Cela va devenir difficile maintenant, voir impossible car les propriétés sont closes de murs de pierres sèches dans lequel l’orge fraîchement moissonnée sèches où simplement des fermes et des maisons.

Addi demande à un homme à côté du chemin un lieu où nous pourrions nous arrêter pour la nuit. L’homme nous ouvre aussitôt la barrière de bois de sa propriété comme si nous le connaissions depuis toujours.

Nous entravons serrés les chameaux et chacun attaché à une corde car un bel arganier se trouve en haut de son terrain.

Si Mohamed nous ouvre sa nouvelle maison encore en construction où nous pouvons même nous installer à l’abri du vent pour la soirée. Quel cadeau et généreuse hospitalité pour les voyageurs que nous sommes, fatigués après 32 km et 7 heures 30 de marche.

Jour 20

Ce matin la descente vers Sidi Kaoky fût rapide, aidée par la brise dont les mouvements dans les genêts sont agréables, comme le vent dans les tamaris du désert.

Nous marchons au long d’une haie de « tikida » le caroubier. Cet arbre au feuillage foncé pousse au pied du versant nord de l’Atlas, nous l’avons trouvé dans la basse vallée du tizi’n Tellouet et jusque dans les différentes vallées jusqu’à l’Océan. J’étais ravis de trouver de jeunes plantations de tikidas dans des vergers. On extrait de l’arbre une graine en forme de fève. Réduit en poudre il est utilisé depuis la nuit des temps dans la pharmacopée et dans l’alimentation. Excellent médicament (naturel) pour les problèmes de régulation gastrique, notamment diarrhée où constipation chez l’enfant. Ne coûte pas grand chose et très efficace, m’ont souvent dit les médecins voyageurs déjà à la retraite, l’ayant prescrit toute leur carrière.

S’utilise dans la cuisine en poudre et dans la pâtisserie, goût assez proche du chocolat.

Joie de retrouver l’Océan avec les belles lumières du matin, juste la brume marine levée.

Nous apercevons Sidi Kaouki enfin !

Depuis 3 jours quand nous croisons des personnes sur le chemin et que nous demandons la route pour Sidi Kaoky, leur première réponse est « Wa-y-li », qui signifie dans cette situation « vous n’êtes pas arrivés ! ».

Nous y voici.

Marabout surplombant l’Océan, les pieds dans l’eau à marée haute. Un lieu magique. Situé sur une échancrure rocheuse au bout d’une grande plage quand on arrive du Sud, comme venant du Nord en longeant l’Océan.

J’ai connu ce lieu il y a plus de 30 ans, il y avait une petite épicerie et un café attenant et une auberge restaurant. Maintenant le lieu est prisé en été. Aux fortes affluences les parasols se touchent. De nombreuses parcelles de cultures d’orge et de maïs ont été achetées et transformées en auberges, villas pour surfeurs, maisons d’hôtes et habitations de vacances créant de l’emploi et un magnifique développement de cette région. Actuellement tout est vide avec ce Covid.

Ce Marabout est visité traditionnellement par des familles qui viennent l’été de l’intérieur des terres avec des ânes, en pèlerinage pour plusieurs jours. Dans le « chouari » de l’âne se trouve un coq où une chèvre en offrande. (Offrande dégustée par les pèlerins). En général un quart est offert au gardien du tombeau.

J’étais frappé à l’époque par toutes ces familles, une véritable ruche. En même temps lieu de villégiature et de détente familiale.

En recherchant sur l’internet l’origine de ce Saint j’ai trouvé une histoire étonnante où Sidi Kaoki pourrait-être d’origine grecque. Se confirme avec le passage de commerçants grecs à Essaouira dans une époque ancienne.

« La présence des grecs est là dans la toponymie locale: takouyt n’sidi bouzib, Ifri n’sidi bouzid (poséidon, dieu de la mer, dieu du vin). La manière de s’habiller traditionnelle des femmes avec une superposition de jupes comme pour ces statues grecque. Les chanteuses amazighes dans tout le maroc s’habillent encore à la mode grecque.

Une famille amazighe sur place qui porte ce nom et qui se dit descendre de sidi kaouki mais ne peut revendiquer l’héritage du mausolée dans la mesure où chaque chambre est construite par une tribu, on parle par exemple d’agnar, chambre à l’étage, d’ida oublal, d’ait idir. »

On distingue très bien sur les images toutes ces chambres appartenants aux différentes tribus.

Nous longeons la plage à marée basse et croisons une barque de retour de pêche, annoncée par une nuée de mouettes gourmandes.

Nous prenons le sentier grimpant sur la pente sableuse parsemée de genêts, utilisé par les habitants du village de Wassen pour emmener leurs vaches et brebis boire au puits.

Nous installons le bivouac à côté de la petite maison de Larbi et Fatima, amis de plus de 30 ans. Fidèle gardien du phare du cap Sim qui passe ses nuits à vérifier que le phare fonctionne et envoie ses signaux pour les marins pêcheurs et le trafic maritime.

L’étape sera la plus courte de la traversée, juste bien pour savourer. Repos après de longues étapes et la dernière journée qui nous attend demain.

Je ne pouvais pas passer devant la maison de nos amis sans nous y arrêter.

Comme le temps est venté aujourd’hui, nous serons plus à l’abris que dans la forêt où le sable tourbillonne.

2 heures 20 mn de marche, 8 km parcourus.

Nous prendrons le temps de regarder des photos datant de 26 ans, où je me trouve avec Larbi et Zineb. Que le temps passe vite.

Mon ami Bélaid et grand peintre dont plusieurs de ses œuvres ornent un coin de murs de Dar Daif, est venu nous rendre visite et nous avons partagé un bon moment ensemble. Bélaid peint la vie traditionnelle des souks, dont les tons bruns sépias harmonisent ses œuvres.

Nous nous connaissons aussi depuis une bonne vingtaine d’années.

Je vais visiter le très ancien marabout Sidi Haghraz, dominé aujourd’hui par le parc éolien rendant autonome Essaouira et sa région. Quelle modernité, le Maroc est devenu pionnier des énergies propres en Afrique. Bravo.

Nous partageons le F’tor en famille avec l’équipe et nous nous régalons d’un tadjine au congre.

Nous nous allongeons sur les sofas dans le salon de la maison familiale construite par le père de Larbi dont les magnifiques plafonds en bois de thuyas soutiennent les toits plats.

Jour 21

Nous surplombons l’immense baie de Sidi Kaoky, par un sentier sableux à travers la forêt clairsemée de thuyas. Des vaches de race petite à la robe noir où brun soyeux, semi sauvages, pâturent en liberté dans la forêt où sur la plage. Un peu comme les vaches des montagnes Corse.

Nous rejoignons les dunes blondes qui plongent dans l’Océan à l’extrémité du cap Sim. Le vent se lève.

Dans un balais d’élégance, les mouettes accompagnent notre caravane jusqu’au phare perché sur le plus haut de la forêt de thuyas.

Je retrouve ce phare historique avec la même fascination que la première fois il y a 30 ans. Construit par la France pour sécuriser les routes maritimes, finit d’achevé en 1917. Ce borj est fortifié pour protéger le phare car à l’époque certaines tribus n’étaient pas en accords avec ce projet.

D’une portée de 21 miles en mer (33,7 km), il fait partie des phares encore équipés des lentilles de Fresnel en verre (d’époque), disposées autour de son ampoule pour amplifier considérablement sa portée. Sa rotation est stabilisée à sa base par une machinerie impressionnante reposant sur un bac dans un bain de mercure.

Je remercie Larbi de m’avoir permit cette retrouvaille.

Les moyens d’éclairages et de communications du siècle passé étaient une véritable prouesse.

39 phares sont implantés au total le long de la côte marocaine.

Les chameaux profitent de ces 30 minutes de visite pour pâturer autour du phare. Brahim s’est endormi à l’ombre d’un genêt, Addi a trouvé un peu de réseau et téléphone à ses amis de N’kob.

Nous plongeons entre la végétation pour retrouver les dunes et entamer cette longue plage de près de 20 kilomètres.

Nous croisons quelques pêcheurs installés dans des cabanes de branchages. Un quad nous dépasse sur la plage avec une caisse fixée à l’arrière du pilote qui doit contenir sa pêche et une chambre à air de camion gonflée qui lui sert d’embarcation pour pêcher. Waw, bravo la modernité pour ces pêcheurs au métier difficile. D’autres pêcheurs nous doublent avec des petites motos chinoises à vitesses. Un pécheur solitaire que nous croisons marche à contre sens.

Larbi me racontait hier soir un souvenir d’enfance. Les pêcheurs de son village rejoignaient « Tassolt » (Essaouira en berbère, littéralement « bijoux précieux »), avec des chameaux aux « chouaris » chargés de poissons emballés dans des algues mouillées. Les mauvaises pêches c’est avec des ânes qu’ils partaient vendre leurs poissons.

Quand les vents étaient trop forts et que les pêcheurs ne pouvaient pas s’aventurer dans les rouleaux grondants avec leurs barques à rames, ces hommes de l’Océan se transformaient en bûcherons. Ils taillaient des poutres et des tasseaux dans les arbres de thuyas, qui font la beauté aujourd’hui des plafonds des maisons anciennes Souiries.

C’est sur les chameaux qu’ils transportaient ces bois taillés, sur ce même trajet longeant le rivage jusqu’à Essaouira.

Après la sortie du village de Wassen, en traversant des dalles rocheuses, on peut remarquer l’usure de ce passage par les caravanes, et le polissage par l’érosion perpendiculaire dans un couloir où le vent est presque constant.

Le vent à voilé l’horizon de poussières comme dans le désert. Nous n’apercevons pas encore Essaouira, Addi s’impatiente d’arriver. 20 km dans le sable mou c’est long.

Tardivement nous verrons en même temps le village de Diabet, l’île de Mogador et enfin Essaouira.

Nous passons l’oued L’ksébe qui vient de loin prenant sa source dans l’Atlas. J’avais peur que nous soyons bloqués par la hauteur d’eau de l’embouchure parfois creusée par l’oued en cru suivant la force des orages. Nos chameaux ne sont pas habitués à marcher dans l’eau plus de 30 cm et peuvent refuser catégoriquement d’avancer. Un espace sablonneux nous permet de passer ! J’en suis ravis.

Il nous reste un kilomètre à peine pour rejoindre l’entrée de la plage d’Essaouira. Nous devons arrêter la caravane aux premiers restaurants et loueurs de surfs. La plage est maintenant réglementée, ce qui est normal.

Il y a encore 15 ans nous arrivions sur l’extrémité de cette très longue plage jusqu’à l’entrée du port devant le restaurant « chez Jeannot ». Nous dégustions sur la terrasse ombragée de délicieuses assiettes garnies de poissons grillés avant de rejoindre Villa Maroc où nous avions été séduits par ce premier riad restauré et transformé en hôtel à Essaouira.

Arrivée majestueuse à l’entrée de la plage d’Essaouira vers 13 heures 30.

Nous sommes accueillis par France-Marie et Jean-Paul Fiorez amis de longue date, ainsi que Nora Iffa voyageuse et aventurière à vélo.

Belaid Belhaoui qui voulait nous rejoindre ce matin en milieu d’étape, partît à 6 heures 30 du matin à marché contre le vent sans chèche pour se protéger. Belaid à du faire demi-tour car trop déshydraté. Il nous rejoint quelques minutes après.

Pendant ce petit temps deux chameaux « souiris » baraqués sur la plage en attente de potentiels « touristes » pour une balade au long de la plage. A la vue de notre caravane ces deux chameaux se lèvent et à petits pas effrénés et réduits par leurs entraves se dirigent nerveux vers nos chameaux du désert. Blatérant avec leur gosier débordant et de couleur rose. Situation incompréhensible pour quelqu’un qui ne connaît pas les chameaux. Ils montrent avec leur corpulence très développée leur intention. Qui est le plus fort ?

Ils ne sont pas castrés. Leurs chameliers arrivent en courant avec un bâton déjà levé et ces deux énormes chameaux font demi-tour.

Deux chameaux qui se battent peuvent se tuer. L’instinct dominant des dromadaires non castrés est très fort.

Brahim et Addi accompagné de Nora conduisent les chameaux de notre caravane au Ranch de Diabat qui nous accueil pour la nuit.

Je termine le kilomètre restant avec mes amis jusqu’à l’entrée du port et du rempart d’Essaouira.

Ma découverte à pied du rivage de l’Océan, remonte a plus de 35 ans. Je me sens poussé à vous la partager, comme pour clore ce carnet de voyage.

Lors ce que la chaleur était trop forte et que je devais passer quelques jours à Marrakech entre 2 randonnées, et pas le temps de remonter dans l’Atlas, je venais en bus à Essaouira profiter de la fraîcheur.

J’aime cette ville piétonne d’Essaouira. A l’époque (je peux le dire aujourd’hui), les boutiques pour touristes et les cafés n’étaient pas si nombreux qu’actuellement.

Comme vous pouvez imaginer ma « tasse de thé » n’est pas de m’allonger plus de dix minutes sur la plage après avoir nagé dans les vagues.

Lors de ces escapades anciennes à Souira, en dépliant l’excellente carte Michelin, j’imagine alors qu’en 5 jours de marche je dois pouvoir rejoindre Agadir en longeant la plage.

N’étant pas venus pour cela je ne suis pas équipé. J’achète un bout de plastique pour m’y enrouler la nuit, deux pains, un kilo d’amendes, une boite de vache qui rit, quelques boites de sardines, un kilo d’oranges. Je remplis une gourde d’eau et me voilà parti mon petit sac déjà lourd. Je m’en souviens comme si c’était il y a un an. Les souvenirs ravivés par notre marche sur le rivage du cap Sim à Essaouira.

Je suis époustouflé alors par la beauté et la variété de cette côte que je découvre. Rencontres quotidiennes des pêcheurs à pied le long des plages, installés des heures sur des vires très étroites dans les falaises pêchants au bord du vide. Des bergers avec leurs brebis, des ramasseurs de moules et autres coquillages, des troupeaux de vaches en semi-liberté .

Je surprendrai même un lynx à l’affût dans les rochers dans la baie sud de Tafna, dont le vent contraire m’a permît cette joie de 3 minutes, resté immobile avant qu’il ne me repère et s’enfuit furtivement.

Cette marche de 21 jours qui se termine aujourd’hui à Essaouira me fût libératrice de l’emprisonnement du Covid. L’incertitude, l’étiolement de nos ressources durant 14 mois pour maintenir à flot ce « bateau » que sont Désert et Montagne Maroc et Dar Daif, furent épuisants bien plus que la traversée entière et à pied des différents déserts du Maroc, de Nador à la frontière sud du pays avec la Mauritanie.

Cette marche m’a libéré.

Je rentre avec l’énergie et le ressourcement pour continuer ce beau chemin.

Il me fallait produire quelque chose.

Animé aussi par ce rêve de plus de 15 ans, de réaliser ce parcours à pieds sur les chemins des grands voyageurs. C’était le moment.

Ce départ décidé moins d’une semaine avant le premier bivouac au nord de Ouarzazate.

Rien de programmé ni préparé.

Quand je propose à Brahim et Addi de m’accompagner, je vois leurs yeux pétillants de joie. Je comprends que nous pouvons partir. Brahim prend un taxi pour rejoindre N’kob où se trouvent nos chameaux en pâturage. Il ramène seul 5 chameaux en 3 jours 1/2 alors qu’il faut 5 jours de trajet.

Eux aussi hommes du désert et d’espaces, d’émotions et de challenges.

Je pensais écrire un modeste journal, trois lignes par jour et deux où trois photos postées quand le réseau le permettrait.

Vos posts et messages m’ont encouragé et inspiré à partager avec vous cette aventure au quotidien. Je me suis pris au jeu de la lecture en direct de ce que je découvre, du partage de mes ressentis et connaissances apprises au fil de ces 40 années, de la remarquable couverture du réseau internet.

Aidé par les cartes à ma disposition sur lesquelles j’ai tracé ce parcours recoupant les routes de ces anciennes caravanes.

Nous marchons à deux reprises sur les traces du Vicomte Charles de Foucauld. Lors de son voyage « reconnaissance au Maroc » réalisé en 1883-1884 à une époque où les tribus n’étaient pas pacifiées. Il s’était travesti en Juif commerçant voyageant avec le Rabin Mardochée. Il commencera son exploration de Tanger. Bravant tous les dangers il a parcouru près de 3000 kilomètres pendant 12 mois. Il franchira l’Atlas par le tizi’n Tellouet et passera à Ait Ben Haddou, rejoindra la basse vallée du Dràa. Il remontera au travers du Sous puis au long du rivage de l’Atlantique pour atteindre Mogador et le Consulat français. Il restera le temps de recevoir de l’argent de France pour continuer ce voyage en terre « Siba » (où régnait une certaine anarchie et où les tribus exerçaient leur loi). Ils rejoignaient régulièrement la communauté juive présente pratiquement dans tous les villages pour y passer la nuit. Caché sous son burnous sur les terrasses des maisons du Mellah, il notait ses observations et rédigeait des cartes. Quelle aventure aux risques considérable encourus dans son périple.

Les indications données par les personnes rencontrées au bord des chemins nous permettent d’affiner au jour le jour notre itinéraire, utilisable par nos chameaux chargés. Ce qui n’est pas évident. Dans certaines régions les arbres ont des branches épaisses très basses comme le noyer et l’arganier, et parfois impossible de contourner l’arbre à cause de murets ou de cultures. Des oueds ont creusé des rives trop raides pour qu’un dromadaire chargé puisse le franchir. Cela nous a imposé des kilomètres de grands détours.

A l’époque des caravanes les chemins étaient entretenus pour le passage des chameaux dont les convois pouvaient dépasser les cents dromadaires où mulets. Voyager seul où en petits nombres représentait des dangers à cause de ces tribus qui pillaient les petites caravanes.

J’avais prévu une trentaine d’étapes. L’énergie et la complicité avec Brahim et Addi nous ont permis de rejoindre Ouarzazate à Essaouira en 21 jours, 129 heures de marche et 571 kilomètres parcourus. Soit la moyenne de 27 km et 6 heures 15 mn par jour.

Le parcours contourne et s’enfonce dans les vallées et effectue le tour des montagnes. Un vrai labyrinthe dans les jardins de l’Ourika, au nord d’Imin’Tanout et dans le pays Haha. Des kilomètres de détours dû aux immenses fermes agricoles ou parcelles de céréales qui ont parfois englobé les anciens chemins.

Nous voulions éviter de longer les routes. Nous avons quand même dû marcher quelques kilomètres sur le macadam de petites routes qui nous ont chauffé les pieds.

En voiture il faut 8 heures et 380 km.

Nous arrivons au rempart d’Essaouira, tout proche du port à « Bab Sbah » la porte du Lion. C’est là où les caravanes venant du Sud et de l’ancien Soudan déchargeaient leurs marchandises. Transportant de l’or, des plumes précieuses d’oiseaux pour orner les coiffes de ces belles dames de Londre où Paris. La teinture de couleur pourpre (rose à rouge violacé), extraite du coquillage « weurk nouz» (en Berbère). Ce mollusque Murex provenant de l’île de Mogador fournissait Rome. Et une multitude d’autres raretés.

Les bateaux d’époques étaient chargés de ces marchandises pour longer la côte Marocaine et prendre la route de la Méditerranée où continuer au nord au long de l’Atlantique.

C’est une grande joie de fouler cette porte. Nora nous a rejoint. Mes amis m’invitent dans la foulée à une petite visite commentée de « Souira ». Quelle chance d’apprendre de nouveaux détails. Belaid m’explique qu’il y a 20 ans il peignait les vendeurs de céréales sur la place aux grains. Je me souviens aussi de toutes ces échoppes garnies, aujourd’hui transformées en cafés et petits restaurants. Nora me montrera l’ancien consulat de France où une plaque rappelle que Charles de Foucauld y est arrivé le 28 janvier 1884.

J’ai eu plaisir en cette fin de journée chargée d’émotions à déambuler dans ses ruelles animées, aux odeurs de « chbakilla » (pâtisserie du Ramadan), menthes poivrée, « fleîo » et autres herbes, fruits et légumes fraîchement ramassés et appétissants.

Le dernier croissant de lune est si amincit qu’il nous annonce la fin proche du Ramadan et les achats traditionnels pour les enfants à l’occasion de l’Aid.

Toutes ces échoppes garnies et multicolores réjouissent mon regard.

Quelle belle fin cette traversée me mêlant à cette mosaïque et à la foule « Souirie » animée par la fin de journée., arrivée Essaouira.

REMERCIEMENTS

Je remercie le très haut, toutes ses énergies positives, la bienveillance des personnes rencontrées qui nous ont encouragées tout au long de cette marche au cœur du Maroc profond. Marche sur ces routes anciennes où se sont croisés de nombreuses caravanes et voyageurs. Venants et revenants, avec joies et douleurs, qui ont tous contribué au façonnage et métissage de ce Maroc pluriel et tolérant d’aujourd’hui.

A ce voyage depuis Ouarzazate vers l’Océan et Essaouira « la belle dessinée ».

A Karine et Ahmed Benabadji,

et leur fils Ilyan (qui a réalisé à pieds une grande traversée du Maroc reliant Tanger jusqu’à Tagounit puis avec notre équipe et le guide Ali tout le Dràa jusqu’à l’oued Chbika).

Ils nous ont accueillis chaleureusement pour une nuit dans leur oliveraie au cœur des jardins de l’Ourika. Un carré d’herbe à brouter était même réservé pour nos dromadaires.

https://www.desert-montagne.ma/ilyan-traverse-le-desert-du-draa-depart/

L’huile d’olive offerte à notre départ à parfumé nos salades et soupes jusqu’à l’Océan. Rarement gouté une l’huile d’olive aussi fruitée. Vous étiez dans nos pensées.

Sur FB Le voyage d’Ilyan.

Pier re-Yves Desmaret / Terre des Étoiles

Pierre-Yves a marché avec nous la matinée et nous a accompagné sur le chemin de son désert d’Agafay.

Vifs remerciements pour son accueil pour « Hamiche », le dromadaire dont une sole enflammée le faisait souffrir.

Son projet d’écolodge au cœur du désert d’Agafay à 30 km de Marrakech est un exemple. Un pari brillamment réussi.

https://www.terredesetoiles.net/

Larbi et son épouse Fatima, gardien du phare du cap Sim depuis 30 ans et maître phare, nous ont accueilli fraternellement dans leur maison. Larbi, nous a permit la visite de ce phare historique du Cap Sim qui guide de son faisceau lumineux et assiste par radio, les pêcheurs et le trafique maritime côtier.

Un magnifique projet de restauration du phare est à l’étude. Il permettra la mise en valeur d’un musée du phare.

L’histoire et la création du premier phare sur les côtes Marocaines à commencé à côté de Tanger en 1860, pour contribuer à l’aide à la navigation et au développement des routes maritimes. Aujourd’hui 39 phares jalonnent les côtes Marocaines.

Jean-Paul Fiorez et son épouse France-Marie,

Ex Consul honoraire de France à Essaouira. Leur accueil chaleureux sur la plage d’Essaouira. Quelques informations précises sur l’histoire d’Essaouira et la rencontre avec le « ranch de Diabat » pour un dernier bivouac sur un jolie gazon.

Belaid Belhaoui et son épouse Francoise.

Grand artiste peintre à Essaouira, dont la sensibilité avec le Maroc rural et ses souks authentiques sont une richesse transmise dans ses œuvres.

Initiateur du festival « cœur à cœur » qui réuni chaque année des artistes du Maroc et de nombreux pays du monde.

Merci pour votre amitié fraternelle, les conseils d’œil d’artiste, et la visite commentée d’Essaouira.

Sur FB Belaid Belhaoui.

Nora Iffa

« Souirie », voyageuse sur 2 roues, qui dans un périple à vélo de 1900 km, seule au sud d’Essaouira a fait halte 2 jours à Ouarzazate à Dar Daif.

Merci pour son accueil sur la plage d’Essaouira et ses images en noir et blanc de notre arrivée.

Nora a entreprit seule en 2019, la traversée en vélo de l’Egypte pour rejoindre le Cap. Après le Soudan, elle s’est retrouvée coincée en Éthiopie à cause du Covid. Plusieurs mois d’attente dans un hôtel puis contrainte de rentrer par avion au Maroc. Elle envisage de repartir dés l’ouverture des frontières pour continuer son voyage jusqu’au cap. Nora recherche quelques sponsors car son retour prématuré à épuisé ses réserves.

Encouragements à cette jeune femme Marocaine aventurière et originaire d’Essaouira, dont le défit est majeur.

Sur FB Nora Iffa

Omar Bourhim, son épouse Érika, et Si Hafid le Papa d’Omar. Un grand merci pour leur accueil à l’entrée d’Essaouira, nous offrant un coin de pelouse bien verte pour déposer notre petite tente cuisine, une douche chaude et hier soir un délicieux Ftor.

« Ranch de Diabat ». Une magnifiques écurie, une équipe rigoureuse qui aiment les chevaux.

Pour randonner à cheval dans la région d’Essaouira c’est la bonne adresse.

https://www.ranchdediabat.com

Un projet comme on aimerait en voir plus souvent au Maroc.

Un grand merci à toutes ces personnes inconnues, au long de ce pèlerinage vers l’Océan, pour leur gentillesse qui honorent notre pays, ses traditions d’accueil et d’hospitalité. Les indications tout au long des chemins, les galettes de pain chauds où les « Ftor », l’eau de leur « tanoute fi ».

Brahim et Addi qui m’ont accompagné, fidèles compagnons de voyage.

Chacun dans son rôle, avec des gestes réglés durant des milliers de kilomètres à parcourir en binôme les pistes du déserts du Maroc. Ils ont donné le meilleur d’eux même pour la réussite de ce voyage sur la route des anciennes caravanes.

Conduits 21 jours les chameaux.

Chargés et déchargés 21 fois les bagages.

L’idée était aussi de réaliser de grandes étapes journalières, comme le faisaient les « Kafilas » d’autrefois qui sillonnaient le Royaume chérifien de Tanger au fleuve Sénégal.

Merci les chameaux pour le transport de nos bagages sur ces 21 étapes et la moyenne de 27 km par jour, ce qui est très remarquable.

A l’équipe du bureau à Ouarzazate, Malika, Najat, Kabira et Bouchra,

A l’équipe du riad Dar Daif que Myriéme gère,

qui ont dû se débrouiller en mon absence.

A toute l’équipe qui depuis 14 mois attend avec impatience le retour à une vie normale. Espérant vous avoir donné un peu d’émotions et de rêves de nouvelles traversées.

A Kassi le chauffeur du camion venu chercher les chameaux et le matériel. Toujours prêt à prendre le volant à n’importe quelle heure pour nous prêter assistance.

A Zineb mon épouse qui supervisait notre projet et l’ensemble à Dar Daif depuis Ouarzazate où nous habitons.

Zineb partage la même passion des traversées de notre pays sur les routes de l’histoire, de l’Atlas et du désert.

Et vous amis de longtemps, du voyage et du Maroc, qui avez suivi cette caravane, en l’honorant par vos encouragements. Vous étiez avec nous les compagnons de cette marche sur la route des anciennes caravanes jusqu’à l’Océan.

J’ai eu grand plaisir à vous conter la lecture des paysages, les rencontres impromptues, la richesse de cette aventure.

Merci de votre présence.